JACQUES CALLOT
LE COMBAT A LA BARRIÈRE, OU LES FÈT£S DE NANCY EN lO'l'j.
(Deuxième figure de la T gravure du Carrousel de Callot.)
Jacques Callot, dont l'imagination féconde et le savant burin firent si grand bruit au commencement du dix-septième siècle, était issu d'une famille noble de Lorraine. Il naquit à Nancy en i5o,3. Sa jeunesse fut agitée, tourmentée par un violent désir de visiter l'Italie, où l'appelait son goût précoce pour les arts; il s'esquiva de la maison paternelle à l'âge de douze ans, et s'étant associé à une famille errante de Bohémiens, il arriva à Florence, où il se trouva bientôt en proie à la plus extrême misère. Mais une noble origine et une éducation distinguée perdent rarement leurs droits. — Recueilli d'abord par un officier des gardes du grand-duc, que la bonne mine du pauvre enfant avait frappé, il fut plus tard reconnu par des marchands de Nancy qui traversaient l'Italie, et ramené dans sa famille après une absence de deux ans. — Mais une seconde évasion qu'il trouva le moyen d'effectuer dans le but de se rendre à Rome, ayant convaincu les parents du jeune Callot de l'inutilité de leurs efforts pour lui faire reprendre le cours de ses études sérieuses, on lui permit enfin de se livrer sans contrainte à sa vocation d'artiste.
Ses débuts comme dessinateur furent couronnés de succès; mais bientôt il quitta le crayon pour le burin, auquel il fit succéder l'aiguille et l'échoppe; il grava d'abord à Peau-forte sur vernis mou, puis il employa le vernis dur des orfèvres, et cette invention lui permit d'exécuter des sujets beaucoup plus délicats.
Parmi les nombreuses compositions de Callot, les gravures des Sept péchés capitaux, de la Tentation de Saint- Antoine, et quelques autres sujets analogues, ont obtenu une célébrité méritée. Une de ses œuvres qui révèle une grande poésie d'imagination autant que son talent d'artiste, est celle connue sous ce titre : leCarrousel, ou Combat à la barrière. C'est une collection de dix gravures, composées en mémoire de la prise de possession de la couronne de Lorraine par le duc Henri II, prise de possession qui fut célébrée par des fêtes magnifiques en 1627. Le prince et les premiers seigneurs de la cour y sont représentés faisant leur entrée dans Nancy avec des costumes magnifiques; ce sont en général des allégories empruntées à la mythologie ou à l'imagination du compositeur.
Les dessins que nous donnons ici appartiennent à cette collection, comme nous le dirons tout à l'heure.
Callot excella surtout dans les figures en petit, où il caractérise en deux ou trois traits de burin la démarche, le type et jusqu'à l'humeur du personnage.
Une mort prématurée enleva Callot aux arts et à l'amitié de son souverain. Il mourut le 24 mars i635, âgé seulement de quarante-trois ans.
Estimé, aimé et recherché de Louis XIII, de Gaston d'Orléans et de Richelieu, il fut en outre comblé de bienfaits par Côme de Médicis et par les ducs Henri et Charles de Lorraine,
MAGASIN UMVERSÉL.
Voici l'épitaphe qu'inspira à un poète de l'époque, la mort de ce célèbre graveur:
En vain l'on ferait des volumes Sur les louanges de Callot ; Pour moi je n'en dirai qu'un mot :
Son burin vaut mieux que nos plumes.
A ces détails biographiques sur Callot, nous joindrons l'explication de quelques-unes des gravures qui composent la collection duCornbat à la barrière. L'une d'elles représente l'entrée de monseigneur de Lorraine, sous le nom dePyrandre. Dans cette première planche, est ligure un grand phénix portant un groupe de jeunes femmes qui jouent de divers instruments. Vient ensuite un cygne de grandeur colossale, monté par un enfant,
sous les emblèmes de l'amour. Un lien passé dans le bec du cygne, en guise de rênes, vient se rattacher à un animal monstrueux, rappelant la formedu crocodile, qui se laisse mener docilement par le volatile. Sur le dos du monstre figurent onze guerriers debout, armés et équipés à la grecque. ( Voyez page i(i8.)
Dans une autre gravure est représenté un char magnifique, où une femme debout jette des fleurs sur le Temps, qui lui sert d'attelage.
Devant, marchent deux autres chars montés chacun par une femme. L'une est armée d'une lance, l'autre présente une clef, sans doute pour figurer la soumission de la ville à son souverain. Ce dernier char est traîne par deux chiens, symbole de fidélité.
Une troisième gravure représente l'entrée de mon-
(Figure principale de la 7'' gravure du Carrousel de Callot.)
seigneur de Cannonge et de M. de Chalabre. Sur un char formé par des rochers artistement groupés ensemble, on distingue deux guerriers debout. Ils tiennent en leurs mains les rênes de deux sphinx monstrueux et vomissant des flammes. Devant le char, des démons à chevelures de serpents, armés de torches, et dans les positions les plus grotesques d'une danse diabolique; puis deux chevaux sphinx tenus en laisse par d'autres démons; enfin la marche est ouverte par une grande figure salanique, aux jambes de satyre, entourés de petits démons de même nature qui dansent autour de lui. Dans sa ceinture sont entrelacés une demi-douzaine de ces diablotins, faisant toutes les contorsions imaginables.
Le Combat à la barrière fait le sujet de la quatrième gravure. Au milieu d'une grande salle, dont les gradins circulaires ont disparu sous les robes flottantes et les panaches des nobles dames et seigneurs, apparaissent
deux guerriers à pied, armés d'énormes lances. Une barrière à hauteur d'appui les sépare, et les empêche de se joindre corps à corps. C'est là sans doute ce qui a fait comprendre dans une même dénomination de Combat à la barrière, toules les fêtes qui suivirent ou précédèrent ce tournoi d'un nouveau genre.
Le sujet de la cinquième gravure est V Entrée de Son Altesse représentant le soleil. On y voit un jardin réunissant tout ce que le goût et l'imagination ont de plus recherché. Sur le derrière, et debout sur un piédestal, un guerrier armé d'une lance; sur le devant, et assis au milieu d'une conque marine, un satyre dirigeant lin jet d'eau qui retombe en pluie sur deux figures masculines, dont les pieds, les mains et la tête se terminent en arbustes. C'est là sans doute un symbole emprunté aux Egyptiens.
Dans la sixième composition est un char magnifique tiré par quatre chevaux, à la crinière traînante. Plu-
sieurs guerriers sont debout sur la plate-forme, et derrière, sur le dossier renversé du char, un personnage entouré d'une auréole resplendissante et représentant le soleil.
Vient ensuite l'entrée de MM. de Concourt, Tyllon et Marimont (Voyez pages 164 et i65). Sur undauphin monstrueux sont représentés les trois personnages précités, armés et costumés à la grecque.
Sur le devant, joue un dauphin de moindre grandeur, et portant un personnage qui tient en sa main une lyre. ( Nous avons séparé ces deux figures. )
Sur les numéros 8, 9 et 10 est figurée un autre en- •trée de S. A. représentant le soleil.
Dans ces trois planches de moindre importance, on voit i° un rocher creusé, figurant les ateliers de Vulcain, et traîné par des forgerons armés de marteaux; 20 un vaste char coupé en amphithéâtre,oùsont groupées les neuf Muses. — Enfin, sur un dernier char, un personnage représentant Apollon (le duc Henri II de Lorraine); il est couronné par une déesse, debout sur le dossier du char, lequel est traîné par déjeunes femmes portant des guirlandes.