LES HÉRONS ET LES FAUCONS
(Le faucon vainqueur du héron.)
Il est peu d'oiseaux plus généralement répandus que les principales espèces de hérons ; on les retrouve sur tous les points du globe où les navigateurs et les naturalistes ont pu les observer, soit dans leurs formes ou variations de plumage, soit dans tout ce qui a rapport à l'entretien de leur existence et à la propagation de leur espèce.
Doués d'organes propres à traverser d'immenses étendues aériennes, d'une sobriété qui leur fait supporter de longues abstinences, paraissant, de plus, endurer, sans en souffrir, les alternatives des termes opposés de la température atmosphérique, il n'est pas étonnant que les hérons passent facilement d'un climat à l'autre, et parviennent même ainsi à faire le tour du monde. Leur vol est plus élevé que rapide; ils l'exécutent la tète renversée et appuyée sur le dos, les jambes étendues en arrière en forme de gouvernail, de manière que l'on n'aperçoit dans les airs qu'un corps presque sphérique, poussé en avant par deux sortes de rames dont l'envergure est assez considérable.
Ces oiseaux habitent constamment les lieux entrecoupés de rivières et de ruisseaux, les bords des lacs et des fleuves; ils y vivent solitaires, rarement par couples, et séjournent assez long-temps dans le même endroit : leur caractère pourrait être cité comme modèle de patience, si l'on n'y reconnaissait cette impassibilité tout à la fois mélancolique et farouche, qui est "ne nuance de la lâcheté. Le corps immobile et perpendiculaire sur des jambes roides, le cou replié sur la poitrine, la tête enfoncée dans les épaules, ils attendent, pendant des heures entières et dans la même Tome IH. —Novembre 1835.
altitude, qu'il se présente à leurs yeux quelque proie sur laquelle ils puissent lancer avec rapidité leur bec long et pointu. Ils préfèrent assez généralement le poisson; mais à défaut de cette nourriture, ils se contentent de reptiles et même d'annelides et de mollusques, qu'au moyen des ongles acérés dont leurs longs doigts sont armés, ils forcent à sortir de la vase.
Il paraît, le fait du moins est constant pour plusieurs espèces, que les hérons se recherchent et prennent la vie sociale dans le temps des amours; ils nichent en assez grand nombre, et se rendent même, pendant l'incubation, des soins mutuels. Leurs nids, qu'ils placent ordinairement au sommet des arbres les plus élevés du voisinage des eaux, quelquefois aussi dans les broussailles marécageuses, sont, suivant leur position, plus ou moins artistement construits ; mais aucune espèce n'y apporte le soin que Ton remarque en général dans la nidification des oiseaux syl vains : ces nids sont composés de bûchettes entrelacées, assujetties par des joncs et supportant un peu de mousse et de duvet. La ponte est de quatre à six œufs, dont la couleur verte, bleue ou blanchâtre, varie d'éclat et de pureté suivant les espèces. Les hérons ne sont assujettis qu'à une seule mue. Les femelles ne diffèrent des mâles que par des nuances un peu moins vives dans les couleurs; et les huppes, lorsqu'elles en sont ornées, sont aussi un peu moins longues que celles des mâles (i).
(1) Il existe un grand nombre d'espèces particulières d« hérons; les uns propres à l'aGcien et au nouveau monde , les autres qu'on ne trouve que dans certaines parties de l'Amérique ou dans d'autres contrées. Aux amateurs d'histoire naturelle nous rappellerons les caractères généraux auxquels
Jadis en Europe la chasse au héron se faisait principalement à l'aide du faucon. Telle était la passion avec laquelle les seigneurs et les princes eux-mêmes se liyraient à cet exercice, que l'on avait fait du faucon un attribut nobiliaire, et que les rois confiaient des charges de fauconniers aux premiers dignitaires du royaume. François 1er avait plusieurs centaines de faucons et dépensait des sommes énormes pour sa fauconnerie. Henri IV, sans se livrer à de si folles prodigalités, partageait le goût du rival de Charles-Quint.
D'après les lois bourguignonnes, le vol d'un faucon se punissait en livrant à l'oiseau dérobé quelques onces de la propre chair du voleur. Plusieurs conciles interdisaient aux gens d'Eglise la chasse au faucon.
