AUX ÉTATS-UNIS ET EN ANGLETERRE
Depuis que des sociétés de tempérance se sont formées en Angleterre et aux États-Unis, la consommation de divers objets a singulièrement baissé, et l'ouverture du nouveau temple* a fait fermer bien des boutiques. On a calculé qu'en Amérique i,5oo,ooo individus sont affiliés aujourd'hui aux sociétés de tempérance, 4,000 distilleries d'eau-de-vie ont été supprimées, et que 8,000 débitans de liqueurs ont retiré leur enseigne. Sur plus de 1 200 navires on ne reçoit plus de spiritueux dans les chargemens, et un grand nombre d'ivrognes ont renoncé à leurs ignobles habitudes.
La tempérance n'a pas fait, hélas ! d'aussi rapides progrès dans la Grande-Bretagne, où elle ne compte encore que 200,000 sectateurs enregistrés; un grand déficit ne s'en fait pas moins sentir dans les comptes des industriels qui spéculent sur les fantaisies, le luxe et les grossiers appétits de la gloutonnerie.
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Paris, imprimerie dt Diaoïtuviri tue tfBrforffc,»" ».
LE PORTUGAL, (r article. Voy. page 21, 2e vol.)
(Le monastère de Bathala.)
La gravité des événemens politiques survenus en Portugal, l'influence qu'il peut exercer sur l'Europe par suite de ses rapports avec l'Espagne, ont sans doute inspiré à nos lecteurs le désir'de parcourir avec nous cette contrée.
Tomk III. —Janvier 183G.
Le climat du Portugal présente un fait assez intéressant dans l'histoire des phénomènes atmosphériques; c'est que pendant le mois de mai le vent tourne ordinairement avec le soleil, c'est-à-dire qu'il soufûe de l'est au lever de cet astre, du sud à midi, du nord-ouest
le soir, et du nord pendant la nuit; de là le nom de vento-rodiero que lui donnent les Algarviens. Quant à la salubrité du climat, le Portugal jouit d'une grande réputation auprès des Anglais. Plusieurs exemples de longévité suffisent peut-être pour attester que cette opinion n'est point un préjugé; cependant quelques lieux, et principalement ceux qui sont humides et marécageux, ont une influence dangereuse pour la santé.
Tremblement de terre. —"L'un des fléaux auxquels la partie méridionale du Portugal est exposée, c'est la fréquence des tremblemens de terre : il n'y a point d'aimée qu'on n'en ressente, et depuis 800 ans, quinze secousses ont ravagé Lisbonne. On a observé qu'ils se manifestent ordinairement entre le mois d'octobre et le mois d'avril, et surtout après les premières pluies qui succèdent à une grande sécheresse et à une chaleur étouffante.
Il est peu de contrées en Europe qui possèdent une plus grande quantité de sources minérales que le Portugal. Ce pays, où les Carthaginois allaient chercher leurs métaux, qui possède des mines d'or, d'argent, de fer, de plomb, d'étain et d'autres minçraux moins utiles, est cependant tributaire de l'étranger pour ces mêmes richesses, qui, exploitées avec intelligence, pourraient devenir une branche importante d'exportation. Ses mines de houille sont généralement négligées; les marais salans sont seuls exploités avec avantage.
L'agriculture estloin d'être aussi avancée enPortugal que dans la plupart des pays agricoles de l'Europe ; ce royaume ne produit point de quoi satisfaire à sa consommation. Cependant calculez que le royaume fournit, année commune, de quoi nourrir sa population; il faut donc attribuer ces exportations aux besoins de la consommation de Lisbonne, qui, faute de routes, ne peut recevoir de l'intérieur les approvisionnemens nécessaires. D'autres causes nuisent encore au développement de l'industrie agricole : les principales sont les impôts considérables qui frappent les terres et les paysans; la grande quantité de terres privilégiées appartenant à la couronne, à la noblesse, au clergé et aux communes ; le manque de bras causé par le service de la milice, qui pèse principalement sur l'habitant des campagnes; l'habitude qu'ont les nobles de ne point vivre dans leurs terres, et de les affermer à longs termes à des fermiers qui les sous-louent à des laboureurs ; enfin le défaut de communications causé par le mauvais état des grandes routes.
