UN MEETING
Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs (i) l'esprit d'exaltation qui animait certaines sectes religieuses des Etats-Unis; le tableau d'un meeting, que nous allons emprunter à un voyageur anglais, fera mieux encore apprécier les déplorables piogrès qu'a faits dans ces contrées la mauvaise interprétation de l'Evangile.
«tOn m'avait dit qu'assister à un camp-meeting, c'était se trouver sur la porte du ciel et le voir ouvert devant soi; on m'avait dit, d'un autre côté, que c'était avoir franchi les portes de l'enfer et en contempler toutes les horreurs : ce double renseignement avait piqué ma curiosité. Dans les deux cas, ce devait être un spectacle extraordinaire et qui me promettait une suffisante compensation aux fatigues d'une longue course, et à une nuit passée sans dormir à la belle étoile.
«Nous atteignîmes le lieu de la scène à onze heures du soir, et le spectacle le plus pittoresque se présenta à nos regards. Le terrain qu'on avait choisi était situé au milieu d'une forêt vierge. C'était une clairière d'environ vingt acres d'étendue, qui semblait, du moins en partie, avoir été ménagée pour cette cérémonie. Tout autour e-t le long des bords de la forêt s'élevaient, pressées les unes contre les autres, des tentes de diverses grandeurs; derrière ces tentes, un autre cercle était formé par les voitures et les charrettes de toute espèce qui avaient amené les spectateurs, et derrière ces charrettes étaient attachés les chevaux qui les avaient traînées. A travers cette triple barrière défensive, notre œil distinguait les grands feux qui ? taient allumés dans l'enceinte; à la clarté de ces feux se joignait celle d'innombrables lampions suspendus aux branches de quelques arbres qu'on avait laissés subsister dans la clairière. La lune, arrivée au point le plus élevé de sa course, brillait du haut du ciel sur cette vaste scène.
»Au premier coup-d'œil, ces arbres illuminés et ces groupes se promenant sous leur feuillage me rappelèrent le Wanhall. Mais le second me révéla une scène qui ne ressemblait à aucune chose que j'eusse vue dans ma vie. Quatre échafaudages gigantesques, construits en forme d'autels, s'élevaient aux quatre coins de l'enceinte»: ils étaient recouverts d'une couche épaisse de terre, sur laquelle brûlaient d'immenses feu* de bois de pin. Sur un des côtés, on voyait une informe estrade préparée pour recevoir les prédicateurs. Il y en avait quinze à la tête de ce meeling. Sauf les courts intervalles réservés pour les repas et les actes de dévotion privée, ils se succédaient sans interruption sur cette
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estrade, et y prêchaient jour et nuit, depuis le mardi jusqu'au samedi.
» Lorsque nous arrivâmes, les prédicateurs se taisaient; mais de toutes les tentes qui environnaient la place, s'échappaient des sons confus, mélange bizarre de prières, de déclamations, de chants et de gémissemens. Les draperies blanches qui servaient de portes à ces tentes étaient en ce moment fermées, et la lumière qui en éclairait l'intérieur les dessinait comme de pâles fantômes sur le fond sombre de la forêt. C'était un spectacle d'une mystérieuse beauté pour l'imagination; et, si les sons qui l'animaient eussent été moins étranges et moins discordans, j'en aurais vivement joui. Malheureusement je m'arrêtai pour écouter, à l'angle d'une tente plus bruyante que les autres, et peu d'instans suffirent pour dissiper les illusions naissantes de mon imagination, et me rappeler à des réalités d'uue nature trop prononcée, pour permettre la méprise ou l'oubli.
» Un grand nombre de personnes se promenaient comme nous dans l'enceinte, et, comme nous, semblaient n'être venues là que pour voir. Quelques-unes s'étaient arrêtées près de cetie tente, et il s'en trouva qui poussèrent l'indiscrétion jusqu'à entr'ouvrir la toile à l'un des angles. Grâce à leur curiosité, la nôtre fut satisfaite, et nous pûmes voir parfaitement ce qui se passait dans l'intérieur.
