SAINT-PÉTERSBOURG
(Une vue de Saint-Pétersbourg. —La Bourse.)
La ville de Saint-Pétersbourg ne renferme pas à roté de beaux monuments et au milieu d'élégants quar tiers, de ces misérables maisons, de ces rues noires, étroites et tortueuses, comme on en voit dans les faubourgs et au centre même de Paris.— L'aspect de cette vaste cité est noble, régulier et majestueux. Le génie de Pierre le Grand l'a fait sortir du milieu des marais impraticables qui occupaient jadis sa place, et qu'il a fallu cribler de pilotis pour asseoir les fondations des édifices. A voir cette merveilleuse cité, on prendrait une trop haute idée du peuple russe, si on ne savait que ce sont des étrangers appelés par les empereurs qui ont fait tout cela. Il eût été impossible de trouver dans la Russie même des ingénieurs et des chefs d'atelier capables d'exécuter ces grands travaux; mais Pierre le Grand, ses successeurs et les grands seigneurs russes étaient assez avancés en civilisation pour comprendre qu'il fallait attirer les hommes de mérite que possédaient les pays étrangers, sans attendre que leur propre nation fût à son tour assez riche en capacités du même ordre. Au reste, cette observation ne prouve qu'une chose, c'est l'immense intervalle qui, en Russie, sépare l'aristocratie du peuple.
Pétersbourg, on le sait, est situé à l'embouchure du fleuve la Newa, qui l'environne presque entièrement, et, se divisant en plusieurs bras, forme des îles dans lesquelles sont quelques-uns des quartiers de la ville. Cette position choisie par Pierre le Grand donne àPétersbourg une certaine importance commerciale, et contribue beaucoup à son agrément; mais les inbnda- TOME III. - Février (836.
lions de la Newa, inondations contre lesquelles n'a encore pu lutter avec succès le talent des ingénieurs français qui ont successivement servi en Russie, causent d'effroyables dégâts, et menacent toujours d'une complète destruction plusieurs parties de la capitale.
Outre les bras nombreux formés par la Newa, Pétersbourg renferme plusieurs canaux qui coupent en cercles irréguliers l'immense quartier de l'Amirauté. L'un de ces canaux a près de deux lieues d'étendue, et sa largeur est de soixante-dix pieds environ.
Les quais de Saint-Pétersbourg sont magnifiques. La plupart de ces quais sont bordés de larges trottoirs et de parapets réguliers en granit qu'interrompent, d'espace en espace, des reposoirs en demi-lune, avec des bancs de granit, des deux côtés desquels sont des pentes douces qui conduisent au fleuve.
Les ponts de Saint-Pétersbourg ne répondent pas à la beauté des quais. La rapidité du cours de la Newa, et les glaces qu'elle charrie au printemps et en automne, ont jusqu'ici empêché de jeter des ponts fixes sur le fleuve; il a fallu se servir de ponts de bateaux. — Ces ponts, très-éloignés les uns des autres, obligeraient à faire des détours immenses, s'il n'y avait des bateliers sur les bords du fleuve, qui, pour quelques copèeks, conduisent d'une rive à l'autre; leurs bateaux, ordinairement à deux rames, ne sont pas couverts; mais au printemps, avant que les ponts soient rétablis, et en automne, quand ils sont ôlés à cause des approches de l'hiver, on trouve, aux endroits où on les passe ordinairement, de grandes gondoles qui ont de dix à douze
rameurs. Ces gondoles appartiennent aux divers minislères ou aux particuliers. Les gondoliers ou rameurs sont employés, en été, dans les parties de plaisir et amusent les promeneurs par des morceaux de chant et d'harmonie. Us sont si occupés dans les jours de fête, qu'on a peine, à s'en procurer,