‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 74 sur 268 · DANS LA. MARINE ANGLAISE · texte numérisé non relu

DANS LA. MARINE ANGLAISE

Soldat mort des suites de la flagellation.

L'usage barbare de la peine du fouet existe toujours eu Angleterre, malgré les réclamations de la presse et de tous les hommes éclairés. Il y a peu de temps, Thomas Ramsby, soldat de la marine royale en garnison à Woolwick, s'étant emporté contre une infirmière, fut condamné à recevoir i5o coups de fouet; mais il n avait subi que la moitié de sa peine lorsqu'il tomba évanoui et fut transporté à l'hôpital, où il mourut au bout de trois semaines d'une contraction de mâchoires.

Le magistrat de Woolwick a été chargé de procéder à l'enquête, en qualité de coroner, devant un jury composé de dix-sept habitans les plus notables du pays. La lettre de convocation adressée par le colonel au coroner était ainsi conçue :

« Monsieur le magistrat, Thomas Ramsby ayant été condamné, par jugement, à recevoir i5o coups de fouet, n'a pu expier qu'une partie de sa peine. Il est mort quelques semaines après à l'hospice; veuillez prendre les mesures nécessaires afin de procéder à l'enquête prescrite par la loi.

» Mac-Clerverty, » Colonel du régiment de la marine royale. »

Un autre soldat du même régiment, employé à la pharmacie, a déclaré que Ramsby est arrivé à l'hospice ayant le dos couvert de contusions et de plaies sanglantes : la peau était enlevée en plusieurs endroits; il ne portait aucune empreinte, ni à l'un ni à l'autre bras. Son état ne différait d'ailleurs en rien de celui des hommes à qui l'on inflige d'ordinaire ce même châtiment.

Les médecins regardent la fièvre nerveuse, qui s'est manifestée par une contraction des mâchoires, comme la cause immédiate de la mort de Ramsby; cependant une autre cause a pu exister dans la prédisposition de ce militaire, sujet aux accès de colère les plus violens. Les docteurs affirment avoir vu des soldats guéris trèspromptement après qu'on leur eut administré jusqu'à cinq cents coups de fouet.

lin tambour du régiment dépose qu'il a fustigé dans sa vie plus de cent militaires qui ne s'en sont pas mal trouvés. (Mouvement pénible dans le jury et l'auditoire.) « Quatre de mes camarades, dit -il, avaient frappé avant moi le malheureux Ramsby; je le ménageais autant que le permettent les réglemens ; lorsqu'il est tombé à la renverse, j'ai reçu l'ordre de discontinuer. »

Le jury d'enquête, après dix minutes de délibéralion, a rendu sou verdict en ces termes: «Thomas

» Ramsby est mort par suite d'une crise nerveuse et » d'une contraction des mâchoires, provenant de la » rigueur du châtiment qui lui a été infligé en vertu de » la condamnation prononcée par la cour martiale. »

Des applaudissemens et des bravos se sont manifestés dans le public, composé d'une foule de militaires et de bourgeois. Le magistrat ayant dit: «Messieurs les jurés, vous étiez parfaitement libres d'exprimer votre opinion, mais votre verdict doit être conçu en termes plus techniques et selon les formes d'usage , » le chef du jury s'est empressé de lui répondre : « Nous avons cherché à exprimer le plus énergiquement possible, et en même temps avec le respect dû aux lois, notre opinion sur un châtiment aussi honteux que cruel , que l'on aurait dû abolir depuis long-temps; nous espérons que l'autorité supérieure, avertie par cet exemple, prendra des mesures propres à concilier la nécessité de la discipline militaire avec les droits et les devoirs de l'humanité, s

LA RUSSIE

ÉTAT DU PEUPLE. — COUTUMES

(Quatrième article. Voy. pages 79, 94 et 98.)

Sommaire. — Coiffure des femmes russes- — La polygamie chez les anciens Russes. — Cérémonies nuptiales empruntées des Grecs. — Les exorciseurs. — Fiançailles des enfans avant Pierre le Grand. — Les fêtes de famille. — La fête des Rameaux.— Les feux de la Saint-Jean.— Les mascarades des Swiatki. —Funérailles.

