RÉVOLUTION RELIGIEUSE ET POLITIQUE
DU XIXe SIÈCLE.
Dans l'infinie variété des sujets qu'embrasse le cadre de notre modeste publication, il en est vers lesquels nous portent de préférence nos sympathies; on devinera peut-être que nous voulons parler de tout ce quise rattache plus particulièrement à la divine mission qui nous est départie, à nous humbles écrivains, aussi bien qu'aux rédacteurs des plus brillantes et des plus populaires Revues; à savoir, la propagation de toutes les vérités, de tous les faits qui peuvent contribuer à l'amélioration et au progrès de l'humanité.
Or, nous ne saurions trouver de moyen plus efficace d'atleindie ce but glorieux que de rappeler le noble exemple donné par les hommes de génie qui ont été les apôtres intelligens et populaires de notre foi.
Notre siècle lui-même, que tant de funestes influences, tant d'exemples de dépravation donnés par les classes élevées des générations précédentes, semblaient avoir condamné à une rapide décadence, notre siècle a eu ses apôtres. L'excès du désordre moral et politique dans lequel s'agita la France pendant les quinze ans qui suivirent la chute du trône, a produit une salutaire réaction, et du sein de cette société qui paraissait absorbée pour toujours par l'esprit des camps, la soif des plaisirs et la passion du gain, sont sortis des hommes pleins d'un religieux amour de l'humanité, chez qui la force de l'intelligence et le don de revêtir la pensée de formes séduisantes répondaient à la pureté et à l'enthousiasme du cœur.
Si ces hommes n'avaient pu mettre au service d'une aussi noble cause qu'un prosélytisme ardent, une raison supérieure, forte d'argumens irrésistibles et d'inflexibles vérités, ils n'eussent rallié qu'un petit nombre d'esprits graves, déjà plus qu'à moitié détachés du monde; mais ces hommes ont parlé la langue des dieux : revêtues de célestes images, accompagnées de tout ce que la poésie a de plus suaves et déplus vibrans accords, leurs pensées d'avenir ont charmé tout à la fois, et nous dirons même éclairé la foule. Sans doute, dans cet immense auditoire qui prêtait une oreille surprise à ces accens nouveaux, ils n'ont conquis qu'un petit nombre de vrais néophytes, mais leurs enseignemens n'ont pas été perdus: le peuple en a conservé quelque chose; son esprit s'est épuré.
Une philosophie décrépite, un libéralisme rachitique avaient enrégimenté à grand'peine quelques invalides de l'Empire, quelques élèves bien novices, bien irréfléchis de la moderne Université; mais cet engoûment passager a fait place à un plus large et plus consolant système. Ces esprits forts qui auraient à peine osé, par pudeur, avouer Dieu, et dont l'étroite politique ne
voyait rien au-delà de la Charte et de la frontière dit Rhin, ont été abandonnés et presque conspués par les écoliers qui les appelaient, dans leur dévergondé langage, du sobriquet de fossiles. Pouvaient-ils avec leur matérialisme abrutissant, avec leur patriotisme exclusif, lutter contre les hommes de l'avenir, qui rappelaient au peuple la sublimité de son origine, sa destinée immortelle, la charité prêchée par le Fils de Marie, aux individus comme aux nations, renversant ainsi toutes les barrières que l'ignorance et l'égoïsme ont élevées entre la France et le reste du monde, entre l'humanité et Dieu ?
Sans doute, vous qui lisez ces lignes, vous n'avez pas attendu que nous appelions les noms les plus marquans de cette liste trop courte des apôtres de notre siècle : vous avez nommé deux écrivains dont les écrits ont inondé la France et l'Europe, et, après une aussi prodigieuse publication, sont encore avidement recherchés de toutes les classes ; deux hommes d'Etat, qui ont représenté la France à l'étranger et se sont assis dans les conseils du prince et de la nation ; deux illustrations que les corps savans ont tenu à honneur d'appeler dans leur sein. Lamartine, Chateaubriand, voilà les hommes qui ont le plus contribué peut-être à moraliser et à éclairer le peuple; ce sont ceux que nous placerons en tête de notre galerie,
M. DE LAMAIITINE.
M. de Lamartine ne date comme écrivain que de la chute de l'empire français : il avait passé une grande partie de sa jeunesse à voyager dans toute l'Europe, et avait séjourné particulièrement à Naples et en Sicile. Dans ces beaux climats, son imagination ardente rêvait pour son pays la liberté qui lui semblait écrasée sous la tyrannie de l'Empire, et, lorsque vint la Restauration, elle fut accueillie par lui avec joie et espérance de bonheur. C'est alors, avons-nous dit, que parurent ses premiers chants. Amour, religion et liberté en étaient les principaux types; ils conservèrent toujours ces mêmes caractères , et la philosophie ne s'y mêla que plus tard. Ce serait faire injure à nos lecteurs que de leur signaler le mérite de ces œuvres de M. de Lamartine, qu'ils ont tous lues et admirées.