L'éducation de cet oiseau chasseur se faisait avec des soins infinis. Après l'avoir fatigué par un mouvement non interrompu pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, on l'exerçait, en le tenant toujours captif, à l'aide d'un lien, sur un assemblage de pieds et d'ailes d'oiseaux imitant une proie et sur lequel était placé le pat du faucon. En particulier, pour le former à la chasse du héron, on lui présentait la peau de cet oiseau; plus tard on lâchait devant lui un héron, et on enlevait le chaperon dont sa tète était habituellement enveloppée, quand le héron était déjà parvenu à une hauteur d'autant plus grande que le faucon était mieux exercé.
Un des moyens les plus efficaces pour dompter l'indocilité de l'oiseau chasseur, consistait à l'asperger d'eau froide ; la faim faisait le reste ; et pour la rendre plus cruelle, on faisait avaler au faucon des pelottes de filasse qui vidaient ses intestins.
Parmi les diverses espèces de faucons, on distingue le faucon commun, qui est à peu près de la grosseur du coq; la cresserelle, qui est plus répandue et qui s'établit même dans les villes ; le gerfaull, qui se trouve surtout dans le nord, et dont les dimensions dépassent celles du faucon ordinaire; on en a vu lutter contre des aigles, et c'est celui qu'on employait de préférence pour chasser non-seulement le héron, mais encore la grue, la cigogne et tous les autres oiseaux d'eau. {Voyez la gravure qui termine la page 64-)
FRANÇOIS Ier CAPTIF EN ESPAGNE.
On sait qu'après la malheureuse bataille de Pavie, le roi François Ier, prisonnier de Charles-Quint, fut emmené en Espagne par son heureux vainqueur. Pendant ce voyage, le monarque captif devait être peu disposé à goûter de bruyans plaisirs, et cependant, toujours ceurtois, il ne se contentait pas d'assister aux bals qu'on lui donnait, il y prenait même une part active, témoin
on reconnaît tous les hérons. Ce sont : le bec plus long que la tête, ou du moins de la même longueur, comprimé et pointu ; les pieds longs et grêles, terminés chacun par quatre doigts dont trois en avant et le plus extérieur réuni à l'intermédiaire par une petite membrane ; le doigt interne libre ; le pouce s'articule sur la face intérieure du tarse et au niveau des autres ; les ongles longs, peu arqués , comprimés , acérés ; celui du milieu est dentelé intérieurement. Les deuxième et troisième rémiges dépassent toutes les autres ; la première est presqu'aussi longue qu'elles. Les narines, placées presque la base du bec de chaque côté, sont fendues longitudinalement et à demi couvertes par une membrane; les yeux sont au milieu de deux espaces nus ; les mandibules sont à bord tranchant, et la supérieure est droite ou très-légèrement co urbée et faiblement couchée, avec l'arête arrondie.
son aventure de Valence. Un vieux gentilhomme veuait de lui présenter ses deux filles; le roi les pria à danser. Patriotes jusqu'au fanatisme, ou plutôt médiocrement polies, elles refusèrent net, et tournèrent le dos au roi. Furieux de cette impertinence, leur père les prit par les cheveux et les entraîna hors de la salle. Depuis cette aventure, les armes des comtes de Casai ont, pour support, deux figures de femmes dont la chevelure en désordre est soutenue par une main vigoureuse. On les voit à Valence assez grossièrement sculptées sur la façade d'une belle maison.
François Ier n'essuya rien de semblable chez don Diego de Mendoça, duc de l'Infantado. Ce noble seigneur déploya, pour lui faire honneur, autant de faste que s'il eût reçu Charles-Quint lui-même. Tel est le caractère de l'Espagnol, sa vengeance n'a rien de bas; s'il aime à humilier un ennemi vaincu, c'est en redoublant de courtoisie. Cette observation s'applique à tous les ordres de la société, la ligne qui les sépare y est moins marquée que partout ailleurs : aussi jamais peuple ne fut si peuple, mais jamais peuple ne fut moins populace.
