POLOGNE
Un journal destiné à faire connaître les mœurs, les coutumes, la littérature et l'histoire des malheureux habitans de la Pologne, a donné des notices intéressantes sur les diverses provinces de ce royaume; nous avons choisi dans ces notices les détails que l'on va lire sur les usages des Mazoviens , et des paysans des bords de la Piliça , qui sont voisins de Warsovie.
Les Mazoviens sont auteurs de la célèbre danse le Mazurek.
Ces paysans sont en général gais , vifs , hardis et braves au plus haut degré. Ils aimaient à porter des armes à feu quand ils allaient à l'église ou aux foires; mais cette habitude nationale a été proscrite depuis que la Pologne a élé envahie par les puissances étrangères.
Quand un jeune Mazovien veut se marier, il va trouver le père de la fille qui lui plaît , et lui dit : « Monsieur le père ; voulez-vous me donner en mariage votre fille Marine, le voulez-vous, oui ou non? Elle me plaît beaucoup, et nous aurons bientôt fait publier les bancs à l'église; mais si vous ne voulez pas me donner votre fille Marine, j'irai chercher ailleurs. »
Le jour du mariage, le prétendu, accompagné de ses amis , vient à la maison de la fiancée, et joue de son mieux un mazurek , après quoi un orateur se met au milieu de la chambre, et prononce un discours en vers, puis il offre des couronnes au jeune couple. L'amie de la fiancée , ou celle qu'on appellerait en France la demoiselle d'honneur, prend la couronne, en arrache quelques fleurs, les place à son côté ; le reste, elle le partage entre toute la société.
Cette première cérémonie achevée, la fiancée va s'asseoir
sur la huche , et ses compagnes commencent à défaire les tresses de ses cheveux; tout en les défaisant, elles chantent des paroles dont voici le sens : « Le coucou s'est fait entendre du haut de la tour, et Marine, assise sur la huche, s'est mise à pleurer. Le coucou s'est fait entendre sur lesbords du Bug , et Marine a pleuré encore plus fort le jour du mariage. »
Quand la chanson est finie, on lui met sur la tête une couronne de fleurs. Avant de partir pour l'église, elle se jette aux pieds de ses parens, qui la bénissent. Les jeunes garçons montent à cheval, et le fiancé les précède ; derrière eux viennent, dans une voiture, la fiancée et ses compagnes; la musique est avec elles , et joue des airs nationaux quand ce cortège traverse un bourg ou un village.
En revenant de l'église, quand on est à mi-chemin, le plus âgé des amis du mari pique des deux son cheval, et court ventre à terre à sa maison; il prend un pain de deux à trois livres, et le remet aux parens des mariés.
Dès que la noce est arrivée , elle fait deux ou trois fois le tour de la maison ; ensuite , celui qui les avait devancés les invite à entrer dans l'intérieur; les parens offrent alors dû pain, du sel et de l' eau-de-vie; placés sur le seuil de la porte, ils engagent leurs hôtes à entrer. On déjeune et on danse jusqu'à midi : c'est l'heure où l'on dîne.
Le dîner est toujours accompagné de musique, et se compose de soupe au gruau , de panais , de petits pois. Les petits pois ont une chanson particulière , où on passe en revue la moisson, la conservation du grain, et le moment où on le met en farine.
Après le dîner, l'amie de la mariée lui met un bonnet sur la tête. A peine est-elle coiffée , que les camarades du mari la décoiffent chacun à leur tour en chantant : « Ce bonnet de femme vous va mal; vous êtes plus jolie avec le nôtre. » A près la chanson, l'amie de la mariée lui remet son bonnet à elle , et on chante les couplets suivans :
« Marietle a laissé tomber sa couronne sur la nappe blanche. Roule , ô ma couronne ! du côlé de mon père ; approche-toi de ses mains. Mais le père ne la reçoit pas, parce qu'il n'a plus d'espoir en la couronne. »
« Mariette a laissé tomber sa couronne sur la nappe blanche. Roule, ô ma couronne ! du côté de ma mère; approche-toi de ses mains. Mais la mère ne la reçoit pas, parce qu'elle n'a plus d'espoir en la couronne. O ma couronne, que tu es à plaindre ! »
« Marietle a laissé tomber sa couronne sur la nappe blanche. Roule , ô ma couronne ! du côté de mon fiancé ; approche-toi de ses mains. Et le fiancé la reçoit, parce qu'il a tout espoir en la couronne. O ma couronne, que lu es heureuse! »
Après la chanson el la cérémonie du bonnet, tous les convives font des cadeaux à la mariée : ces cadeaux son ordinairement des ustensiles de ménage. Pour encourager leur générosité, on chante les couplets suivans :
« Les compagnes s'en vont ; on leur a enlevé la fiancée. » El les compagnes répèlent en chœur : « Il lui faut donner quelque chose; achetons-lui un poêlon , le petit enfant y trouvera de quoi manger. Il faut lui donner un plat, il faut augmenter son ménage ; donnons-lui tout ce que nous pourrons. »
Le paysan mazovien est velu d'un habit blanc, noir ou gris, bordé d'une ganse rouge ou verte; il a une espèce de blouse ou chemise en toile blanche par-dessus son pantalon; mais quand il va à l'église, le pantalon est par-dessus la blouse. D'ailleurs son costume diffère dans celle circonstance ; il met une espèce de justaucorps bleu , doublé de
blanc onde vert, avec desparemens en velours noir, ornés de deux gros boutons en élain. Sa ceinture est en passementerie, soit rouge, soit mêlée de rouge et jaune; elle forme plusieurs tours. Il va pieds nus dans les jours ordinaires; quand il s'habille avec intention, il met des boites. Son bonnet est de différentes couleurs, et recouvert d'une peau
de mouton noir. En été, ce bonnet est remplacé par un chapeau de laine blanche ou grise , ou en paille.