M. de Lamartine est né en octobre 1791, à Milly, près Mâcon, département de Saône-et-Loire. Sa famille était de l'ancienne noblesse du pays.
En 1793, toute la famille de M. de Lamartine fut jetée dans les cachots de la terreur. A la mort de Robespierre ils furent rendus à la liberté, et rentrèrent dans les possessions considérables qu'ils avaient en Bourgogne et en Franche-Comté.
M. de Lamartine fut élevé à la campagne jusqu'à l'âge de 12 ans; alors il fréquentait librement les jeunes paysans de son âge, et nulle contrainte n'arrêtait en lui les impressions de la nature. Cette éducation contribua sûrement à lui donner ces idées d'indépendance qui, jointes à une religion éclairée et vraie, furent, depuis, le caractère immuable de son talent.
En 1820, M. de Lamartine épousa une jeune Anglaise qu'il avait connue et aimée depuis long-temps, et dont l'esprit et le cœur répondaient en tout aux siens.
Il entra alors dans la diplomatie en qualité de secrétaire d'ambassade, et montra une aptitude aux affaires et une solidité de raison qui se trouvent rarement réunies
à l'éclat et à la chaleur d'imagination qui constituent letalentpoetique.il fut jusqu'en i83o chargé d'affaires de France près les cours de Toscane, Parme et Modène. Il représenta à Florence, d'une manière digne et honorable, les intérêts et les considérations de la France. Il était désigné pour la place de ministre plénipotentiaire en Grèce quand la révolution de juillet éclata. M. de Lamartine crut devoir, par un scrupule de délicatesse et d'honneur, donner sa démission dos emplois diplomatiques qu'il exerçait. Il rentra dans la vie pri-
vée et écrivit alors un petit traité de politique, intitulé : Politique rationnelle, qui le plaça dans une sphère à part. Cet écrit est le développement de toutes les idées progressives, sans acception de gouvernement et de dynastie, sans autre système que celui de la morale et de la charité évangéiique appliquée au gouvernement des hommes.
Après la publication de cet ouvrage, M. de Lamartine partit pour l'Orient, qu'il visita pendant deux ans. Là, un malheur affreux vint le frapper; il perdit sa fille
unique, dont la beauté et le génie précoce faisaient l'admiration de tous ceux qui la voyaient et la joie de ses parens.
Rappelé en France par les électeurs de Bergues (département du Nord), il vint les représenter à la Chambre des Députés dont il fait encore partie. On a retrouvé, dans les différens discours qu'il a prononcés, son indépendance, sa politique à longue portée, et ces principes de morale chrétienne et philantropique qui ont fait donner au parti qu'il formule le nom de parti social.
Habitués qu'ils sont aux récriminations virulentes des factions, aux déclamations hostiles dictées par un patriotisme étroit à certains orateurs qui se disent nationaux par excellence, les Français n'ont pas toujours goûté cette politique nouvelle, parce que M. de Lamartine a de beaucoup trop devancé son siècle. Quelques citations que nous ferons bientôt de ces discours, citations qui appartiennent aussi bien à l'histoire qu'à la polémique du jour, justifieront le jugement que nous venons de porter.
LES COLOCHES.
(Deuxième article. Voy. page 38.)