Les filles en Russie font une tresse de leurs cheveux qu'elles laissent tomber le long du dos, et dont le bout est garni d'un ruban qui descend jusqu'aux bords du sarafan (robe ). Souvent elles portent un ruban en soie, en or ou en argent. Leur manière d'arranger les cheveux annonce, au reste, beaucoup de goût; en été, les paysannes y mêlent 'toutes sortes de fleurs. Mais aussitôt que la cérémonie nuptiale est finie, les nouvelles mariées sont obligées de cacher leur chevelure. Les femmes se couvrent la tête de mouchoirs de soie, de brocards, de coton ou de laine, suivant l'état de leur fortune. Aux yeux des classes moyennes et basses, il est indécent pour une femme mariée de se montrer en public tête nue. On passe quelquefois aux personnes d'un rang distingué cet écart du précepte apostolique. On dit que le prédécesseur du métropolitain actuel de Moscou a fait, devant la commune assemblée, une semonce à une dame noble qui s'approchait de l'autel la tête découverte.

La coiffure des femme mariées varie dans chaque province. Cependant elles portent en général une sorte de calotte (kokoehnik) faite de carton, et couverte d'une étoffede soie decouleurvive, enrichie quelquefois d'une broderie d'or ou d'argent. Le kokoehnik, le sarafan, des boucles d'oreilles et une ceinture formei,t les parlies principales du vêtement des femmes, et même les dames de la cour lorsque celles-ci se déguisent.

La polygamie régnait dans la Russie païenne, JVladimirlc Grand avait cinq femmes et un grand nombre d'esclaves de ce sexe à l'époque où il se fit baptiser ; mais il les répudia avant d'épouser la princesse grecquc^«"f.

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Nous ignorons en quoi consistaient les cérémonies nuptiales des Russes païens. Il est probable qu'elles avaient lieu dans leurs temples, devant les images de leurs idoles. La chronique russe dit expressément que les noces d'Olga et d'Igor, qui se firent en 903, furent célébrées avec grande pompe dans le temple de Perun (Jupiter), à Plcshoff. On observe encore sans doute dans les mariages beaucoup d'usages superstitieux qui datent du temps du paganisme. Ainsi la nouvelle mariée est obligée, la première soirée des noces, d oter les bottes à son époux, qui lui donne un coup de bâton sur le dos en signe de l'autorité absolue du mari sur la femme. Il est vrai que cet usage a été aboli depuis long-temps parmi les classes élevées; mais le peuple y tient encore fortement dans certaines contrées de l'intérieur. On trouve aussi d'autres restes de l'antiquité, tels que la peur des sortilèges qui .trouble le nouveau couple, l'office de l'exorciseur (znatoki), qui doit annuler l'influence des magiciens, le lit de paille placé dans une chambre qu'on n'avait jamais habitée ni chauffée auparavant, etc.

Les cérémonies nuptiales actuelles des Russes sont empruntées des Grecs; elles ont lieu devant l'autel de l'église, et consistent en trois actes solennels, qui se passaient à trois époques différentes, mais qu'on a réunis depuis long-temps en un seul. La première de ces cérémonies s'appelle les fiançailles ; les fiancés échangent les bagues en se promettant amour et fidélité. La seconde est l'imposition des couronnes, ou !a cérémonie nuptiale .proprement dite. Le prêtre explique aux parties intéressées les devoirs du mariage, demande à chacune d'elles son consentement spécial, et pose sur le front de l'époux une couronne, en disant : « Je couronne le serviteur de Dieu, N. N., pour la servante de Dieu, N. N., au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Puis il met une autre couronne sur la tête de l'épouse, en prononçant ces mots : « Je couronne la servante de Dieu, N. N., pour le serviteur de Dieu, N. N, au nom, etc. » La troisième partie de la solennité consiste dans la reprise des couronnes, pendant laquelle le prêtre fait la prière suivante : « Vous nos serviteurs, ô Seigneur, avons confirmé la convention et accompli l'acte d'union, comme à Cana en Galilée, et te glorifions, toi le Père, le Fils et le Saint-Esprit, maintenant et dans toute l'éternité. »

Les couronnes étaient autrefois composées de guirlandes et de fleurs; mais aujourd'hui chaque église possède deux couronnes d'or ou d'argent, dont ou se sert pour ces cérémonies. On ne célèbre aucun mariage pendant les carêmes. L'Eglise grecque ne permet pas de convoler en quatrièmes noces.

