‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 10 sur 166 · LE CIILAMYDOSAURE DE KING · texte numérisé non relu

LE CIILAMYDOSAURE DE KING

La Nouvelle-Hollande est sans contredit le pays le plus extraordinaire qu'il y ait sur le globe ; là, rien ne ressemble à ce que l'on a vu ailleurs, et l'on dirait que la nature obéit à d'autres lois d'organisation. Les fleurs ont les formes les plus bizarres ; les forêts d'encalyptus ont un feuillage d'un blanc-bleuâtre produisant le plus singulier effet ; elles sont peuplées de kanguroosqui ne peuvent marcher qu'en sautant, de phalangers, qui, semblables à des écureuils, ont néanmoins la faculté de voler d'arbres en arbres ; de mammifères ayant le corps couvert de poil comme un lièvre, les pattes d'une loutre, le bec d'un canard, toutes les habitudes d'un rat d'eau, mais qui font des œufs semblables à ceux des oiseaux ; d'autres mammifères qui ne portent pas leurs petits dans leur sein, comme tous les autres animaux vivipares, mais qui les mettent au jour longtemps avant qu'ils soient formés, et qui les placent dans une poche membraneuse, sous leur ventre , où ces petites masses informes prennent leur développement. Il n'est pas, jusqu'aux hommes habitant cette étrange terre, qui n'aient leurs formes, leurs couleurs et leur caractère, tout-à-fait différents des autres humains.

Le lézard à. manteau , ou chlamydosaure de king [chlamydosaurus kingii, Dumer.), n'est pas le moins extraordinaire des enfants de la Nouvelle-Hollande. Sa taille a proche de deux pieds et demi de longueur, mais sa queue grêle et cylindrique, recouverte comme le reste du corps de petites écailles imbriquées, en emporte au moins les deux tiers. Il est d'un joli fauve vif en dessus, avec quelques bandes transversales plus claires et liserées de brun. La face supérieure des pattes de derrière et de la base de la queue, est réticulée de brun . Sa langue est assez épaisse, peu extensible et un peu bifurquée au bout ; ses dents sont fortes, nombreuses et analogues à celles des serpents; ses pattes ont cinq doigts munis d'ongles robustes et un peu crochus. Mais, ce que cet animal a de plus singulier, c'est une énorme collerette de peau mince, couverte sur l'une et l'autre face, d'écaillés rhomboïdales et carénées. Cette espèce de manteau est dentelé en scie, à son bord supérieur.

C'est ici que les partisans des causes finales se trouvent dans un grand embarras, quand ils veulent deviner à quoi cette étrange parure peut servir à l'animal. Est-ce une arme défensive, une sorte de bouclier ou cuirasse destinée à repousser les coups d'un ennemi? Mais cette collerette consiste en une membrane extrêmement molle, incapable d'amortir la force d'un coup quelque légèrement qu'il soit frappé. Est-ce une simple parure? Dans ce cas, elle serait aussi mal imaginée que celles de nos dames, car elle est au moins aussi incommode que le corset, la manche à gigot, la robe à queue, et mille autres galères semblables; elle empêcherait l'animal de marcher , s'il n'avait le soin de la laisser pendante entre ses jambes de devant quand il se meut. Voyons si en étudiant les habitudes du lézard à manteau, nous trouverons l'usage qu'il peut faire de cet étrange ornement.

Le chlamydosaure, comme notre lézard occélé, fait une guerre à mort aux insectes ailés, mouches, papillons, etc. Il les poursuit sur la terre, sur les arbres, et

partout où il peut les rencontrer. Mais, n'ayant pas comme beaucoup d'animaux de sa classe, une longue langue pour les darder, ainsi que le caméléon, par exemple, il est obligé de déployer toute son agilité pour s'en emparer. N'étant pas essentiellement grimpeur, faute d'avoir les ongles assez crochus et les doigts assez forts, il lui arrive quelquefois, en s'élançantd'un rameau à un autre pour atteindre sa proie, de manquer son coup et de tomber au pied de l'arbre. Or, il se briserait infailliblement dans sa chute si la collerette ne lui servait de parachute. Dès qu'il se sent perdre l'équilibre , il allonge son corps et le raidit en ligne droite comme un bâton; il applique exactement ses jambes sur ses flancs et le long de sa queue ; il étend sa collerette, puis il se laisse tomber sans la moindre inquiétude; son corps servant de lest, l'air entre sous son parachute, le soutient, et l'animal descend doucement à terre, en se balançant au gré du vent.