«Le sol de la tente était jonché de paille, relevée tout autour en couches plus épaisses, de manière à former comme un divan circulaire où l'on pût s'asseoir; mais ce divan n'était point en ce moment consacré à cet usage : il soutenait les hras et les tètes d'un cercle pressé d'hommes et de femmes agenouillés sur le sol.
«D'une trentaine de personnes ainsi placées, une demidouzaine peut-être étaient des hommes. Nous les vîmes bientôt tomber ensemble sur la paille, comme s'ils eussentété incapables de supporter dans une autre attitude la brûlante éloquence d'une grande figure habillée en noir, qui, debout an centre de la tente, débitait avec une incroyable véhémence un discours qui semblait tenir le milieu entre la prédication et la prière. Les bras de cet homme pendaient raides et immobiles à ses côtés, et il avait l'air d'un automate mal construit, mis en action par un moteur si violent, qu'il courait risque d'en être brisé, tant les mots étaient chassés de sa bouche par secousses pénibles et cependant rapides. Le cercle agenouillé ne cessait d'invoquer le nom de Jésus sur tous les tons, et ces invocations étaient accompagnées de sanglots, de gémissemens, et d'une sorte de hurlemens sourds, dont l'effet sur l'oreille était inexprimable. Cependant mon attention né s'arrêta pas long-temps sur le prêcheur et sur ceux qui l'environnaient : elle fut bientôt entièrement absorbée par une ligure isolée, qui était à genoux au milieu de la tente. C'était la vivante image du Mac - Briar de Walter- Scott, aussi jeune, aussi sauvage, aussi terrible. Les bras amaigris, nus jusqu'au coude, étaient étendus audessus de sa tète avec tant de violence, qu'ils sortaient des manches de son habit ; ses larges yeux étaient fixes et glacés. Ce singulier personnage répétait dans un moment de relâche le mot gloire ! et c'était avec une véhémence qui gonflait ses veines de manière à les rompre. Ce spectacle était trop affreux. Nous ne pûmes le supporter long- temps et nous nous éloignâmes en frémissant.
«Nous fîmes le tour des tentes en nous arrêtant près de celles d'où partaient des sons plus bizarres et plus vioîens. Nous réussîmes à entrevoir ce qui se passait dans plusieurs : c'était partout la même scène. Toutes étaient garnies d'un lit de paille, et les horribles figures, assises, agenouillées ou couchées, et poussant des cris convulsifs, qu'elles renfermaient, leur donnaient à toutes l'air d'autant de cellules de Bedlam.
«Une de ces tentes était exclusivement remplie de nègres. Ils étaient tous en habits de fête, et avaient parfaitement l'air de gens qui jouent la comédie sur un théâtre. Une femme portait une robe de gaze rose, garnie de dentelles d'argent; une autre était en robe de soie jaune pâle. Deux avaient de magnifiques turbans sur la tête ; toutes étaientcouvertes d'une profusion d'ornemens. Les hommes étaient en pantalons blancs avec des gilets de couleur. Un de ces derniers, jeune homme fort agréable dans son espèce, débitait, un discours avec les gestes les plus outrés, s'élançant de terre de temps en temps, et frappant des mains par-dessus sa tête.
«Cependant minuit arriva ; le son du cor retentit dans le camp; et l'on nous apprit que c'était le signal qui rappelait le troupeau des fidèles autour de l'estrade. En effet, nous les vîmes sortir des tentes et accourir de tous les côtés. Nous réussîmes à nous placer au pied même de l'estrade, le dos appuyé contre les pièces de bois qui la soutenaient. Nous étions en bonne position pour bien voir la scène qui allait suivre, sans aucun danger personnel. Environ deux mille personnes composaient l'assistance.
»Un des prédicateurs commença d'une voix basse et nasillarde. Il débuta, selon l'usage des méthodistes, par s'étendresur la dépravation profonde de l'homme quand il sort des mains du Créateur, et sur sa parfaite sanctification quand il a assez long temps et assez vigoureusement lutté avec le Seigneur pour s'emparer de lui, etc. Les cris Amen ! amen ! Jésus ! Jésus ! gloire ! gloire ! exprimaient à chaque instant l'admiration de l'auditoire. Mais cette tranquillité comparative ne fut pas de longue durée. Bientôt le prédicateur, poursuivant son discours, leur apprit « que le temps était venu pour les pécheurs inquiets de lutter avec le Seigneur ; que cette lutte devait avoir lieu cette nuit même; — que lui et ses frères — étaient là pour les aider, — et qu'il fallait que ceux qui avaient besoin de leurs secours s'avançassent dans le pen. »
»Le pen était l'espace qui s'étendait au pied de l'estrade; nous pûmes donc voir et entendre jusqu'aux moindres détails de cette scène étrange.
