‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 47 sur 268 · FRANCE. — BOURGOGNE. — AUXERRE · texte numérisé non relu

FRANCE. — BOURGOGNE. — AUXERRE

(Vue de la cathédrale d'Auxerrc.)

Parmi les jolies villes de la Bourgogne,Auxerre a droit à une des premières places. Les coteaux ornés de vignobles qui s'élèvent à côté d'elle lui donnent, comme au reste de cette province, un aspect riant, et l'Yonne, sur les bords de laquelle elle est située, ajoute encore au charme de sa position. Une île chargée de verdure et qui s'élève comme un vase du milieu des bras de l'Yonne, complète ce tableau. Il ne faut pas chercher dans l'intérieur de la ville des sujets bien curieux pour le voyageur, ou des points de vue dont le pittoresque puisse séduire les artistes; plus propre, plus animée que TOME III. —Novembre 1835.

beaucoup d'autres villes deFrance.Auxerre n'a vraiment rien de bien remarquable sous le rapport des maisons particulières, ni même sous celui des monumens.De ses trois églises, celle qui est dédiée à saint Etienne, et qui a rang de cathédrale, est peut-être la plus digne de curiosité. Son portail est orné, comme celui de tant d'autres églises dites gothiques, d'une multitude de figures et de sujets sacrés. L'intérieur du temple en impose par sa sombre majesté, et les vitraux que le temps a épargnés brillent des plus vives couleurs lorsque les ravons du soleil viennent en faire ressortir la richesse

et l'éclat. Il y a dans cette église un trésor plus intéressant que l'église elle-même pour les amis de la bonne littérature et de l'antiquité ; c'est un magniiique tombeau sur lequel repose une statue de marbre, aussi remarquable par la souplesse des vêtemens que par la belle expression de la ligure. Cette image est celle du bonhomme Amyot, qui nous a laissé des traductions si naïves des Vies des grands hommes de Plutarque et des œuvres de plusieurs autres écrivains grecs.

Amyot avait été fait évêque d'Auxerre sous le roi Charles IX, dont il était en même temps le grand-aumônier. C'était, comme on le sait, une récompense des soins qu'il avait donnés à l'éducation de ce prince et à celle de son frère, qui régna plus tard sous le nom de Henri III. Amyot vivait depuis quelques années à Auxerre, partageant ses heures entre ses études chéries et les saintes fonctions de son ministère, lorsqu'il y mourut en i5g3. Sorti d'une pauvre famille de Melun, il avait dû à ses connaissances une fortune aussi rapide et aussi brillante. Il avait commencé par être précepteur d'un lecteur du roi François Iet, puis professeur de l'Université, député au concile de Trente, et eniin, comme nous l'avons dit, précepteur des Enfans de France.

D'autres monumens s'élèvent dans la cathédrale d'Auxerre et rappellent la mémoire de plusieurs autres prélats; mais pas un d'entre eux n'inspire autant d intérêt que Je tombeau de notre vieil auteur.

Des deux autres églises d'Auxerre, l'une se fait remarquer par le singulier assemblage des diverses architectures que les artistes y ont réunies, on ne sait par quel caprice. Le portail a été élevé il y a deux cents ans, et dans le reste de l'édifice, qui est beaucoup plus ancien, vous trouverez des parties tout- à-fait modernes; les vitraux peints méritent seuls une mention particulière : cette église est celle de Saint-Pierre. La seconde fut fondée, dit-on, par saint Germain, il y a un peu plus de quatorze cents ans, et renfermait, outre les dépouilles de ce prélat des premiers temps de l'Eglise, les corps de soixante autres saints. « Ces restes sacrés, dit la Chronique religieuse, reposaient dans des grottes qu'un beau-frère de Louis le Débonnaire, du nom de Conrard, avait fait bâtir; mais la révolution fouilla ces tombeaux, et les ossemens des martyrs furent dispersés comme l'avaient été ceux des rois de France, que la Convention, dans sa fureur impie, avait arrachés à l'antique basilique de Saint-Denis.

Si la ville d'Auxerrre ne brille pas par ses richesses monumentales et par l'élégance de ses demeures particulières, elle présente du moins aux visiteurs, aux rentiers et aux vieux militaires qui vont y chercher le repos, de magnifiques promenades ombragées de beaux arbres à l'épais feuillage.

Les vins fameux de Coulanges, de Vermenton, de Mégrin-la-Chenette, que l'on récolte non loin de la ville, contribuent aussi efficacement, pour le moins, que les agrémens de ses promenades, à y fixer bien des consommateurs, et répandent dans Auxerre une certaine aisance.

Auxerre a aussi ses souvenirs historiques et ses citoyens illustres. Après avoir été ravagée à diverses époques, comme tant de villes de France, par les Huns, les Normands, les Sarrasins et les Anglais, elle demeura long-temps soumise au régime féodal et éprouva bien des vexations de ses seigneurs. Elle ne commença

à respirer que lorsque Henri IV, saisissant d'une main ferme les rênes du royaume, commença à restreindre le pouvoir des chefs du parti féodal. A l'époque de la Saint-Barthélémy, le président Jeannin empêcha, par sa courageuse résistance, qu'elle ne devînt le théâtre de l'affreux massacre des protestans. Au nombre de ses illustrations, Auxerre mentionne aussi Sainte- Palaye, connu par ses Mémoires sur la Chevalerie; l'abbé Lebœuf, qui a écrit une histoire un peu diffuse et indigeste de sa ville natale, et auquel on doit aussi nombre de publications sur l'histoire des environs de Paris; Sedaine, auteur dramatique; Rétif de La Bretonne, écrivain quelque peu trivial et grivois, et enfin le célèbre Fourrier, que nous avons perdu il y a quelques années. Les découvertes de Fourrier sur la chaleur, sa coopération aux travaux de l'Académie des sciences, ont trop d'importance pour que nous puissions nous permettre d'englober sa biographie dans cette rapide esquisse des souvenirs d'Auxerre. Ce sujet mérite d'être traité à part dans un de nos prochains numéros.

Parmi les souvenirs d'Auxerre, il faut mentionner le singulier privilège dont jouissait le chef de la famille de Chasiellux. Depuis la prise de Cravand sur les Anglais, par le maréchal de Chastellux, qui rendit ce bourg, en 1428, au chapitre d'Auxerre, l'aîné de cette maison y jouissait d'un c.monicat. Or, la prise de possession de ce canonicat était des plus étranges. Le sire de Chastellux figurait dans la cérémonie, botté, éperonné, armé de son épée, et néanmoins revêtu d'un surplis; son bras gauche, était couvert de l'aumusse canonicale, et le droit portail un faucon avec un chapeau à plumes. Lorsque Louis XIV parut à Auxerre, en i683, et se rendit à la cathédrale, suivi de toute sa cour, on vit arriver M. deChastellux dans ce plaisant équipage, et les jeunes seigneurs ne purent s'empêcher de rire aux éclais; mais le roi, qui prisait fort les privilèges, leur imposa silence, en leur disant : « Il n'est peut-être aucun de vous, messieurs, qui n'ambitionnât, au même prix, une semblable prérogative. » Les évèques d'Auxerre conservèrent aussi pendant long-temps un droit assez singulier, qui témoignait de leur ancienne suzeraineté sur la ville. Dans la cathédrale, la coutume voulait que le procureur du roi, comme représentant de la couronne et son vassal, aidât à porter l'évèque jusqu'à la chaire de l'édise.

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