Lorsqu'une femme coloche aecouche, elle garde le lit pendant un mois; ce temps écoulé, el!e lave son enfant, son propre corps et ses habits; puis elle fait une grande toilette et invite tous les parens à une fête splendide. Pendant le repas la mère donne à l'enfant le nom de quelque parent décédé. Les mères nourrissent leurs enfans jusqu'à ce qu'ils marchent; l'habillement de ces derniers est fait de peaux, moelleuses de quadrupèdes ou de peaux d'oiseaux. Après qu'ils sont sevrés et avant que les dents leur poussent, on les nourrit de poissons secs, mâchés d'abord par les mères. Dés qu'un enfant commence à parler, on lui fait prendre tous les matins un bain dans la mer ou dans le fleuve, quelque temps qu'il fasse. Afin que les parens ne s'attendrissent pas aux cris de leur progéniture, on charge de ce procédé Spartiate un oncle ou un cousin, qui calme les lamentations du patient par le moyen d'une verge. Les Coloches ont fait un devoir sacré du respect que les enfans portent à leurs parens, et des tendres soins dont on entoure les gens âges et infirmes. Une des particularités de ce peupie consiste en ce que, dans les successions, les parens du côté maternel ont toujours la priorité sur ceux du côté paternel. Le Coloche qui veut se marier doit être assez robuste pour faire tout l'ouvrage pénible, et assez adroit pour savoir manier les armes, surtout le fusil. Après avoir reçu de ses parens un certificat de capacité, il se rend au village qu'habite l'objet de ses vœux, envoie un ami faire la demande de la belle. Si la fille et son père donnent leur consentement, le jeune homme se présente lui-même et échange sa future contre les présens qu'il a apportés. Ensuite ils vont ensemble chez les parens de la jeune femme, et en reçoivent des présens plus considérables que ceux donnés par l'amant. Ces presens consistent en peaux d'animaux, marchandises europeennts, armes, etc.; les personnes riches y ajoutent quelques esclaves. Souvent l'affaire manque, faute par le jeune homme de pouvoir ou de vouloir remplir les conditions que ia jeune fille lui fait. Ainsi une fille exigea de Nauch Ret, l'ancien qu'il répudiât sa première femme; ce que le païen refusa de faire, et la négociation fut rompue. La noce se fait sans prêtre, ni sacrifice, ni cérémonie religieuse quelconque. Les Coloches de la classe supérieure épousent plusieurs femmes, afin de s'enrichir par les présens qu'on leur fait, et d'augmenter leur puissance et leur influence par une parente nombreuse. Les chefs de tribus marient leurs enfans dès la première jeunesse de ceux-ci. Les femmes d'un même homme sont ordinairement très-jalouses les unes des autres, et les fréquentes querelles auxquelles cette passion donne naissance finissent par un assassinat. Le mari qui surprend chez lui un étranger le tue ainsi que sa femme, sans avoir à craindre le ressentiment des parens, auxquels il fait quelques présens de valeur, à titre d'excuse ou de conciliation. Si l'homme dont il a à se plaindre est le neveu du mari, celui-ci n'a pas le droit de le tuer, mais il peut le forcer à se charger de la femme. Il arrive souvent que des hommes doux et indulgens ne se soucient pas beaucoup de leurs épouses âgées; et dans ce cas ils leur permettent de prendre à leur service un jeune
homme, qui est obligé de s'occuper des travaux de la maison. Les Coloches n'épousent jamais leurs parentes, ils choisissent toujours leurs femmes dans d'autres tribus. Cependant cette règle sou lire une exception ; car, lorsqu'un Coloche meurt, son neveu se trouve obligé d'épouser la femme de son oncle, quelle que soit la différence des âges.
Les femmes ne sont pas exemptes de travail; au contraire, il faut qu'elles aillent chercher le bois, l'eau, qu'elles salent la viande des poissons, qu'elles fassent les paniers, les vêtf mens de laine, etc., tandis que leurs époux se reposent. Les hommes ne bougent pas aussi long-temps qu'il y a des provisions à la maison ; s'ils s'ennuient près de leurs femmes, ils vont se coucher sur le sable du ri\ âge, ou même dans les flots glacés de la mer. Ils aiment avec passion un jeu national, qu'on joue avec de petites baguettes; souvent ils y perdent tout ce qu'ils possèdent, même leurs femmes.
Lanourriture des habitansconsisteprincipalement en poissons. Les harengs viennent au mois de mars frayer en grande quantité dans le détroit, près de la forteresse de Sitcha. Alors les Coloches coupent des aibres, les chargent de pierres et les mettent dans la mer, près des côtes. Ils retirent de l'eau le frai, qui s'est attaché aux branches, le font sécher au soleil et s'en nourrissent plus tard. On pèche au mois de juin une sorte de saumon (salmo gibbosus), dont on ôte les arêtes et que l'on fume. Les turbots se prennent en été et en hiver. On les mange frais. On mêle une sorte de brimbelles ou caviar d œufs de harengs dont nous venous de parler. Au printemps on tire de divers arbres une liqueur, qui devient enivrante après qu'on l'a laissé fermenter. Les Coloches regardent comme des friandises les phoques et les baleùies que la mer jette quelquefois sur la côte; cependant ils préfèrent à tout l'huile tirée de ces poissons; ils la boivent dans les festins avec le plus grand plaisir. Ils aiment la chair des élans et des moutons, mais ils dédaignent celle des ours. Ils mangent également avec plaisir tous les oiseaux, à l'exception du corbeau qui est sacré pour eux.
Les Coloches ne dévorent pas la chair de leurs prisonniers; ils racontent qu'il existe derrière les montagnes septentrionales une nation différente de celle des Coloches par la langue et la manière de vivre, et qui fut, dans un temps de grande détresse, forcée de manger de la chair humaine. Ces hommes, nommés Connaques, viennent quelquefois au bourg de TYhilehatou, donner aux Coloches des peaux de martres-zibelines et de renards, ainsi que des morceaux de cuivre brut, en échange d'armes et de poudre à canon.
(Extrait de la Revue du Nord.)