LA BAVIÈRE. — WURTZBOURG
(Vue du pout de Wurtzbourg et du fort île Marienberg.).
tat de la Bavière avant la révolution française; richesse et puissance du clergé ; révolution opérée par le prince Maxinnlien et son ministre M. de Montgelas. Mécontentement du peuple bavarois. Alliance de Maximilien et de Napoléon, 81gn(!c à wurtzbourg. Description de cette dernière ville. Le Mein. - Le fort de Marienberg. - Collection de crânes recueillis sur le champ de bataille de 179G.
Los anciennes possessions de la maison de Bavière raient pour l'Allemagne, avant la révolution française, e q<ie 1 Espagne a été long-temps pour le midi de Europe. Ce pays était la propriété exclusive du clergé t surtout des couvens, et le prince qui le gouvernait Tome III. —Décembre 1835.
sous le titre modeste d'Electeur n'exerçait qu'une autorité assez précaire. Quelques-uns des électeurs avaient vainement tenté de dépouiller à leur profit la puissance ecclésiastique; mais la disposition des esprits n'était pas favorable alors à l'exécution de ces projets. Il fallait que la révolution française vînt ébranler les fondemens de la société européenne, et qu'il se rencontrât précisément à la même époque un prince novateur et un ministre encore plus avide de changemens. Tels étaient le prince Maximilien et M. de Montgelas.
Pour accomplir cette révolution, Maximilien avait
besoin de l'appui de la France; il le réclama donc dès qu'aux sanglans excès de la Convention et au régime quelque peu vacillant du Directoire eut succédé l'organisation forte et régulière du gouvernement consulaire.
Le prince Maximilien fit détruire une multitude d'ermitages placés dans les bois, et qui, prétendait-il, servaient d'asiles aux brigands; il fit défendre d'annoncer des miracles récens, dépouilla les ordres m^ndiaus du droit de quêter; il diminua le nombre des monastères, réunit à son domaine des biens immenses appartenant au clergé.
Les catholiques jouissaient seuls en Bavière, avant cette époque, du droit de faire partie de la nation bavaroise; Maximilien donna le droit de naturalisation aux personnes de toutes les communions; et eu même temps il supprima un grand nombre de fêtes, de rosaires, de crèches et d'autres pratiques religieuses, pour les transformer en jours de travail, et interdit les pèlerinages qui se faisaient à des madones en pays étrangers, parce qu'ils faisaient, disait-il, sortir de la Bavière une partie de ses richesses.
En rapportant ces mesures qu'ils approuvent, comme on peut s'en douter, les historiens de l'empire, et M. Bignon entre autres, veulent bien avouer qu'il fallut quelquefois porter atteinte à la liberté religieuse. Les bons et pieux Bavarois voulurent résister; mais le gouvernement employa la force, et un grand nombre de villages furent occupés militairement pour avoir voulu enfreindre l'ordonnance contre les pèlerinages. On comprend aisément combien fut vive l'irritation développée dans cette population pieuse qui ne voulait pas se laisser transformer en une société de philosophes.
La noblesse bavaroise vint au secours du clergé. Les Etats de Bavière, assemblée composée principalement de nobles et de prélats, accusèrent, dans une sorte de manifeste, présenté au prince sous forme de mémoire, l'esprit révolutionnaire de son ministre ; mais l'électeur leur répondit que celte révolution était son propre ouvrage, et il invita les députés à la soumission, au respect; et en cela l'électeur secondait les vues de Napoléon qui voulait l'abolition des Etats représentatifs des divers peuples de l'Allemagne.
Cette déférence pour les idées de l'empereur devait lui valoir l'appui de la France et l'hostilité de l'Autriche. Les soldats bavarois marchèrent avec ceux de l'empereur contre ses ennemis, et bientôt le Tyrol, envahi par les deux peuples, passa de la domination autrichienne sous et lie du prince Maximilien, qui prit le titre de roi de Bavière.
Dans le traité d'alliance conclu le 23 septembre, à Wurtzbour?, entre la Bavière et la France, Napoléon s'était engagé à employer toute son influence pour étendre et arrondir convenablement le territoire bavarois.
