‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 52 sur 268 · LAUSANNE · texte numérisé non relu

LAUSANNE

Le canton de Vaud, dit l'auteur des Lettres sur la Suisse, me semble réunir les avantages d'une admirable nature et d'une culture perfectionnée. Le lac, audessus duquel Lausanne est bâtie en amphithéàtre,offre du côté de / évay les plus rians coteaux surmontés de vignobles. Au midi, des ments habille's de forêts, et les blancs rochers de Meillerie, lieux enchanteurs qui ont reçu une vie nouvelle de l'éloquence de nos écrivains, fixent les regards attendris; et l'imagination, déjà exaltée par tant de scènes ravissantes et de délicieux souvenirs, s'élève encore au-dessus de ces monts romantiques jusqu'aux Alpes qui les couronnent, et qui, découpés en créneaux et chargés de neige par intervalles, semblent placés là, pour détourner sur leurs cimes orgueilleuses l'atteinte des frimas et des orages.

Les plaines qui des bords du lac s'étendent à l'ouest de Lausanne jusqu'au pied du Jwra et aux frontières de la France, et qui forment la partie la plus considérable du canton de Vaud, sont assurément au nombre des pays les mieux cultivés, les plus riches et les plus attrayans de l'Europe : je n'ai vu jusqu'ici que la cara-

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pagne de Berne qui pût entrer en parallèle avec celle- - ci. La vue qu'on découvre du côlé des promenades du Mont-Benon et du Signal, sur ce vaste et fertile vallon, sur le lac qui se prolonge, dans un espace de dix à douze lieues jusqu'à Genève, sur les monts sauvages de la côte opposée de la Savoie, et entre les échancrures desquelles on aperçoit quelquefois, par un temps serein, une partie des glaces du Mont-Blanc, cette vue est d'une richesse et d'un effet incomparables. Mais, pour en jouir encore mieux peut-être, il faut aller jusqu'à Morges, à deux lieues de Lausanne. Le géant des Alpes, entouré de ses principaux satellites, apparaît tout-à-coup entre des monts, qu'on dirait qu'une crainte respectueuse écarte à son aspect ; et cette immense pyramide de glaces dont, à une pareille distance, la base même pose sur les nues, et dont le front se mire avec orgueil dans les eaux du lac; ce colosse, devant qui tout s'abaisse et s'humilie, semble appartenir à deux mondes, et porter au ciel les hommages de la terre. Nulle part encore, les derniers reflets du soleil couchant, ce long voile de pourpre étendu sur les neiges éternelles, ne m'avaient paru d'un effet aussi imposant. Je suivis, avec une émotion toute nouvelle sur les différens degrés du Mont-Blanc, le cours de ces accidens si variés de lumière, que j'ai plus d'une fois essayé de retracer; et, quand au milieu de l'obscurité déjà répandue sur la nature, je vis ce géant encore tout resplendissant de blancheur, éclairer en quelque sorte toute la contrée et lutter avec les ténèbres épaisses, je fus saisi d'une admiration que je n'avais pas encore éprouvée.

Je dois dire que je n'ai vu partout, dans le pays de Vaud, que des signes non équivoques d'une prospérité toujours croissante; et j'ajoute que j'en ai été d'autant plus frappé, que j'avais apporté à Lausanne des préventions défavorables. On m'avait presque partout en Suisse représenté les Vaudois comme les partisans exclusifs des^ institutions démocratiques, et, s'il faut le

dire, comme des agens de discorde entre les vieux membres de !a Confédération. La manière, sans doute blâmable à quelques égards, dont les Vaudois ressaisirent, en 1798, une indépendance long-temps opprimée par le sénat de Berne, avait pu autoriser dans le principe cetteopiniora rigoureuse; et peut-être qu'en effet il y aurait eu, pour les Vaudois, plus de dignité à défendre, sous l'étendard de leurs anciens maîtres, l'intégrité du territoire helvétique, sauf à réclamer, pour prix de ce service, une honorable et légitime indépendance, qu'à recevoir, en qualité de transfuges de la Confédération suisse, la liberté de la main de ceux-là mêmes qui venaient pour la détruire. Mais le temps, cet éternel novateur des choses humaines, a dû emporter dans son cours et les vieux ressentimens et les nouvelles jalousies; et ce n'est plus d'après l'origine de cette liberté, mais d'après l'usage qu'ils en font, que l'on doit juger les Vaudois d'à présent.

Les avantages d'une administration active et éclairée pénètrent dans toutes les classes de la nation, et v fortifient le patriotisme en raison du bien-être qu'ils y portent. Il est surprenant combien, en si peu d'années et avec des ressources si médiocres, le gouvernement a su fonder d'établissemens d'utilité publique : des écoles élémentaires auprès de chaque commune; des hôpitaux pour les malades et les aliénés ; des maisons de force et de détention; des ponts et des routes superbes, qui le disputent déjà aux plus beaux ouvrages de la République bernoise; et plus que tout cela, des'institutions agricoles qui perfectionnent de jour en jour la culture et développent l'industrie particulière au canton. Dans ce nombre, je citerai surtout l'établissement des laiteries communes, qui, par la quantité d'excellens fromages qui en sortent continuellement, forment aujourd'hui l'une des principales branches de la richesse de ce pays, et menacent le canton de Fribourg d'une concurrence dangereuse.

«.SSBSTJAS.

(Paysanne vaudoise.)

Les Dure nu x (V abonnement et de T ente sont rue de Seine-Suint -Germain, 9.

l'jris, imprimerie Je DscootcmsT, rue d'ErfuriL, a" t.

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