»Au mot de pen, la masse d'auditeurs qui était devant nous recula de manière à laisser un espace libre au milieu de l'estrade.
»Lesprédtcateurs descendirent et vinrent se placer au milieu de cet espace, chantant un hymne et appelant à eux les pécheurs. Tout en chantant ils parcouraient le cercle qui les entourait, et par degré, les voix de cette multitude se marièrent à la leur. Ce fut le seul moment où cette scène religieuse me présenta quelque chose de cette beauté solennelle qu'on m'avait annoncée. Cette multitude de voix s'élevant harmonieusement au milieu de la nuit et du sein de ces éternelles forêts, ces visages de jeunes femmes, rendus plus pâles et plus beaux par les rayons de la lune; ces sombres figures de prêtres s'agitant au milieu du cercle, et ces obscures clartés jetées dans les profondeurs de la
forêt par la flamme des bûchers, produisaient un effet sublime et mystérieux qui ne s'effacera pas de ma mé-. moire. Mais, au moment même où je commençais a en jouir, la scène changea de nature, et le sentiment religieux que j'éprouvais fjt place à l'horreur et au dégoût. » L'exhortation des prêtres n'était guère que la répétition de ce que j'avais entendu; mais l'effet fut tout différent. Au lieu d'un petit nombre de femmes, je vis plus de cent personnes, presque toutes femmes aussi, s'avancer vers \epcn, en poussant des gémissemens si affreux, que je tremble encore d'y penser. Elles semblaient se pousser mutuellement en avant; mais au mot prions! prononcé par le prêtre, toutes tombèrent à genoux. Cependant elles quittèrent bientôt cette posture pour d'autres qui laissèrent plus de liberté aux mouvemens convulsifs de leurs membres : telle était la violence de leurs mouvemens que je craignais à chaque instant quelque accident sérieux.
»Mais comment décrire les sons qui sortaient de cet amas confus de créatures humaines? aucun mot de la langue ne saurait les rendre : sanglots convulsifs, sourds gémissemens, cris inarticulés, aigus, rapides, tout se confondait et se distinguait cependant dans ce bruit affreux. J'étais malade d'horreur. Et comme si la voix ne leur eût pas suffi pour exprimer leur agitation, le bruit des mains violemment frappées l'une contre l'autre ne tarda pas à s'y joindre.
»Les plaintes d'une très-jolie fille, agenouillée devant nous dans l'attitude de la Madeleine de Canova, attirèrent principalement mon attention. Après avoir débité une quantité incroyable de jargon méthodiste, elle fondit en larmes, et s'écria: « Anathème ! anathème sur les apostats ! Ecoute, écoute, ô Jésus ! Lorsque ma mère mourut j'avais quinze ans et j'apostasiai ; réunis-moi à ma mère, ô Jésus I réunis-moi à ma mère, car je suis fatiguée. » — Et après avoir sangloté dans ses mains, elle montra de nouveau sa figure charmante, pâle comme la mort : — « Oh ! quand serai-je assise sur le rivage de l'autre monde avec ma mère ! Ma mère, ma chère mère ! O Jésus ! réunis-moi à ma mère! » Qui aurait pu refuser une larme à ce désir passionné de la mort dans une créature si jeune et si belle?
» Une autre femme, placée aussi près de nous, ne cessa pas une minute, pendant plus de deux heures que nous fûmes là, d'appeler le Seigneur de toute la force de ses poumons. A la fin, elle s'enroua horriblement, et sa figure devint si tendue et si rouge, que nous nous attendions à la rupture de quelque vaisseau. « Je veux m'attacher à Jésus, s'écriait-elle parmi beaucoup d'autres folies, je veux me cramponner à lui et ne jamais le lâcher ; ils auront beau vouloir m'entraîner en enfer, je tiendrai ferme, ferme, ferme! »
» Le chant des prêtres venait de temps en temps se mêlera cet épouvantable vacarme ; mais les mouvemens convulsifs des pauvres maniaques n'en devinrent que plus violens.