Le duc de l'Infantado, rongé de goutte, ne put aller lui-même au-devant du roi; il se fit remplacer par son fils, le comte de Saldagne, par ses frères, ses parens, ses amis, accompagnés d'une foule de cavaliers, de gentilshommes, de pages, de livrées brillantes. Le cortège était si nombreux, qu'à l'arrivée du roi dans la ville, les premiers trompettes entraient déjà dans la cour du palais, tandis que les derniers n'avaient pas encore quitté les faubourgs. Le roi descendit au patio (cour intérieure); don Diego ne se sentit pas en état de faire quelques pas à sa rencontre ; il se contenta de paraître à la porte de son appartement, soutenu par des pages. Le roi était debout et le duc assis : cette remarque de la chronique fait soupçonner qu'il y avait une ruse orgueilleuse dans l'infirmité du Castillan.
Il se hâta d'introduire son hôte dans la salle des lignages; on y voyait le long des murs les gonfanons, les devises, les armoiries des principales maisons d'Espagne. L'éclat des marbres, de l'or, les costumes d'une foule immense qui remplissait la salle, éblouirent François Ier, le possesseur de Fontainebleau. Le premier roi de France qui ait su tenir une cour demeura immobile à la vue des richesses d'un excellentissimo senor duque del Infantado. Il n'avait jamais été à pareille fête; tout cela était nouveau pour lui; il en fut stupéfait, comme un franc provincial.
François était l'homme le plus poli de son royaume; il ne se contenta pas de témoigner une admiration excessive, il demanda avec instance des renseignemens sur les belles armoiries qu'on étalait à ses yeux. «Sire, répondit le duc, je vais tâcher de satisfaire la curiosité de Votre Majesté; seulement je la supplie de croire qu'il n'y a pas de prééminence entre nos familles; aucune n'a le pas sur l'autre, elles sont toutes égales en droit, mais cela n'empêche pas chacune de se croire la première de toutes.» Alors le duc expliqua à François Ier toutes les armoiries qui étaient devant ses yeux. Les Pimentel, les Tolède, les Lacerda, les Mendoça sont élevés jusqu'au troisième ciel, et ce n'est pas sans attendrissement que le roi retrouve au milieu de ces noms antiques, le nom bien plus glorieux, mais si moderne, des Colon (Colomb . Les grands d'Espagne avaient publiquement assimilé la découverte de l'Ame?
rique à la longue transmission du sang illustre. Voilà ce qui paraîtra tout simple à quelques personnes, et ce qui pourtant ne se renouvellerait peut-être pas aujourd'hui.
François Ier fut festoyé plusieurs jours de suite; rien n'y manqua, festins, bals, tournois, jeux de bague et même combat de bêtes féroces. Don Diego avait une ménagerie; c'était un genre de luxe convenable à son rang, ostentation de grandcza. Il entretenait à grands frais des ours, des lions, des tigres. On dressa une arène; un lion fut lancé contre un taureau; le spectacle ne réussit point; les deux adversaires ne voulurent jamais combattre; on attendit quelque temps; enfin, la compagnie se retira, de guerre lasse. A peine le roi était-il parti et le lion rentré dans sa cage, qu'un accident imprévu jeta la terreur dans le paliis; un autre lion, ou peut-être le même, devenu moins apathique, s'échappa furieux, et s'arrêta tout court à la porte du patio. Tous les assistans se levèrent en poussant des cris ; aussitôt le majordome de service, homme d'un grand courage et d'uue présence d'esprit admirable, se précipita sur une torche enflammée, l'arracha d'une main, saisit son épée de l'autre et marcha droit au lion. L'animal, épouvanté par le feu, s'enfuit, en rugissant, jusqu'à sa tanière, où le brave majordome l'enferma de l'air du monde le plus calme. Prouesse digne d'éternelle mémoire ! disent les chroniqueurs; on pourrait ajouter: sujet d'un joli tableau de genre.
Enfin, après une suite non interrompue de galanteries et de magnificences, François Ier prit congé de son hôte. «Duc, lui dit-il en le quittant, un vassal tel que ■vous me prouve mieux que tout le reste la grandeur de l'empereur mon frère. » Le même don Diego de Mendoça fut choisi depuis par Charles- Quint pour lui servir de témoin dans son duel avec le roi de France. Toutes ces scènes à la Walter-Scott se sont passées dans un très-beau lieu ; il subsiste encore, moins dégradé par le temps que déshonoré par le voisinage de constructions triviales. Son architecture est moitié arabe, moitié gothique: ce genre n'est pas pur, il n'a pas l'élégance du moresque; mais il se prête à des proportions plus nobles. Le palais de l'Infantado a été bâti par des ouvriers maures.