Les femmes ont des jupons en toile, mais leurs chemiser et leurs robes coin tes de dessous sont en drap.
Notre description des noces mazoviennes va être suivie par une description plus détaillée des mariages etdescéré-
( Paysans polonais des environs de Warsovie.
monies qui les précèdent, chez les paysans des bords de la Piliça, voisins de la Mazovie.
Quand on aperçoit sur la porte d'une chaumière des points marqués en blanc , on peut être sûr qu'il y a là une fille à marier; les garçons le savent; ils ont moissonné avec cetle jeune fille ; ils ont dansé avec elle aux fêles de village ; les dimanches ils ont prié Dieu avec elle dans l'église; ils la connaissent; ils savent qu'elle est bonne et vertueuse; ils l'ont épiée; elle remplit bien ses devoirs comme fille, elle les remplira comme épouse. On se presse en foule pour demander sa main ; ce n'est point sa dot qui ai tire les prétendans en général , elle est fort modique; mais le laboureur veut avant tout une bonne ménagère, sans pourtant dédaigner la beauté.
Le garçon qui veut faire sa demande en mariage va d'abord se confier au staroste; c'est lui le conseiller, le menlor du village; c'est lui qui a la confiance des habitons; rien ne se fait sans lui; il assiste aux mariages, aux funérailles; et chaque circonstance lui fournil de sages et utiles leçons : il enseigne et se fait aimer.
Quand le garçon a fait sa confidence au vénérable staroste, celui-ci lui dit : « Nous irons ensemble chez les pa rens delà jeune fdle. »
Us frappent à la porte de la chaumière marquée de points blancs, ils demandent l'hospitalité, et à ce mot sacré la porte s'ouvre. Après les premières salutations d'usage, le staroste, sans annoncer positivement le but de sa visite, amène la conversation sur son protégé , puis il oit des choses agréables aux païens, et adresse quelques complimens à leur fille; mais il n'oublie jamais, il ne perd pas de vue sa mission : il revient avec complaisance sur les qualités du jeune homme. « Il est vif, hardi , dit-il , il est capable de barrer le chemin au palatin lui-même; » et tout en ayant l'air de blâmer, il fait un éloge qui ne déplaît pas à la fille. « Il est jeune, s'empresse d'ajouter le staroste; plus tard il sera aussi tranquille qu'aujourd'hui il est vif et brave. Il
faut bien que la bière mousse tant qu'elle est nouvelle, pou; ne pas aigrir après. »
Le staroste lire de sa poche une bouteille d'eau-dê-vie, mais il n'apporte pas un petit verre, il en demande à la mère; elle lui en donne un, et on appelle la pauvre fille. qui ne s'était pas cachée bien loin.
Le staroste vide en son honneur le coup des fiançailles, et l'affaire e>t conclue, si le prétendant plail à la jeuiie fille; dans le cas contraire, tout se termine sans colère et sans bruit.
Si on refuse déboire le petit verre d'eau-de-vie, tout est dit , le jeune homme n'est pas agréé ; mais il ne s'en prend pas à un rival plus heureux que lui ; point de querelles; il ne se venge que par une chanson , quelquefois piquante . mais sans amertume.
Le curé remplit en Pologne les fonctions du maire, à lui seul appartient la cérémonie du mariage. Pendant trois dimanches de sidte il fait les publications , il annonce qu'un tel va s'unir à une telle; si personne ne vient apporter opposition , on fixe le jour des noces.
La fiancée se rend au château pour faire sa toilette; elle salue le seigneur, sa femme, ses enfans et tous ceux qui l'entourent.
La demoiselle delà maison ou une dame de la famille la conduit à son appartement et lui sei t de femme de chambre; elle la coiffe, la pare avec des bijoux. Ses beaux cheveux blonds, partagés en deux tresses mêlées de rubans, tombent jusqu'aux jarreis. Ses cheveux sont frisés par-devant , et une couronne de fleurs artificielles orne son front; un galon d'or s'entremêle dans les fleurs et dans les cheveux.
Le lendemain , les points blancs qui étaient sur la porte de la jeune fille sont effacés.
Nous terminerons ce premier article sur la Pologne rpai la traduction d'un chant national de Kasimir Brodzinsïu.