Mais le chlamydosaure fait rarement cette chasse dangereuse pour lui ; il emploie plus souvent la ruse pour s'emparer de sa proie, tout en se livrant à une douce paresse, à ce dolce far niente, si chéri des Italiens. Ses longs doigts lui donnent une facilité merveilleuse pour courir sur la mousse et les feuilles sèches. Aussi, se plaît-il beaucoup sur le bord des bois, ou au pied des>rochers moussus ; c'est là qu'il passe des heures entières au soleil, dans l'immobilité la plus complète, en attendant que hasard amène un insecte à la portée de sa gueule. Pour n'être pas reconnu de ses victimes, qui prendraient la fuite en l'apercevant, il s'enfonce le corps dans un trou , sous la mousse, et il en masque l'entrée avec sa collerette roussâtre , tachée de noirâtre, ressemblant beaucoup alors à une feuille sèche étendue à plat sur la terre, et ayant jusqu'à huit à neuf pouces de diamètre, on ne peut distinguer que le bout de son museau et ses yeux. Il dort dans cette attitude jusqu'à ce qu'il sente un petit animal passer sur la prétendue feuille morte. Aussitôt celle-ci s'anime, s'agite avec rapidité. L'insecte étourdi culbute brusquement, roule vers la gueule fatale, et se trouve pris et avalé avant d'avoir pu se reconnaître, puis le lézard se rendort tranquillement en attendant une autre proie.

Ce goût pour la paresse, commun à tous les reptiles, vient sans doute de la même cause qui, dans les pays tempérés , les fait s'engourdir pendant l'hiver. Cette cause est dans le peu de chaleur de leur sang, à peine plus chaud que la température de l'air. Il en résulte encore que tous ces animaux n'ont besoin de respirer qu'à de très longs intervalles, ce qui leur donne la faculté de rester sous l'eau, sans se noyer, beaucoup plus long-temps que les mammifères , quelquefois même plusieurs heures de suite. Tels sont les lézards, les crocodiles, les couleuvres, les grenouilles, etc. Nos pères, trompés par les apparences, les croyaient amphibies, et s'imaginaient qu'ils pouvaient indifféremment vivre dans l'eau ou sur la terre ; mais les progrès de l'anatomie comparée ont rectifié cette vieille erreur.

Quoiqu'il en soit, comme les iguanes, famille à laquelle appartient le chlamydosaure, ce lézard ne se borne pas à manger des insectes ; il attaque fort bien les tout petits oiseaux, et surtout leurs œufs ou leurs enfants, quand il peut les surprendre dans le nid. Faute de proie vivante, il se contente d'herbe, de feuilles et de petits fruits en baie. Ce dernier fait est

fort extraordinaire pour les naturalistes, et j'en douterais moi-même si je n'avais vu trouver dans l'estomac de quelques-uns de ces animaux que l'on a disséqués an muséum d'Histoire naturelle, des débris très reconnaissantes de ces différentes substances.

Le chlamydosaure habite dans des troncs d'arbres, ou (les crevasses de rochers, mais toujours dans des endroits très secs et à l'exposition du midi. Les indigènes de la Nouvelle-Hollande , sans lui faire précisément la chasse , ne manquent jamais, quand ils en trouvent l'occasion, de s'en emparer pour le manger, et ils trouvent sa chair fort bonne, comparable, pour le goût et la couleur, à celle dune jeune tortue de mer. Boitard.

Sous l'empire, le général P... était cité comme l'homme qui avait la figure la plus remarquable de cette époque, mais ses parents lui ressemblaient peu. Leur singulière laideur donna lieu à une anecdote que voici :

Un soir, le duc de Fleuri, étourdi et toujours gai, arrive chez la princesse de Vaudemont, après une absence de plusieurs mois. Il connaissait le général P..., et après l'avoir salué : « Dites-moi donc, je vous prie, qui est cette horrible femme assise près de la jolie madame de Fougy, comme pour faire contraste? — C'est ma femme, répondit M. P... avec une mine fort allongée. — Oh! non, reprit le duc, je connais bien madame P.. . (c'était celle cependant dont il avait demandé le nom), elle est fort agréable; c'est l'autre voisine de madame de Fougy, dont je m'informe ; — Eh bien, c'est ma sœur, répondit le général P... — (Mi, par ma foi, mon cher P..., vous êtes désolant; il est impossible avec vous de se tirer d'affaire. »

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