»A l'aube du jour, le son du cor nous annonça que l'assemblée se séparait, et que chacun rentrait dans sa tente. Une heure après, nous nous promenions dans l'enceinte, où nous trouvâmes tous nos pénitens de la nuit aussi joyeusement occupés à préparer et à dévorer leur très-substantiel déjeûner que s'ils eussent passé la nuit à danser. »
LE TYROL. ( i« article.)
(Une vue du Tyrol prise dans la vallée de Méran-)
Lecaractère remarquable des chansonstyroliennes(i) et l'habileté de leurs chasseurs ont popularisé en France Je nom de ce peuple, dont, au reste, un grand nombre de nos compatriotes, voire même de ceux qui ont reçu ce qu'on appelle une certaine éducation, ignorent presque complètement la position et l'état politique. Ce serait par exemple, trop exiger de l'érudition de la masse des lecteurs français que de leur demander quels traits distinctifs séparent les Tyroliens allemands des Tyroliens italiens; quel fut, pendant la durée de l'empire français, le sort du Tyrol; quels dangers coururent nos
(1) Le chant du Tyrolien a quelque chose de tout particulier ; il passe fréquemment, de la voix naturelle et grave, au fausset le plus élevé, et a quelques rapports avec les sons de la cornemuse des bergers des montagnes. On reconnaît à 1 expression de ce chant qu'il appartient à des hommes erranssouvent dans de vastes solitudes, et dont les accens, traversant de profondes vallées, vont provoquer sur la côte opposée la voix des pâtres qui répondent et se succèdent comme une suite d'échos.
troupes dans ce pays de défilés et de précipices, et la part que prirent, les Bavarois d'un côté et les Autrichiens de l'autre, à la guerre européenne dont le Tyrol vit se dérouler plusieurs sanglantes scènes.
Il n'est pas besoin que nous déclarions que cette observation ne saurait s'appliquer aux lecteurs du Magasin universel, qui presque tous appartiennent à une classe trop élevée pour que nous puissions considérer nos articles succincts autrement que comme autant de mémorials à leur usage. En visitant avec eux le Tyrol, nous n'aurons donc d'autre prétention que de leur rappeler les traits les plus saillans de cette contrée et du peuple qui l'habite. Peut-être aussi, à ces souvenirs que l'on retrouvera dans tous les récits des voyageurs, aurons-nous à joindre quelques observations originales sur l'état politique, les mœurs et l'avenir de cette nation.
On sait qu'après avoir changé plusieurs fois de domination pendant les guerres de la Révolution française
et de l'Empire, après avoir passé de l'Autriche à la Bavière, notre alliée, le Tyrol a été, en 1814, rendu à la première de ces puissances, et qu'il forme aujourd'hui, avec le Voralberg et le cercle de Salzbourg, un gouvernement particulier qui a son commandement militaire particulier et sa juridiction spéciale. On sait aussi que la plupart des habitaus du Tyrol, ceux surtout de la partie qu'on appelle allemande, ont en tout temps témoigné un attachement assez vif aux princes de la maison d'Autriche, dont la simplicité et l'affabilité les ont toujours séduits.
Comme la Suisse, le Tyrol présente une suite à peu près non interrompue de montagnes, de lacs, de cascades moins belles, il est vrai, moins grandioses et moins nombreuses que celles qui donnent à l'Helvétie un attrait si puissant. Mais cette infériorité est compensée en quelque sorte par un caractère pittoresque plus prononcé. Le Tyrol offre d'ailleurs quelques exceptions à cette règle générale : on peut citer entre autres la fameuse route qui conduit au mont Brenner, route où vous trouverez presque à chaque pas des sites vraiment sublimes (1).
