‹ Magasin universel (volume 4)Chapitre 89 sur 268 · LE TOMBEAU DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LE TOMBEAU DE RICHELIEU

Les principaux événements qui ont marqué la carrière politique du grand Bichelieu ne nous ont pas paru devoir être rappelés dans le Magasin universel, par cela même qu'ils sont trop bien connus de tous les lecteurs quelque peu lettrés; mais, en revanche, la v'xe privée de ce cardinal nous a fourni des faits curieux, inédits pour la plupart, et qui aident à mieux comprendre le caractère de cet homme extraordinaire. A insi, les singulières atteintes qu'éprouvait subitement sa raison, son insatiable ambition qui lui faisait ambitionner pour sa nièce la main d'un prince royal, le soin qu'il avait pris de s'entourer d'une garde formidable, ses perpétuelles doléances sur sa pauvreté, non-seulement quand, jeune encore, il n'était qu'évêque de Lnçon,mais iors1qu'il fut parvenu à l'apogée de la puissance et de la fortune : voilà ce que révèlent les documents curieux . que nous avons été chercher dans nos poudreuses archives. Ces petits détails n'ont pas un simple attrait de curiosité; empreints de vives couleurs, ils rapprochent

de nous les hommes el les événemens que les larges peintures des historiens nous montrent d'ordinaire dans un trop grand éloignement.

Parmi les faits marquants et si connus qu'il nous semblait superflu de raconter d;ins la vie du cardinal-ministre, il en est un que nous aurons à rappeler sons peu ; c'est l'agrandissement de la Sorbonne, dont la charmante église sera représentée dans un de nos prochains numéros. Aujourd'hui nous nous bornons à une esquisse du beau monument quia été élevé' à la mémoire du cardinal. Avant la révolution, ce tombeau de marbre c/ccupait le milieu du chœur de l'église ; quand l'architecte Lenoir eut fait décréter la création de ce Musée des monuments français, dont l'emplacement est occupé aujourd'hui par l'Ecole des beaux-arts, et qui était plus connu sous le nom de Musée des Pelits-Augustins, le tombeau de Richelieu vint y prendre place à côté de tous les débris de nos temples. Avec la restauration les églises retrouvèrent les richesses qu'on leur avait enîevées, et la Sorbonne revit le monument funéraire ùu cardinal. Distraite elle-même de sa première destination, la Sorbonne était alors envahie par un grand nombre d'artistes logés aux frais de l'Etat, et son église, si élégante à l'intérieur, avait été successivement transformée en magasin de l'Etat et en amphithéâtre annexé à l'Ecole de droit.

Un autre Richelieu, celui qui fut premier ministre de la restauration et défendit, dans le congrès des rois coalisés contre Bonaparte, la France dont on voulait rogner le territoire, celui qui donna aux pauvres de sa ville natale le million dont les Chambres l'avaient grati-

fié, fit rendre à l'enseignement public le palais de la Sorbonne créé par son ancêtre.

Chose remarquable, cette Sorbonne, où sont admis gratuitement aux cours scientifiques et littéraires de toutes sortes tous les hommes jaloux de s'instruire, Fiançais ou étrangers; cette Sorbonne, chef-lieu de l'Université royale, vivante encyclopédie qui a répandu par la bouche de ses professeurs presque toutes les doctrines, même les plus libérales, les plus hardies, les plus sceptiques ; cette Sorbonne si riche aujourd'hui par ses collections de physique, de «himie, d'histoire naturelle et par tous les moyens possibles d'enseignement, c'est un prêtre catholique, un ancien docteur de la Sorbonne théologique qui l'a faite telle qu'elle est. A l'abbé Nkolle, ami du duc de Richelieu et son compagnon d'exil en Russie, appartient l'honneur d'avoir fait rendre la Sorbonne à l'enseignement ; recteur de l'académie de Paris, il obtint de l'Etat et de la ville de Paris d'énormes subventions à l'aide desquelles les bâtiments furent restaurés, et tout le matériel de l'enseignement organisé avec une sorte de luxe. Quant à la direction imprimée à l'enseignement, elle n'a pas toujours été ce que le catholique et monarchique recteur eût désiré qu'elle fût, mais autant en arrive à presque toutes les institutions ; elles se modifient souvent même avant que leurs fondateurs aient cessé de vivre.

Peu de curieux vont examiner aujourd'hui la tombe du grand Richelieu; constamment fermée depuis juillet i83o,la grande porte de l'église de la Sorbonne repousse en effet les visiteurs que scandalisent les sales dehors de ce vénérable monument.

L SEESTRC

(Vue du tombeau du cardinal de Richelieu dans la Sorbonne.)

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