LE HOUBLON
Le houblon croît naturellement en Europe, dans les haies et sur le bord des bois. On cultive cette plante en France, en Angleterre, en Allemagne et en Flandre, pour recueillir des espèces de cônes écailleux que portent les pieds de houblons femelles et dans lesquels naissent les fleurs de ce sexe. Ces cônes ont une odeur quiabeaucoup d'analogie avec celle de l'ail, et leur saveur, bien que très-amère, n'a rien de désagréable.
La principale application du houblon est son emploi dans la fabrication de certaines bières, comme nous l'expliquerons plus tard ; mais on en fait aussi usage en médecine. Les cônes que nous avons désignés
sont les parties du houblon dont on use le plus; les feuilles et les sommités ont aussi leur util ité.L'opinion générale est que la bière houblonnéeprévientla formation de la pierre; plusieurs médecins ont cru pouvoir conclure des observations faites à Londres, que cette ville contenait beaucoup moins de personnes attaquées de la pierre depuis qu'on y faisait usage du houblon; anciennement on allait jusqu'à prétendre que cette plante avait la propriété d'expulser les calculs des reins et de la vessie; mais depuis long -temps les médecins ont reconnu la fausseté de cette assertion. Ce qui reste prouvé, c'est que le houblon est très -diurétique. Jadis, aussi, on appliquait cette plante en fermentation pour calmer les douleurs causées par la goutte, les luxations et les contusions; mais alors on la faisait bouillir dans
(La reine de la récolte du houblon.)
la bière. On emploie également les cônes du houblon, à cause de la propriété qu'a leur principe amer de donner du ton à l'estomac; on fait dissoudre ce principe, soit dans l'esprit-de-vin, soit dans l'eau chaude. Ces extraits de houblon, au moyen de l'eau chaude, se préparent communément comme le thé ordinaire. On a recours à
(1) Comme le figuier, le mûrier, l'arbre à pain, le chanvre, l'ortie et la pariétaire, on sait que le houblon fait partie de la famille des Urticces; ses tiges sont menues, anguleuses, un peu rudes au toucher, sarmenteuses, longues de dix à douze pieds et plus ; ses feuilles sont pétiolées, en forme de cœur, dentées en scie, quelquefois entières, souvent partagées jusqu'à moitié en trois, quatre et cinq lobes. Ses fleurs sont les unes mâles, les autres femelles, d'une couleur herbacée et portées sur des individus différens. Les fleurs mâles sont disposées en petites grappes au sommet des rameaux; les fleurs femelles naissent dans des cônes écailleux comprimés, qui forment de petits panicules dans les aisselles des feuilles. Le fruit est une petite graine arrondie, un peu comprimée, roussâtre et enveloppée dans une membrane.
ce genre de traitement dans le scorbut, les maladies scrofuleuses, dans le rachitis, et-surtout dans les maladies cutanées, etc. Dans certaines contrées du Nord, la teinture alcoolique ou l'extrait de houblon se prescrivent en guise d'opium. C'est aussi dans le Nord que les jeunes pousses de houblon, cueillies encore tendres au commencement du printemps, sont servies sur la table en manière d'asperges, et de préférence à ces dernières, auxquelles on trouve, dit-on, beaucoup moins Ue saveur.
Enfin, pour n'omettre aucun des principaux usages du houblon, disons que l'écorce de sa tige donne une fdasse grossière qu'on fait entrer dans la confection des cordes.
Les fruits du houblon, par leur immense emploi dans la fabrication de la bière, forment maintenant une branche considérable de commerce, et sa culture a été
l'objet de l'attention des agronomes. Nous rappellerons en quelques mots les détails de sa culture.
Dans une terre légère et néanmoins assez substantielle, à l'abri des vents et dans une exposition humide, on place, dans des trous en quinconce espacés de six pieds environ, de vigoureux plants de houblon coupés sur les plus vigoureuses souches d'une ancienne plantation. La seconde année on fait grimper les nouvelles pousses, après avoir coupé les tiges près de terre, le. long de gigantesques échalas qui ont souvent près de trente pieds.
Deux mois après la floraison, le houblon est en maturité. Le moment favorable pour la récolte est celui où les écailles des fruits ont passé de la couleur verte à une nuance brunâtre. Alors, comme l'indique la gravure jointe à cet article, les tiges du houblon csontoupées à trois pieds environ du sol, et les cônes arrachés à mesure.
Pour conserver les fruits du houblon, on les fait dessécher promptement dans des fours ou par tout autre moyen analogue, puis, afin d'empêcher que ces fruits ne se réduisent plus tard en poussière, on les
(La récolte du houblon.)
étend dans des chambres aérées et sèches où elles reprennent leur élasticité. Enfin, ces fruits sont entassés dans des sacs.
Les Anglais qui, plus que les autres nations, ont perfectionné la culture du houblon, ne se sont pas contentés de réunir, au moyen d'échalas, les tiges des houblons en masses épaisses, comme l'indique notre vignette, ils ont d'abord substitué à ces sortes de haies des treilles ou palissades soutenues par une ligne de perches verticales liées par plusieurs rangées de perches horizontales. Ces treilles, exposées au midi, se chargent plus promptement de beaux fruits qu'on enlève, à l'aide d'échelles doubles, à mesure qu'ils mûrissent.
Enfin, dans ces derniers temps, on a substitué aux échalas en bois des tiges de fer pointues, qui favorisent
davantage la fructification, et dont on explique l'action en les comparant aux paratonnerres. Sans aucun doute, l'intensité du courant électrique, que ces tiges font circuler dans la houblonnière, doit accélérer la végétation.
Au tableau de la récolte du houblon, que nous offrons à nos lecteurs, et dont le dessin a été pris dans une des houblonnières de l'Angleterre, nous avons joint une autre vignette, dont la même exploitation agricole a fourni le sujet ; c'est un souvenir de la fête qui suivit la récolte. Parée de ses plus beaux habits, la reine élue par les travailleurs avait orné sa tête de houblon; une garniture de houblon garnissait aussi sa robe, et c'était enfin des bouquets de houblon qui relevaient l'écharpe en sautoir qui complétait sa toilette. Nos vendangeurs français auront peine à comprendre que
la récolte du houblon puisse être aussi gaie en Angleterre que celle des raisins chez bous. Les libations de la liqueur à laquelle le houblon doit donner son goût amer et sa vertu enivrante, ne valent pas, disenl-ils, le vin nouveau. Nous laissons à nos lecteurs du Nord et du Midi à décider du fait.