COMPARÉE A CELLE DU SOLDAT ANGLAIS
Nous avons donné à nos lecteurs l'historique de l'infanterie française jusqu'à nos jours; nous allons essayer maintenant de leur donner un aperçu comparatif de la position de nos soldats et de celle des soldats anglais pendant la durée de leur service et du sort des uns et des autres, lorsque l'âge et les infirmités les renvoient dans leurs foyers.
L'armée anglaise se recrute déjeunes gens de seize à vingt-six ans, au moyen de l'enrôlement volontaire à vie; l'armée française se renouvelle par la conscription; la loi fixe la durée du service à sept années, pour le contingent désigné par le sort. Ce contingent est pris parmi les citoyens âgés de vingt ans révolus au i"r janvier de l'année du tirage. En outre, les jeunes gens qui veulent contracter un enrôlement sont admis à le faire à partir de dix-huit ans, lorsque l'effectif déterminé de l'armée le permet; mais l'enrôlé ne peut aliéner sa liberté que
(1) La vitesse de l'eau dans le lit de la rivière, sur les terrains et les graviers non plantés d'arbres, était d'environ 60 mètres par minute, et de 40 seulement à travers les terres cultivées et plantées.
11 résulte de ces élémens que la rivière en cet état débitait 2,933 mètres cubes d'eau par seconde, et 176,000 mètres cubes par minute; par heure 1,056,000 mètres cubes; et par an le produit exorbitant de 92,505,600,000 mètres cubes, c'est-à-dire, dix fois la quantité que, suivant M. Arago, débite la Seine par an au pont de la Concorde à Paris, dans son état normal.
pour sept ans, avantage immense sur la loi anglaise, qui ne reconnaît que des engagemens à vie, et ne permet pas de revenir sur une démarche qui n'est trop souvent que le résultat d'une étourderie, à un âge où l'esprit n'a pas acquis toute sa maturité.
Pour établir notre comparaison, nous choisirons les soldats d'infanterie, dont le nombre est le plus considérable dans les deux armées.
La nourriture du soldat anglais consiste : le matin, en pain et café ; le soir, en viande, pommes-de-terre et autres légumes. Dans quelques régimens le soldat fait un troisième repas semblable à celui du matin. Le soldat anglais pourvoit à ces dépenses au moyen d'une solde journalière de i fr. 3o c, qui est en outre destinée à l'entretenir d'effets de linge et de chaussure, l'Etat lui fournissant, outre sa solde, les vêtemens en drap et la coiffure.
Le soldat français se nourrit constamment de viande, de pain et de légumes. Dans presque tous les corps» les hommes mangent deux fois par jour la soupe grasse et ie bœuf; cependant, lorsque la cherté de la viande y contraint, les soldats se contentent de manger une fois la soupe, et le second repas est composé de légumes et de lard en petite quantité. Ces dépenses se font au moyen d'une solde journalière de 37 centimes, uniquement destinée à la nourriture du soldat. En outre, le gouvernement alloue à la troupe une ration de pain de munition et le chauffage destiné à la cuisson des alimens. La ration de pain est du poids d'une livre et demie; elle doit être de froment pur dont on extrait dix livres de son par cent livres de pain.
Le soldat anglais est donc mieux traité que le soldat français, sous le rapport de la solde, quoique la différence devienne en réalité moindre qu'on ne le suppose, en raison du prix élevé des denrées en Angleterre, et de l'habitude pernicieuse des boissons alcooliques dont l'usage est devenu un besoin pour le soldat anglais.
En entrant au service, chaque soldat français reçoit un habit, une capote, une veste et un bonnet de police qui doivent durer trois ans, un schakot pour quatre ans, et un pantalon pour un an.
L'anglais reçoit un habit et un pantalon pour un an, la capote pour trois ans et le schakot pour deux.
On voit d'après cela que, si les effets doivent, en France, durer plus long-temps, ils sont, en revanche, plus nombreux, l'Anglais ne recevant ni veste ni bonnet de police.
