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eus, de prétendues traductions des légendes hiéroglyphiques sculptées sur les obélisques de Rome, traductions auxquelles il ne croyait point lui-même , car souvent il osa les étayer sur des citations d'auteurs qui n'existèrent jamais. Du reste, ni l'archéologie ni l'histoire ne pouvaient recueillir aucun fruit des travaux de Kircher. Qu'attendre, en elTet, d'un homme affichant la prétention de déchiffrer les textes hiéroglyphiques à priori , sans aucune espèce de méthode ni de preuves ! d'un interprète qui présentait comme la teneur fidèle d'inscriptions égyptiennes, des phrases incohérentes, remplies du mysticisme à la fois le plus obscur et le plus ridicule ! »
Cependant l'étude de la langue copte, que Kircher fut le premier à faire naître en Europe, par la publication de son livre intitulé Lingua œgyptiaca restituta, fonda les éléments premiers de la véritable interprétation deshiéroglyphes. Saumaise montra le premier l'avantage que la philologie pouvait retirer des notions renfermées dans les textes coptes, en expliquant par leur moyen un bon nombre d'anciens mots égyptiens cités dans les écrivains grecs. Les travaux de Wilkins , de Lacroze , et ceux de Jablonsky , réunis dans son Panthéon jEgyptiorum, éclaircirent plusieurs points delà mythologie égyptienne, et préparèrent les voies à de nouvelles recherches, sans faire
aucun pas véritable dans l'interprétation des hiéroglyphes. La dernière moitié du dix-huitième siècle vit se renouveler quelques tentatives du môme genre, et tout aussi infructueuses pour l'explication raisonnée des monuments figurés de l'Egypte, qui, de temps à autre, arrivèrent en Europe par l'effet des relations commerciales avec le Levant. Cependant la publication du grand ouvrage de Zoéga , sur les obélisques, réduisit la question à ses véritables termes. Ce savant danois , profondément versé dans la connaissance de la langue copte, arriva le premier à soupçonner vaguement l'existence de Vêlement phonétique dans le système de l'écriture hiéroglyphique, mais sans lui donner aucune extension. La science en était là, lorsque la glorieuse et mémorable expédition d' Egypte amena la découverte d'un monument qui devait lui faire subir une révolution véritable. C'était une pierre de granit noir, de forme rectangulaire , dont la surface bien polie offrait trois inscriptions en trois caractères différents. L'inscription supérieure, détruite ou fracturée en grande partie, est en écriture hiéroglyphique ; le texte intermédiaire appartient à une écriture égyptienne cursive ; et une inscription en langue et en caractères grecs occupe la troisième et dernière division de la pierre. La traduction de ce dernier texte, contenant un décret du corps sacerdotal de l'Egypte, réuni à Memphis pour décerner de grands honneurs au roi Ptolémée Epiphane , donnait la pleine certitude que les deux inscriptions égyptiennes supérieures contenaient l'expression fidèle du même décret en langue égyptienne et en deux écritures égyptiennes distinctes : Y écriture sacrée ou hiéroglyphique, et \' écriture vulgaire ou démotique.
MM. Silvestre de Sacy et Ackerblad., qui étudièrent ce monument, parvinrent, avec le secours de la version grecque de l'inscription, à déchiffrer les noms propres grecs cités dans l'inscription en caractères démotiques, et le dernier de ces savants orientalistes déduisit de l'analyse de ces noms, un court alphabet égyptien démotique ou populaire. Mais le texte en caractères hiéroglyphiques n'avait encore été l'objet d'aucune étude fructueuse, lorsque le docteur Voung, apportant dans l'examen comparatif des trois textes du monument de Rosette, un esprit de méthode éminemment exercé aux plus hautes spéculations des science» physiques et mathématiques, reconnut, par une comparaison toute matérielle, dans les portions encore existantes de l'inscription démotique et de l'inscription hiéroglyphique , les groupes de caractères répondant aux mots employés dans l'inscription grecque. Ce travail établit enfin quelques notions certaines sur les procédés propres aux diverses branches du système graphique égyptien et sur leurs liaisons respectives. Il fournit des preuves matérielles à l'assertion des anciens relativement à l'emploi des caractères figuratifs et symboliques dans l'écriture hiéroglyphique ; mais la nature intime de cette écriture, le nombre , l'essence et les combinaisons de ses éléments fondamentaux , restèrent encore incertains dans le vague des hypothèses.
