CONSTITUTION PHYSIQUE ET COSTUMES DES CHINOIS
Les Chinois, de même que la plupart des peuples de l'Asie orientale, appartiennent à la race jaune : ils sont d'assez grande taille, ils out la figure large et carrée, les pommettes des joues saillantes, le front découvert, les yeux alongés, disposés obliquement, placés à fleur de tête, le nez petit, aplati à la racine, la bouche médiocre, les oreilles très-larges; ils ont peu de barbe, surtout ceux qui sont natifs des provinces méridionales; leurs cheveux sont noirs, forts et épais; leur teint est d'un brun clair; les laboureurs, les ouvriers et les hommes de peine sont très-basanés; les gens aisés ont le teint plus clair et quelquefois fleuri.
Pour obtenir de la considération auprès de la popu-
lace chinoise, il faut être gras et replet, et pouvoir remplir un fauteuil bien large. Ces gens supposent que les talens et l'importance d'un homme sont en raison de son embonpoint. Un autre moyen d'obtenir des égards, est de laisser croître les ongles de la main gauche, surtout celui du petit doigt. Cela prouve que l'on n'exerce pas une profession manuelle pour vivre. Des voyageurs parlent d'ongles longs de six pouces et même d'un pied.
Il faut du temps aux Européens pour s'accoutumer aux traits des femmes chinoises. Rien ne leur paraît plus extraordinaire qu'une femme avec des yeux étroits et alongés, un nez retroussé, mais peu saillant. D'ailleurs, elles ont la bouche petite et vermeille, la taille assez mince; quelques-unes sont jolies et fort agréables. Dès l'âge le plus tendre, toutes se fardent : elles serrent et relèvent sur le sommet de la tête leurs cheveux d'un noir de jais, et se chargent de gros bouquets de
(Costumes chinois, mandarins, bonzes, etc.)
fleurs artificielles. Deux longues aiguilles d'argent, de cuivre ou de fer, suivant la condition de celles qui en font usage, se croisent obliquement sur le haut de la tête. Les très-jeunes filles ont les cheveux épars ; lorsqu'elles deviennent nubile^, elles en font une tresse pendante ou relevée : elles se peignent les sourcils en noir, et tracent au-dessous de la lèvre inférieure et au bout du menton un 'rond d'un vermillon très-vif, de la grandeur d'un pain à cacheter. L'usage immodéré du fard produit son effet ordinaire; il gâte la peau, et rien n'est plus hideux qu'une vieille Chinoise.
Ce qui rend les Chinoises encore plus singulières aux yeux des Européens, c'est leur démarche chancelante causée par la difformité de leurs pieds. Dès leur naissance on enveloppe le pied de bandelettes qui le serrent et le compriment, à l'exception du gros orteil, et l'on arrête ainsi sa croissance ; il n'a guère plus de quatre pouces de long sur un pouce de large, et il se forme à la cheville une enflure considérable. Une femme qui n'a pas le pied ainsi estropié est méprisée.
Cet usage barbare est dû, selon quelques auteurs, à la jalousie des Chinois; cependant les voyageurs ont vu des femmes se promener et même courir autant que le permettait leur infirmité. Car cette mode gênante les expose à des chutes et les fait constamment souffrir. Lorsqu'elles sortent, elles mettent des souliers avec des talons de bois garnis de cuir ; elles ne se soutiennent que sur ces talons, et posent rarement à terre l'extrémité antérieure du pied, de crainte de se heurter: manière de marcher qui donne de la mauvaise grâce à leur allure. Les femmes des bateliers de Canton et dans certains lieux les femmes de la campagne ne se martyrisent pas les pieds de cette manière, portent comme les hommes des sandales de paille, et comme eux marchent sans difficulté.
Les Mandchoux,conquérans de la Chine, ressemblent beaucoup aux Chinois, et il est difficile de les distinguer les uns des autres. Cependant les premiers sont généralement moins grands, plus gros et plus robustes. Quelques-uns ont le nez aquilin, les yeux bleus, de
belles couleurs vermeilles, la barbe longue et touffue, ce qui indique du mélange dans leur race. Leurs femmes n'ont pas adopté l'usage incommode et dange reux de déformer leurs pieds; on s'en aperçoit facilement à leur démarche assurée.
Les Chinois, depuis qu'ils sont sous la domination des Mandchoux, se rasent la tête, en conservant seulement sur le haut une touffe de cheveux qu'ils laissent croître, et dont ils font une longue queue qu'ils nomment pen-ssé. On ne s'occupera pas ici de décrire leur habillement, dont nous donnons la représentation exacte d'après les figures des livres qui traitent de la Chine, et les modèles apportés en grand nombre de ce pays en Europe; les vétemens sont en drap de coton ou en soie bleue ou noire; les bottes sont de soie noire ou de cuir, fort larges, et ne dépassent pas le mollet. Les chaussures sont bien faites; la semelle en est épaisse et formée de gros papiers renforcés en dessous par un cuir. Les femmes s'habillent conformément au grade de leurs maris; elles peuvent porter toutes sortes de couleurs, excepté le jaune citron interdit à tout le monde, parce que c'est la couleur réservée à l'empereur et à tout ce qui lui appartient. Leur habitude de relever leurs cheveux leur dégarnit promptement le front : les femmes âgées cachent cette difformité avec un morceau de toile noire (pao teou); quand elles sont en deuil, le pao teou est blanc. Dans quelques cantons, elles portent des chapeaux de paille fort jolis ; le fond en est percé pour donuer un passage libre à leur touffe de cheveux.
C'est par l'épaisseur ou la légèreté des étoffes quel'habit d'hiver diffère de l'habit d'été. Dans les provinces du nord, on porte des fourrures quand il fait froid ; d'ailleurs, le costume des Chinois a cet avantage qu'ils peuvent, sans paraître ridicules, augmenter ou diminuer le nombre de leurs robes, suivant le degré de la température. Ils en sont parfois tellement surchargés qu'ils ont de la peine à joindre ensemble [leurs deux mains. En été, les gens du peuple ne conservent ordinairement que la veste, le caleçon et les souliers. Quant aux gens en place, ils n'oseraient paraître en public sans être habillés, et sans avoir des bas et des bottes. r
On peut reprocher aux Chinois d'être fort sales. Ils couchent avec les mêmes vétemens qu'ils portent pendant le jour; ils usent souvent leur chemise de soie avant de la quitter.