La nature montagneuse du Tyrol exclut en quelque sorte les grandes propriétés; aussi la noblesse de ce pays est-elle en général peu riche, ou, pour mieux dire, fort endettée. Ces âpres montagnes qui surgissent de tous côtés sont baignées par de longues traînées d'une neige éclatante, souvent des nuages sombres les couvrent presque en entier; plus souvent encore de vastes amas de vapeurs se roulent et se promènent sur les flancs ,de ces masses immenses, s'élèvent, s'abaissent, ou disparaissent, cachant et découvrant successivement les diverses parties de ce sauvage et admirable panorama. Souvent, sur ces pics arides, sur ces rochers en pyramides isolées, vous trouverez les ruines d'anciennes forteresses qui ajoutent à l'effet du tableau.
C'est grand plaisir, quand vous avez parcouru ces sévères régions, de retrouver le toit gai de l'aubergiste tyrolien. Là, point de cette froideur qui attriste les hôtels anglais, point de cet empressement obséquieux qui, en Italie et même en France, mesure les démonstrations à la richesse du train des voyageurs; point de cette lourde importance des maîtres d'auberge allemands; point de la sotte fierté des pozaderos espagnols. — De la bonhomie pour tout le monde, un service prompt et agréable, voiià ce que vous rencontrerez chez le Tyrolien.
Le Tyrolien est grand tireur, et pour lui il n'y a point de bonnes fêtes sans un tirage au blanc. Cet usage est presque généralement répandu dans toute l'Allemagne méridionale. Il y a des tireurs qui se font un revenu parleur adresse dans cet exercice, et qui, en accumulant les prix qui se distribuent, se forment une rente assez considérable.
Le luxe de l'habillement des paysans du Tyrol allemand consiste en un chapeau orné de rubans et de bouquets; ce chapeau est de paille recouverte d'une
(1) Le Brenner est une des masses les plus élevées du Tyrol; il fallait le franchir presque à son sommet pour se rendre en Italie; de ce point partent deux courans d'eau, l'un qui va par le Danube rejoindre la mer Noire, l'autre qui par l'Adige va grossir la mer Adriatique. La hauteur du Brenner dépasse de plus de 4,000 pieds le niveau de la mer. A droite et à gauche le Brenner est dominé par des montagnes plus hautes encore, et couvertes de neiges éternelles.
belle étoffe de soie verte pour les garçons; les hommes en portent de noirs. Les bretelles sont aussi une partie élégante du costume tyrolien. Elles sont ordinairement en soie verte et fort larges. L'habit est ou vert ou violet, les culottes de peau noire, les bas de coton, de laine ou de soie verte, et des souliers avec de trèsgrandes boucles.
Les femmes sont généralement habillées avec peu d'élégance; un grand nombre portent des bas plissés transversalement. Sur la tête, quand elles sortent, elles portent un énorme bonnet de coton pluché, en forme de pain de sucre, sous le poids duquel on croirait qu'elles doivent étouffer. — Dans la maison, leur tête découverte laisse voir des cheveux fixés par-derrière avec une grande aiguille et arrangés avec une certaine grâce.
Le Tyrolien a quelque chose de gai et d'aimant dans la physionomie. La fraîcheur des jeunes gens se perd avec l'âge et fait place à une teinte basanée produite par l'action du soleil et la fatigue. Habitués à gravir des rocs escarpés ou à descendre des sentiers rapides, ils infléchissent constamment le genou. Leur démarche cadencée conserve un certain balancement qui leur est nécessaire pour garder l'équilibre.
La population de tout le Tyrol est de 730,000 âmes environ, à peu près ce que renferme Paris. Ce petit nombre d'habitans eût été plus que suffisant pour arrêter les armées de l'Empire, tant sont puhsans les obstacles que la nature a opposés dans cette contrée aux agressions étrangères; avec moins d'avantages et moins encore de combattans, la Vendée, abandonnée à elle-même, a tenu pendant deux ans en échec les forces de la république française; mais malgré leur patriotisme et leur bravoure, malgré leurs dispositions naturelles pour la guerre d'embuscades , les Tyroliens ne sauraient être comparés à nos Vendéens, et pas même, peutêtre aux guérillas espagnols.
CHRONIQUES NORWÉGIENNES.