‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 29 sur 268 · TOME III. -.octobre i · texte numérisé non relu

TOME III. -.octobre i

saires se laissent souvent corrompre. Quiconque a des plaintes à faire ne pent les adresser directement à l'empereur, il faut qu'il ait recours aux ministres ou aux offî. ciers du palais; tous ces personnages étant liés d'intérêt, la requête ne parvient pas toujours, et le plaignant ne peut obtenir justice. Les hommes qui sont n. nnm's à des emplois les ont ordinairement achetés par des présens aux rninisl.esils s'occupent ensuite à se rembourser de ces avances. On entend très bien l'art d'éluder les lois qui défendent aux agens du pouvoir de recevoir des présens. Les ordres du prince sont mal exécutés ; la surveillance réciproque de ses mandataires est souvent chimérique. Quelquefois les coupables sont cassés et mis aux fers, et leurs biens sonlïon- ' lisqués; mais ces punitions, quoiqu'elles soient annoncées dans la gazelle officielle de Peking, ne remédient pas au mal. Les brigandages ne sont suspendus que momentanément; car on a vu les mêmes officiers disgraciés rentrer en faveur, et gouverner d'autres provinces, où ils refont leur fortune. Au reste, il en est de la Chine comme de beaucoup d'autres pays. Les lois y sont bonnes, a dit un m.ss.onnaire; mais il serait à souhaiter qu'elles fussent mieux observées.

Le conseil ordinaire de l'empereur est composé de colao

ou ministres. Six tribunaux ou départemens sont chargés de l'administration de l'empire. Un autre département s'occupe de ce qui concerne les princes du sang et la famille impériale.

Les membres des grands tribunaux sont moitié Mandchoux et moitié Chinois.

Indépendamment de ces six tribunaux , il y a celui des censeurs publics, dont les membres ont, avec les présidens des autres , le droit d'adresser des remontrances à l'empereur.

Les Européens donnent le nom de mandarins, d'après le mot portugais mandai- (commander), à tous les fonctionnaires publics de la Chine, tant civils que militaires. Leur nom chinois est konan.

Un fils succède aux biens de son père, mais non à ses dignités. Les descendans de la famille régnante ont le rang de prince, ils jouissent de revenus, et n'ont aucun pouvoir. On regarde comme noble quiconque est ou a été mandarin, et a obtenu des degrés, ou reçu de l'empereur un titre d'honneur qui s'accorde même aux ancêtres des personnes que le monarque veut honorer ; ce titre ne passe pas aux enfans. Les biens se partagent également.

La famille de Coufucius jouit seule d'un titre d'honneur qui passe au descendant direct.

On compte sept classes de citoyens, les mandarins, les militaires, les lettrés , les prêtres, les laboureurs , les ouvriers, les marchands. Quiconque a suivi le cours d'études nécessaires, et pris ses degrés , peut parvenir aux emplois ordinaires : quant aux plus importans, il faut du talent^ du crédit et des services, pour y parvenir.

C'est parmi les lettrés qu'on prend les mandarins. Les prêtres sont nombreux, et savent tirer parti du penchant des Chinois à la superstition; ils possèdent des maisons et des terres.

Quoique la classe des laboureurs soit celle que le gouvernement protège le plus, elle est la moins riche; les laquais sont ou propriétaires ou fermiers.

Les marchands sont peu considérés, même ceux qui sortent de leur patrie sont méprisés.

Rarement un fils, à moins que la nécessité ne l'y contraigne, n'exerce le métier de son père. Aussitôt qu'un Chinois a de l'argent il fait le commerce; s'il devient plus riche , il cherche , en distribuant convenablement les présens, à se procurer un petit mandarinat, pour jouir tranquillement de son bien; car les agens du gouvernement prennent de l'ombrage des particuliers qui font parade de leur opulence.

Les comédiens et les ministres de débauche sont réputés infâmes , et inadmissibles aux examens pour être reçus mandarins ; les bourreaux et les geôliers sont mal vus , mais ils peuvent quitter leur état quand ils ont de quoi vivre.

On ne parle aux mandarins qu'à genoux, à moins qu'on n'occupe un emploi qui en dispense. Quant à eux , ils ne paraissent jamais dans les lieux de leur juridiction sans être accompagnés d'un cortège considérable et même formidable; on doit se retirer ù leur approche , et attendre respectueusement, la tête droite et les bras pendans, jusqu'à ce qu'ils soient passés.

La suite d'un mandarin est nombreuse, mais mal payée et mal entretenue. Lui-même ne reçoit que des appointemens médiocres ; il tâche donc de tirer du peuple tout ce qui est nécessaire à sa dépense. Le gouvernement a publié des réglemens très sages pour contenir ses agens dans le devoir; mais ils le remplissent si mal que, suivant le pro-

verbe des Chinois, l'empereur lâche autant de loups et de voleurs qu'il fait de mandarins.

Les grades déterminent les habits des mandarins; un particulier n'oserait avoir sur son habit une broderie en or ; car ces broderies leur sont réservées.

L'empereur, ses fils et les princes du premier ordre portent, sur leur robes, des dragons brodés qui diffèrent par le nombre des griffes. Les princes du cinquième ran;* et tous les mandarins portent le mang, espèce de serpent à quatre griffes.

Les grands personnages de l'empire et les mandarins se reconnaissent aux habits, à la phique brodée, à la ceinture et au boulon placé sur le sommet de leur bonnet. Le bonnet des mandarins est toujours couvert d'une houppe rouge. Un collier distingue les grands mandarins; la plume de paon que l'on attache au bonnet est une marque d'honneur que l'empereur accorde de sa main.

M. de Laplace, officier de la marine française , raconte, dans son voyage autour du monde, un trait de hardiesse d'un négociant anglais qui peint tout à la fois l'insolence des mandarins et la fierté britannique.

Cet Anglais, appelé subitement à la ville de Macao pour des affaires pressées et d'une haute imporiance, fut forcé en suivant les nombreux canaux delà Chine, à relâchera un bourg où résidait un mandarin qui devait viser ses papiers et recevoir un certain dro.t de passage. Le négociant fit observer que le moindre retard pouvait lus causer un grand préjudice et cependant le mandarin refusait de signer le laissez-passer, sous prétexte qu'il se reposait et n'avait pas le temps. Après plusieurs tentatives inutiles, l'Anglais impatienté, saute à terre, force l'entrée de la maison du mandarin , et le trouve mollement étendu sur son divan , et fumant de l'opium. Le révérend père, brusquement interrompu dans son extase, se lève furieux et menace grossièrement le visiteur importun; mais un vigoureux soufflet le couche sur le sol, au milieu des débris de sa pipe précieuse. Pendant le tumulte, l'Anglais se rembarqua, continua sa route et arriva heureusement à sa destination où il attendit en sûreté le résultat des poursuites du mandarin. En effet une plainte avait été adressée au vice-roi , qui, après une ample information et les témoins entendus, demanda à la factorerie anglaise que le téméraire lui fût livré. Mais de nouveaux rapports ayant prouvé que le mandarin fumailde l'opium, et était probablement ivre, lorsque le délit avait été commis, l'affaire changea de face. Le mandarin reçut bon nombre de coups de rotin et fut cassé de sa dignité. Sans cette heureuse issue du procès , le trop vif voyageur aurait été forcé d'abandonner la Chine pour toujours ou de rester long-temps sous les verroux, même en payant une forte amende.

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