Mais si, sous certains rapports, le bien-être matériel du soldat anglais semble plus complet que celui du soldat français, le premier achète bien cher les modiques avantages d'une solde un peu élevée. Obligé de servir les deux, tiers de sa carrière, vingt ans sur trente, dans des colonies éloignées, malsaines, il est exposé à des maladies et à des souffrances physiques qui abrègent ses jours. Cet exil équivaut presque à un bannissement à vie. On a constaté qu'en dix ans, sur plus de 53, 000 soldats employés dans les différentes colonies anglaises, il en est mort annuellement un peu plus de 3, 000, c'està-dire près de 6 sur 100: c'est trois fois plus que dans l'armée française.
Un quinzième, au plus, de l'armée française sert dans les colonies ; le danger des maladies pour le soldat français porte avec lui sa compensation, parce que le tiers des places d'officiers vacantes appartient aux sous-officiers; mais le soldat anglais n'est pas soutenu,
animé par une semblable perspective. Que le souffle de la peste ou le tonnerre des batailles éclaircissent les rangs, il a peu d'espoir de parvenir au grade d'officier; un cinquantième, au plus, des places d'officiers sont actuellement remplies par des sujets pris dans les rangs des soldats. Dans un tel état de choses, il faut que le soldat et le sous-officier trouvent dans le taux élevé de la solde et de la pension un dédommagement dont n'a pas besoin celui à qui la carrière de l'avancement n'est pas fermée. Il faut observer aussi que, dans l'armée française, les emplois inférieurs sont plus nombreux que dans l'armée anglaise. Dans un bataillon français il y a un tiers de plus de sous-ofiïciers et caporaux que dans un bataillon anglais.
Si nous jetons maintenant un coup-d'œil rapide sur le sort réservé aux soldats des deux nations à l'époque de la retraite, nous verrons que le soldat français est, sous ce rapport, infiniment mieux traité que le soldat anglais. La pension de retraite du dernier varie de 219 à /j38 fr. par an, suivant qu'il se retire après 21 ou y 5 ans de service. Cette retraite est évidemment trop modique en raison de la cherté des denrées en Angleterre.
En France, létaux de la retraite d'un soldat peut varier de 200 à 3oo fr. après 3o ans de service révolus. Avec une semblable pension, un vieux militaire peut vivre assez à l'aise dans un pays à bon marché. Si le soldat anglais semble le plus favorisé sous le rapport du temps de service exigé pour l'obtention de la retraite, ne faut-il pas mettre en ligne de compte le temps passé par lui sous le climat des tropiques, qui use les hommes du Nord d'une manière si prompte et si désastreuse?
La bravoure ou une conduite méritoire au service reçoivent en France des honneurs et des récompenses qui n'ont pas leurs analogues en Angleterre. Tant que le soldat anglais est sous les drapeaux, la conduite la plus digne d'éloges ne peut lui valoir aucune récompense; il n'y a qu'à l'époque où il quitte le service qu'il reçoit, avec sa pension, une petite gratification et une médaille d'argent.
Combien ces dispositions ne contrastent-elles pas avec l'institution de laLégion-d'Honneur? Le soldat français peut recevoir cette décoration pour une action d'éclat pendant qu'il est au service; elle le distingue entre ses camarades, et lui procure une pension annuelle de 25o fr. qui s'ajoute à sa solde.
Nous devons aussi relater une coutume avilissante qui se perpétue dans l'armée anglaise, et dont la conservation est regardée par beaucoup de militaires de l'autre côté du détroit, comme indispensable à la discipline; coutume qui est tellement en opposition avec nos mœurs, que nous sommes encore à comprendre qu'un peuple aussi jaloux des droits de l'humanité n'ait pas aboli depuis long-temps cet usage barbare. Nous voulons parler des châlimens corporels. En France, la loi punit d'un long emprisonnement et de la perte de son grade le supérieur qui se permet de lever la main sur son inférieur; de plus, elle le déclare incapable de servir jamais sous le drapeau français. Si le législateur, dans 'l'intérêt de la discipline, a rédigé le code militaire avec une sévérité toute draconienne, il a voulu aussi que la dignité de l'homme et du militaire ne fût jamais exposée à de semblables outrages. A. L.