LE PÈRE A SON FILS
Rends-moi, mon fils, ma charrue et ma bêche, j« trou-
verai encore des forces pour travailler. Je suis seul à présent pour labourer, mais, puisqu'il le faut, je tâcherai de soigner ma chaumière.
Regarde là-bas, dans une vallée solitaire est une armure couverte de rouille ; je l'ai enterrée à un moment fatal, pour la retrouver dans des jours meilleurs.
Que je te voie encore t'en couvrir, et mes mains tremblantes s'élèveront au ciel, j'oublierai que nous avons perdu notre liberté, et je dirai : « Notre patrie nous est rendue. »
Ne me plains pas, ô mon fils ! ton vieux père conservera le reste de ses forces. Moi , je cultiverai la terre pour te nourrir, et toi tu la défendras de ton sang.
Tout mon espoir est en Dieu et en toi, et Dieu me récompensera; mon blé croîtra, j'épargnerai la récolle, et nous serons pourvus lors de la guerre prochaine.
Que nos guerriers soient tranquilles, leurs chevaux trouveront du foin en abondance.
Là, près de l'humble chapelle, sous un peuplier desséché , on élèvera une croix en bois ; ce lieu sera mon tombeau : ton père y descendra avant de devenir esclave.
Si tu reviens libre , plains-moi et pleure sur ma tombe; mais si tu es esclave, rejoins-moi au ciel; auparavant, tu déposeras tes armes dans mon tombeau.