Tome m.— Janvier
Quant aux phénomènes physiques, personne n'ignore l'influence directe qu'exercent, sur la constitution atmosphérique, les pays euvironnés de hautes montagnes, et dont le sommet est toujours blanchi par la neige. L'atmosphère se refroidit à un degré plus ou moins considérable, et c'est pour cela que l'exposition de certaines contrées a sur les vents une influence qui contribue à rendre ceux qui y régnent, plus froids ou plus chauds qu'ils ne devraient l'être. Par la même raison, l'excessive chaleur qui règne au Pérou est modérée par les neiges qui couvrent les Cordillères.
Relativement à ses usages pharmaceutiques et chimiques, la neige a été employée pour quelques expériences, telles que la congélation du mercure, de l'esprit-de-vin, etc.; celles tentées par MM. Fourcroy et Vauquelin prouvent que six parties de neige non comprimée et huit de muriate de chaux produisent subito unfroid très-intense, l'air étant à treize degrés six dixièmes Réaumur, ou dix-sept degrés du thermomètre centésimal. Le froid déterminé par ce mélange a été tellement vif que vingt livres de mercure ont gelé en treize secondes; que l'esprit-de-vin, les éthers, le vinaigre radical ont subi le même effet. Le bout du doigt, plongé dans la liqueur, en quatre secondes a perdu tout sentiment ; il est devenu d'un blanc de papier, étant le siège d'une douleur aiguë, comme s'il eût été
violemment pressé dans un clan, et il n'a pu reprendre sa chaleur que par un long séjour dans la bouche. Une question souvent agitée a été celle de savoir si l'eau de neige, prise habituellement en boisson, était insalubre et capable de causer ces goitres qui sont endémiques dans les pays voisins des Alpes, dans le Tyrol et dans le Valais qui fait partie de la Suisse. Cette opinion, enracinée parmi les habitans de ces pays, peut être contredite par l'observation faite chez les peuples de la Norwége, où beaucoup n'ont pas d'autre boisson que l'eau de neige, et qui n'en éprouvent aucune incommodité. Peut-être aussi que la manière de vivre des habitans, une disposition naturelle à cette maladie, la qualité de l'air qu'ils respirent, contribuent plus que tout le reste au développement endémique da cette maladie. On a prétendu que cette affection dépend de ce que les eaux de neige, passant sur différens terrains, en dissolvent les parties hétérogènes nuisibles, et ajoutent aux causes antécédentes que nous avons indiquées, effets que n'éprouvent pas les autres peuples, en raison de la différence de climat, de l'exposition différente des lieux et de la qualité différente des eaux de neige.
La neige est employée extérieurement dans les cas de congélation. En général dans les pays froids, en Russie surtout, où cesaccidens sont plus fréquem,on a la précaution, pour ne rappeler que graduellement la chaleur et la vie dans les membres gelés, de les frictionner avec de la neige. On n'expose les individus à une température plus douce que lorsque les parties ont acquis un degré de chaleur suffisant pour qu'on ne puisse plus craindre de voir survenir lout-à-coup les accidens les plus graves, tels que le sphacèle des organes congelés, sphacèle déterminé par l'action sédative du froid, qui détruit plus ou moins promptement la sensibilité et la vie.
Le peuple de tous les pays est aussi dans l'usage de frictionner avec de la neige les parties menacées ou atteintes d'engelures. Plusieurs auteurs conseillent ce moyen ; ils paraissent généralement en avoir retiré un grand avantage.
Des observations démontrent que dans diverses maladies l'application 'de la neige sur les reins et l'usage de son eau ont rendu au malade une santé bien réglée.
Ces expériences, qui paraissent offrir une très grande contradiction par rapport à la nature de l'affection, sont néanmoins dignes de fixer l'attention des gens de l'art. Dans le Journal de physique et d'histoire naturelle, est consignée une observation du docteur Meunier, relative à l'application de la neige sur les reins, dans le cas de certaines suppressions. «La ville de Syracuse, dit ce savant, est la seule où les médecins regardent la suppression lochiale que développe la fièvre ardente, etc., comme une maladie de peu d'importance; accoutumés aux succès les plus constamment heureux, ils négligent tous nos remèdes connus, pour n'employer qu'une méthode simple, invariable, commode et tellement infaillible, que l'histoire médicale de celte ville ne transmet aucun événement malheureux de l'application d'un seul moyen (la neige), qui, sur ce simple énoncé, paraît mériter d'être prescrit par les gens éclairés.»
Bartholin nous a aussi laissé plusieurs observations, qui prouvent que la neige, employée à propos dans les fièvres ardentes, a eu le plus heureux succès. Au rapport de François Paulini, un maltde atteint d'une fièvre
très-violente, contre laquelle tous les autres remèdes avaient échoué, fut guéri, après avoir pris à l'intérieur et s'être frictionné, pendant un certain laps de temps, les pieds et les mains avec de la neige.
Qui de nous ne blâmerait l'imprudence du malade et du médecin, qui, dans le plus fort degré de la chaleur du corps, s'appliquerait ou commanderait qu'on appliquât de la neige pour modérer cet excès de transpiration déterminée artificiellement par la chaleur du bain ou de l'étuve ? Cependant la méthode des Russes, de s'ensevelir sous la neige en sortant des étuves fortement échauffées, dans le cas d'indispositions graves, démontre que ce 'changement volontaire et subit d'une température chaude à une température froide, loin de leur être nuisible, les guérit presque toujours des affections qui dépendent sans doute de la suppression de la transpiration, puisque auparavant ils l'excitent à un degré extrême et l'arrêtent tout -à-coup à l'aide de la neige. L'habitude seule chez ces peuples et leur constitution propre peuvent les mettre à l'abri de tout danger; danger qui pour nous ne serait peut-être pas plus réel, si une étude, une observation plus suivie des cas dans lesquels ces moyens pourraient être employés, parvenaient à nous enhardir sur l'usage d'un moyen reconnu si efficace dans les pays du nord. Nous pensons, avec tous les observateurs, que l'impunité de cette mutation de température doit dépendre de l'impression instantanée et |subite que le corps reçoit au moment du plus grand développement du principe de la chaleur. Dans le cas où les médecins seraient tentés de faire à ce sujet des expériences, nous leur conseillerons d'avoir toujours égard à la constitution des individus, à leur suseeptibilité, à leurs habitudes, à leur manière de vivre; de considérer surtout l'état des organes et des viscères, de ne point confier au hasard les résultats d'expérience, dont le but doit être le bien de l'humanité et le progrès des lumières médicales.
Quant à nos usages domestiques, la neige n'est employée que pour remplacer la glace et rafraîchir les boissons, sans leur donner d'autres qualités que celles dont elles jouissent par elles-mêmes.
A ce premier article sur la neige, nous avons joint une gravure qui rappelle un des passe-temps les plus lucratifs, mais aussi les plus périlleux des chasseurs pendant l'hiver. Des montagnards du canton de Berne rentrent triomphans dans leur cabane, rapportant un ours gigantesque, que quatre hommes ont peine à porter. Quant aux détails de cette chasse, nous renverrons nos lecteurs à un article de notre 2e volume, page 3 1 5.