Le grand nombre de jours où l'on s'abstient de manger de la viande forme près du tiers de l'année, et force à recevoir annuellement de l'étranger 280,000 quintaux de morue valant 10,000,000 de francs; la mauvaise qualité des pâturages que l'agriculteur ne cherche point à améliorer ; le peu de parti que le paysan tire du lait de ses vaches, et qui est tel, qu'il ne sait point en faire du fromage et du beurre, tandis que la Hollande et l'Angleterre approvisionnent le Portugal de ces denrées: que faut-il de plus pour expliquer la dépendance de ce pays à l'égard de l'étranger? L'huile qu'on retire de ses oliviers négligés est loin d'être une véritable richesse pour son sol, tant elle est mal fabriquée.
Des écrivains superficiels, ou portés à adopter trop facilement certains préjugés, ont représenté la nation portugaise comme abrutie par l'ignorance et le fanatisme; le catholicisme est la croyance de toute la nation mais les autres religions y sont tolérées.
Depuis une vingtaine d'années les mœurs nationales se sont améliorées, et le Portugais a même perdu quelque chose de son caractère original ;par ses fréquens rapports avec les étrangers.
Ce qui caractérise cette nation, c'est une douceur qui ne se dément point même pendant les commotions politiques; c'estune politesse qui se fait remarquer depuis les premiers rangs jusqu'à la plus basseclasse du peuple; c'est envers les étrangers une prévenance qui le distingue de l'Espagnol et le rapproche du peuple français dont il a presque la vivacité. On lui reproche de la paresse et de la présomption : les paysans de l'Estramadure et de l'Alentejo sont, en effet indoleus et pares~ seux. Tous les Portugais se plaisent à vanter leurs actions; mais c'est une conséquence du rôle important qu'ils ont joué sur le théâtre du monde, et du peu de lumières qu'on a laissé pénétrer dans leur pays. On répète depuis Link que les Portugais sont dissimulés, vindicatifs et perfides; il y a plus que de l'exagération dans cette assertion, ou ils sont bien changés ; d'ailleurs, en se montrant sévère sur leurs défauts, il faut rendre justice à leurs qualités; ils sont en général fort attachés à leur patrie, amis généreux et fidèles à remplir leurs promesses.
Ce portrait physique des Portugais, copié par les géographes modernes, est loin d'être flatté : nous en donnerons une idée plus exacte en disant qu'il est faux qu'ils soient tous basanés et qu'ils aient le nez retroussé et les lèvres épaisses; ils ont le teint des peuples méridionaux; ils sont d'une taille élevée, mais généralement bien prise : rien n'est plus rare parmi eux que des individus estropiés ou contrefaits. La province de Mino, le Tras-os-Montès et les montagnes d'Estrella renferment les hommes les plus beaux et les plus robustes du royaume; leur peau est assez blanche, et leurs cheveux sont blonds ou châtains; dans les autres provinces, le noir est la couleur dominante de la chevelure. La belle carnation des Portugaises, leurs grands yeux noirs, leurs dents blanches et bien rangées, leurs longs cheveux d ebène, leur aimable vivacité les mettraient au rang des Européennes les plus séduisantes, si, à la grâce des Françaises, elles joignaient la petitesse du pied espagnol.
La vivacité, la brillante imagination qui distinguent le Portugais le rendent en quelque sorte affamé de dissipation; la musique, la danse, le spectacle, les processions et les combats de taureaux, en un mot, tout ce qui peut retracer le plaisir des sens, a sur lui un empire irrésistible. La musique vive et légère n'est point sans attrait pour l'étranger; les chants populaires, accompagnés de son de guitare, seraient agréables et gracieux si les paroles n'en étaient point parfois trop licencieuses. La danse nationale appelée \afoffa est tellement lascive qu'on ne peut s'empêcher de déplorer la corruption du peuple, en la voyant exécuter, non-seulement dans les campagnes, mais dans les villes elles mêmes et sur les théâtres.
Suspendons ici, pour le reprendre plus tard, î'examen du caractère portugais; plus tard aussi nous passerons en revue ses monumens; il en est qu'il faudra se hâter de reproduire par la gravure, car du train dont va la révolution portugaise, les antiques monastères, vendus à la criée, ne seront peut-être pas long-temps debout.