Nous continuerons, dans un autre article, cet aperçu succinct des principaux événemens politiques qui changèrent l'état de la Bavière; ces événemens font partie de l'histoire de l'empire, et le règne du roi de Bavière présente un certain nombre de circonstances remarquables. Nous retrouverons, d'ailleurs, les Bavarois dans le Tyrol, dont nous avons aussi à dire les chroniques si pleines de faits, et que nous avons à peine exploré dans notre dernier numéro.
Aujourd'hui nous ajouterons à notre récit historique j
la description de l'une des villes de la Bavière , de celle où fut signé le traité d'alliance avec la France, l'antique et pittoresque cité de Wurtzbourg.
Située dans une vallée délicieuse et entourée de coteaux magnifiques, la ville de Wurtzbourg se présente au voyageur comme l'une des plus riantes et des plus riches de la Bavière. Wurtzbourg est partagée en deux portions par le Mein, qui est à cet endroit d'une largeur considérable : la navigation de ce fleuve, constamment charge de barques et de grands bateaux, ne contribue pas peu à donner à la ville l'air d'aisance et d activité qu'on y remarque.
La partie de la ville huée sur la rive droite est appelée l'ancien fVurtz'ourg ; l'autre partie, bâtie sur la rive gauche, se nomme quartier du Mein. On communique de l'une à l'autre par un beau pont long de 54o pieds et formé de huit arches. La ville est forte et entourée d'une haute muraille et d'un fossé profond. Dans le quartier du Mein, s'élève sur un rocher de 400 pieds de hauteur le fort de Marienberg, qui sert de citadelle à la ville; au milieu de cette forteresse on fait remarquer aux voyageurs une antique construction qui passe pour les restes d'un temple de la déesse Frega, la Vénus des Scandinaves. La ville proprement dite n'est pas régulièrement bâtie, on y trouve même peu d'habitations particulières construites en pierre. Cependant elle renferme quelques beaux monumens. Le château royal est digne de sa destination : les appartenons ont été ornés récemment avec beaucoup de goût, et la voûte du grand escalier, ornée de peintures, passe pour un chef-d'œuvre d'architecture. La cathédrale, qui renferme plusieurs beaux monumens, et entre autres une chaire d'un travail exquis, est la plus remarquable des trente-trois églises que renferme la ville. Wurtzbourg possède en outre plusieurs établissemens d'utilité publique : ce sont le grand hôpital de Julius, douze autres hôpitaux et plusieurs établissemens de bienfaisance, des bibliothèques, et de nombreuses écoles de différens degrés. Dans le nombre des collections scientifiques que renferme la ville, on cite celle des préparations anatomiques attachée au grand hôpital ; on y conserve un grand nombre de crânes marqués de blessures profondes, et recueillis sur l'emplacement où fut livrée la bataille de Wurtzbourg en
L'Université, qui jouit d'une grande réputation en Allemagne, ne compte pas moins de quatre cents ans d'existence. Les différens cours professés par un grand nombre de professeurs d'un savoir éminent attirent à Wurtzbourg plus de 700 élèves, tant nationaux qu'étrangers.
A l'époque de la révolution française, la ville et son territoire formaient legrand-duché de Wurtzbourg, qui, par les traités de 1 814 et de 18 1 5, lut réuni au royaume de Bavière, dont il est maintenant une des plus belles possessions.
Outre les avantages de sa délicieuse position, Wurtzbourg en recueille d'autres plus solides qu'elle doit à la richesse de son terroir.Les vignobles qui l'entourent, déjà fameux au xme siècle, passent encore aujourd'hui pour les meilleurs de la Franconie. Les gourmets savent tous les noms des crûs du Leiste, du Hein qui appartient au grand hôpital, et dont les produits dans les bonnes années ne se vendent pas moins de cinq francs la bouteille. Le vin connu sous le nom du Saint-Esprit est.
le produit du vignoble de la Harpe, qui est une des propriétés du chapitre de Hauch.