Avant l'introduction en Russie des mœurs et coutumes européennes, la conclusion des mariages appartenait exclusivement aux parens; le jeune homme ne voyait sa future qu'aux fiançailles. Cet usage était même strictement observé dans la famille du czar. L'empereur, Frédéric III envoya, en 1498, une ambassade au czar Wasilovitz demander la main d'une de ses filles pour un membre de la famille impériale. L'ambassadeur ayant témoigné le désir d'offrir ses hommages à la grande - duchesse, le czar lui répondit « que personne ne pouvait voir les princesses russes avant leurs fiançailles.» Pierre le Grand abolit cet usage en 1700; il ordonna de fournir aux futurs l'occasion de se trouver fréquemment ensemble, et. défendit aux

ecclésiastiques de passer à la célébration du mariage avant d'avoir obtenu le consentement formel des jeunes gens. Il fït'également supprimer la coutume qu'on suivait dans toutes les classes de fiancer les enfans avant qu'ils fussent nubiles. Il fixa à vingt ans pour les hommes, et 'à dix-sept ans pour les femmes, l'âge auquel il était permis de se marier. Cependant Catherine II le réduisit à dix-sept pour l'époux et à treize pour l'épouse. La dernière ordonnance à cet égard, publiée par l'empereur INicolas en i83i, défend aux prêtres de marier les hommes au-dessous de dix-huit ans, et les filles au-desssous de seize. Cette disposition s'étend aux protestans ainsi qu'aux Grecs unis qui demeurent dans l'empire.

Lesjoursanniversaires de nom et de naissance forment deux grandes fêtes de famille. Toutes les classes les célèbrent conciencieusement; on y invite et on y voit paraître tous les parens et amis de la maison. Cettelouable coutume procure tous les ans un ou deux jours joyeux aux membres des plus pauvres familles. La plus importante de ces deux fêtes est celle du patron dont l'individu porté le nom. Cependant on fait également ces deux jours-là des présens à la personne fêtée, on boit à sa santé à table, et on lui témoigne, en général, la plus grande attention. Les marchands russes de l'intérieur ont conservé l'ancienne coutume de rompre, au commencement du festin et en présence de tous les convives, au-dessus de la tête de l'ymieninnik (héros du festin), un grand gâteau, fait avec de la farine de sarrasin et des œufs. Si une forte partie du gâteau rompu reste sur la tête et sur les épaules de cette personne, c'est signe qu'elle jouira d'une bonne santé pendant tout le cours de l'année, et qu'elle sera heureuse dans ses entreprises. Cet usage était répandu chez les boyards et même dans la famille impériale; car on rapporte que le czar Alexis Michaelovitz s'était rendu, en 1671, chez le [patriarche pour lui souhaiter une bonne fête et lui faire présent d'un grand gâteau.

Lorsque les domestiques et les serfs célèbrent leurs fêtes anniversaires, ils mettent leurs meilleurs habits et se rendent dans la matinée chez leur maître, auquel ils font un léger présent, consistant en gâteaux, en pommes ou fruits secs, en retour desquels ils reçoivent une somme d'argent qui sert à traiter leurs amis et leurs camarades. Au lieu d'argent on donne aux femmes un habillement, un mouchoir, des rubans, etc.

Nous allons faire mention de quelques-uns des nombreux usages dont l'origine remonte aux temps païens.

La fête nommée Semiha a pris naissance à l'époque où l'on adorait la déesse Tora. Toutes les jeunes filles de Kieft s'asssemblaient autrefois pendant un certain jour du printemps, et se rendaient à un bois voisin où se trouvait une figure de la déesse, autour de laquelle elles dansaient en chantant. Chaque fille tenait à la main un rameau vert orné de bandelettes de différentes couleurs; elles jetaient tous ces rameaux dans le fleuve : les filles dont les rameaux surnageaient étaient certaines d'être mariées dans le courant de l'année; celles au contraire, dont les branches sïnfonç tient dans l'eau, devaient se résigner à rester filles. On observe encore celte cérémonie, avec la différence que l'idole a disparu. Dans chaque ville, dans chaque village, les murs et les planchers des m lisons et des églises sont couverts de branches et de fleurs; les filles dansent, chantent par troupes en tenant des rameaux à la main. Les enfims

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des basses classes exécutent de ces danses au milieu des rues de Saint-Pétersbourg.