Ce travail, du docteur Young, fut publié, en 1819, dans un supplément de Y Encyclopédie britannique. Tout l'honneur que ce savant doit légitimement en retirer est d'avoir le premier déclaré que les cartouches, ou encadrements elliptiques, dans le texte hié-
roglyphique de l'inscription de Rosette , correspondaient, signe pour signe, aux noms propres grecs , et particulièrement à celui de Ptolémée, et aux groupes du même nom , dans le texte intermédiaire en écriture égyptienne démotique ou vulgaire, groupes qui avaient déjà été reconnus et décomposés par MM. de Sacy et Ackerblad. Il a donc le premier reconnu une valeur phonétique aux signes hiéroglyphiques égyptiens, mais seulement dans les noms propres entourés d'encadrements elliptiques. Toutefois il ne paraît pas même avoir soupçonné que l'élément phonétique se trouvait également dans l'écriture hiéroglyphique, devinée à représenter les idées et les objets; puisqu'au contraire il soutint, en 1811», que l'écriture démotique et celle des papyrus hiératiques appartenaient, comme l'écriture primitive, l'hiéroglyphique, à un système composé de caractères idéographiques purs, et qu'il n'y avait que les noms propres étrangers qui pouvaient être transcrits avec des signes idéographiques , détournés de leur acception ordinaire pour être employés phonétiquement. Ce qui avait pour résultat d'établir que des valeurs phonétiques n'avaient été attribuées aux signes hiéroglyphiques qu'à une époque tout-à-fait moderne comparativement à celle des anciens monuments graphiques.
La lecture des hiéroglyphes n'était donc guère plus avancée qu'avant la découverte du docteur Young. Ce savant , il est vrai, était parvenu à établir avant Champollion la valeur phonétique de onze caractères hiéroglyphiques employés dans l'expression des noms propres ; mais cela ne pourrait suffire pour attribuer au docteur Young la découverte complète de ce mode graphique important, reconnu par Champollion dans les textes hiéroglyphiques ordinaires. Que Champollion, prenant la science hiéroglyphique dans l'état où elle se trouvait alors, c'est-à-dire dans l'enfance, en profitant de cette aperception du savant anglais, n'ait fait que généraliser le principe de l'emploi des signes hiéroglyphiques avec une valeur phonétique, non pas seulement pour représenter les articulations des noms propres étrangers, mais encore celles de la langue parlée égyptienne dans un très grand nombre de cas ; ou qu'il soit parvenu à ce grand résultat par ses propres études : le fait importe peu. La gloire des grandes découvertes n'appartient pas tant à ceux qui les ont soupçonnées qu'à ceux qui en tirent toutes les conséquences qu'elles renferment, qui les fécondent de leurs méditations persévérantes et de leur génie, qui les font passer dans le domaine de la science, qui en reconnaissent et en démontrent les lois.
D'ailleurs , comme l'a judicieusement observé un homme éminent, qui sait répandre tant de lumières sur toutes les questions qu'il entreprend de traiter 1 , de Guignes, le père, versé dans la connaissance de la langue chinoise, avait déjà dit, dans un mémoire imprimé en 1706, que les cartouches des inscriptions égyptiennes renfermaient tous des noms propres, et que la nature des hiéroglyphes était constamment phonétique (2). Th. Young n'a donc la priorité que
(1) M. Arago.dans l' Annuaire du Bureau des Longitudes pour J'année 1836, p. 245.
(2) Cela est vrai en ce sens que de Guignes, le père, voyait dans les hiéroglyphes égyptiens, comme dans les caractères chinois, des groupes de lettres phéniciennes fermés par les divers linéaments des signes Cguralifs ou phonétiques. Celle
sur un seul point : « C'est à lui que remonte la pre- » niière tentative qui a été faite pour décomposer en i) lettres les groupes des cartouches, pour donner une » valeur phonétique aux groupes composant, dans la » pierre de Rosette, le nom de Ptolémée. »
Avant de Guignes lui-même , qui ne regardait pas son opinion comme une découverte, saint Clément, d'Alexandrie, avait déjà, comme nous le verrons ciaprès, expliqué nettement la nature des signes hiéroglyphiques et leur emploi accidentel comme éléments phonétiques.
Nous avous cru d'autant plus devoir insister sur ce point, que l'orgueil anglais, pour s'approprier les découvertes des étrangers , et surtout des Français , [tousse quelquefois la passion et l'aveuglement à un point tel, surtout dans les basses régions de la littérature, que les personnes qui ne lisent pas habituellement les productions anglaises ne peuvent s'en former aucune idée. Autant les plagiats littéraires et scientifiques doivent être flétris et couverts d'ignominie partout où on les rencontre (car l'improbité littéraire et scientifique n'est pas moins ignominieuse que l'improbité sociale), autant il est moral et juste de rendre à chacun le légitime hommage que les travaux et les productions de son intelligence ont pu lui mériter.
Ceux de Champollion ont démontré (c'est luimême qui le proclame avec un juste orgueil ), « que i» le système graphique égyptien tout entier employa !> simultanément des signes d'idées et des signes de » sons » (le même fait a lieu dans l'écriture figurative des Chinois) ; « que les caractères phonétiques , » de même nature que les lettres de notre alphabet, » loin de se borner à la seule expression des noms » propres étrangers, formaient au contraire la partie » la plus considérable des textes égyptiens hiérogly- « phiques, hiératiques et démotiques, et y représen- » taient , en se combinant entre eux , les sons et les » articulations des mots propres à la langue égyp- « tienne parlée. »
Ce point fondamental fut démontré et développé pour la première fois par Champollion, en 182*, après des tentatives plus ou moins heureuses, exposées en 1822, dans sa lettre à M. Dacier ; et il a reçu son complément de démonstration dans sa Grammaire égyptienne posthume , dont il a déjà paru plusieurs parties. G. Pauthier.