Vers le milieu de l'été, avant la moisson, les Russes païens célébraient la fête d'une déesse semblable à la VestadesGrecs,etenl'honneurdelaquelle ils allumaient de grands feux. On peut regarder comme des restes de cette fête les feux que l'on fait la veille et le jour de la Saint- Jean. Autour de ces feux, nommés Kupalnitzi, on voit les jeunes gens des deux sexes qui dansent, chantent et finissent par sauter par-dessus le bûcher enflammé. Pendant la nuit on enferme les veaux près des vaches, afin d'empêcher les sorcières de faire tarir le lait des dernières, et de plus on garnit d'orties les maisons des paysans !!

La grande fêle païenne Kaliada, célébrée vers la fin de décembre, répondait aux saturnales des Romains ; on l'appelle maintenant Swiatki ; elle a lieu aux fêtes de Noël. Les anciennes femmes russes, jeunes et vieilles, se rassemblaient la veille dans les rues et adressaient des hymnes solennelles au dieu Kaliada (Janus), avant l'apparition de la lune et des étoiles. Cet usage existe encore parmi le peuple de la petite Russie surtout, où l'on se réunit la veille de Noël ainsi que les trois soirées suivantes, après lesquelles commencent les Swiatki. rendant leur durée, les jeunes gens des deux sexes s'amusent à former le soir des jeux, des danses, des concerts, des mascarades, à verser de la cire et du plomb fondu dans de l'eau, et à deviner l'avenir par les différentes figures que cette opération produit. On place en outre, la veille de Noël, devant l'autel ou le saint de la famille, un grand vase de terre plein d'orge ou de blé cuit; cette décoction s'appelle Kut. On donne le nom d'Uzwar à un autre pot contenant des pommes, poires, prunes, cerises et raisins que l'on pose aussi devant le saint. Après les repas, toute la famille vient pendant la semaine manger en l'honneur du saint une portion du contenu des deux vases.

Des compagnies de jeunes gens et de jeunes filles vont, le soir du premier jour de Noël, de maison en maison, chanter de certaines chansons rustiques, pour lesquelles on leur fait quelques petit présens ; on appelle cela Koliadwat. Les gens du peuple appellent lioliadi tous les jours de la fête des Swiatki.

Lorsqu'une personne meurt, on lave son corps avec de l'eau tiède, on la revêt de ses meilleurs habits, puis on la couche dans une bière. Les personnes riches exposent leurs morts dans une grande salle ; les pauvres se contentent de suspendre l'image d'un saint au-desssus de leur tête. Cependant on récite jour et nuit des psaumes jusqu'au moment des funérailles ; alors les plus proches fparens et des prêtres, portant des figures de saints et chantant des psaumes, accompagnent à l'église le défunt, dont la tête est couverte d'une couronne plus ou moins précieuse. Là on le bénit; les parens et amis l'embrassent une dernière fois en lui demandant pardon de leurs offenses envers lui; puis on place dans sa main un billet d'absolution entière, et on ferme le cercueil. Les pârens et les amis poussent ordinairement de hauts cris pendant qu'on enterre le corps; mais l'usage de louer des pleureuses est" aboli depuis long-temps dans la grande Russie, et n'existe plus que dans quelques endroits de la petite Russie.

Autrefois on avait en Russie, comme dans d'autres pays de l'Europe, l'habitude d'enterrer les morts dans les églises et aux alentours; mais un ukase du 3i décembre 1731 y mit ordre, en prescrivant aux villes d'établir des cimetières à une distance convenable de leur enceinte. Cette disposition fut confirmée par une autre de l'année 1772, qui permit d'élever près de chaque cimetière une église ou une chapelle destinée aux rites funéraires. On n'enterre plus quejes moines dans les églises des couvens.

{ Sommer s geogr, Taschenbuch.)

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