‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 119 sur 166 · L'ENCHANTEUR MERLIN · texte numérisé non relu

L'ENCHANTEUR MERLIN

Merlin est un personnage fameux par les prophéties qu'on lui attribue, mais dont il est fort douteux qu'il soit le véritable auteur. Il était né au cinquième siècle, dans les montagnes de l'Ecosse ; et sans doute il avait des connaissances bien supérieures à celles de son temps , puisque sa mémoire est restée en vénération parmi le peuple, qui s'est plu à entourer son berceau de merveilles, et s'est habitué à regarder comme un des jeux de sa puissance les énormes pierres, débris imposants de quelque monument gigantesque, qui se trouvent près de Salisbury ; on

idée bizarre, et dont l'absurdité n'est plus à démontrer, dans laquelle de Guignes persista malgré les critiques de de Deshauteraies, l'éloigna de la véritable voie d'interprétation, qu'il était sur le point d'atteindre s'il y avait été conduit par une connaissance véritable de la formation des '•aractéres chinois.

assurait que Merlin avait lui-même apporté ces pierres du fond de l'Irlande. Les anciennes chroniques disent que Merlin était le fruit du commerce mystérieux d'un incube et d'une religieuse, fille du roi d'Ecosse : le savant Naudé a employé une partie du seizième chapitre de Yapologie pour les grands hommes accusés de magie, à démontrer que ce récit était fabuleux ; mais ce qui était peut-être utile au temps de Naudé, parait aujourd'hui superflu et ridicule.

Si l'on en croit Léland, Merlin était très versé dans les secrets de la nature ; il possédait à fond les mathématiques, et il l'emportait de beaucoup sur tous ses contemporains par la pénétration de son esprit; il fut honoré de la confiance de plusieurs princes auxquels il se rendit cher par la sagesse de ses conseils et par sa prudente expérience qui lui faisait prévoir et annoncer le résultat de leurs entreprises. Une explication si naturelle de la haute fortune de Merlin ne pouvait plaire dans les siècles d'ignorance, et l'on aima mieux en trouver la cause dans un pacte qu'il avait juré avec le diable. Ainsi, la plupart des écrivains qui nous ont transmis l'histoire fabuleuse de Merlin, parlent de lui comme d'un grand magicien et d'un habile enchanteur. Quelques autres, au contraire, ont vu en lui un saint et un prophète visiblement inspiré du ciel ; et il fallait que GeofTroi de Monmouth et Alain , de Lille, deux des hommes les plus éclairés de leur temps, eussent une opinion très favorable des prophéties de Merlin, puisque le premier les a traduites en latin, et que l'autre a cru devoir chercher à les mettre à la portée d'un plus grand nombre de lecteurs, en les enrichissant d'un commentaire.

C'est qu'en vérité un commentaire était utile pour expliquer des prophéties, telles que les deux suivantes qui sont citées par M. Mazuy , dans ses notes sur le RoLANn furieux (note 2 du chant m j : De l'oiseau quinaistra d'un arbre et de la besle qui naistra aux déserts de Babylone. « Il naistra ung oiseau d'ung arbre, et celui oiseau sera si grand comme ung cheval ; il volera si démesurément qu'un carreau d'arbalète et nul autre engin ne pourra se comparer à lui. Et sachez qu'il sera vu par tous les lieux du monde où il portera son bec ouvert, et déglutira tous les autres oiseaux vifs. Et si savoir voulez quand ce sera, je vous dis apertement que ce sera quinze ans avant que notre seigneur Jésus-Christ vienne juger le monde. Celui oiseau fera la justice dans les oiseaux qui auront mangé les autres, et quand il les aura tous engloutis et qu'il ne trouvera plus quoi manger il se occira de courroux. Et à celui temps sortira une beste du désert de Babylone, laquelle beste aura un corps dessus sa teste aussi aigu comme un glaive. Cette beste aura nom cartangles, et s'en ira par tous les déserts , tuant les mauvaises bestes qui vont dévourant les autres. Et sachezqu'icelle beste ne occira, sinon cellesqui sont carnassières, et n'osera toucher aux autres. » Du poisson qui naistra au fleuve Jourdain, a Naistra aussi ung poisson au fleuve Jourdain, à celui temps que la beste se mettra parmi le désert partout le monde, et sortira celui poisson du fleuve Jourdain. Le poisson aura nom Amergle, et aura de long cent cinquante pieds, et de largeur trente-six pieds , et d'épaisseur quinze. Et la beste sera si grande comme est

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ung oliphant. lit l'oiseau aura nom pharagus, etcostui nom lui mettra ung chasseur de Babylone , qui, à celui temps, sera un des plus forts hommes du monde. » On avouera que les commentaires d'Alain, de Lille, étaient véritablement indispensables pour lïntelligeance de pareilles prophéties.

Merlin joue un grand rôle par ses enchantements dans cette classe de romans qui ont pour héros le roi Artus et les chevaliers de la Table-Honde. Artus eut de longues guerres à soutenir contre ceux des barons qui n'approuvèrent point son élection ; mais il les dompta , singulièrement aidé de l'assistance de Merlin qui lui donna une enseigne merveilleuse pour faire porter devant lui dans toutes ses batailles. C'était un dragon d'airain posé au bout d'une lance, qui semblait jeter feu et flamme par la bouche et dont la queue était d'une longueur démesurée. Artus eut aussi de sanglants combats avec les Sesnes, dans lesquels il fut aidé du roi Bail, du roi Iîoort, du roi Léodagan ; mais principalement des cinq braves chevaliers, Galachin , Gauvain , Agravain , Gareheit et Gahereit. Il Ht aussi la guerre dans les Gaules où il vainquit les Romains. Dans toutes ces expéditions, le sage Merlin ne cessa de l'aider de toutes les ressources de son art, épuisant pour lui nombre de métamorphoses, et se montrant tantôt sous la forme d'un valet, tantôt sous relie d'un cerf à cinq cornes, tantôt sous celle d'un nain hideux, tantôt sous celle d'un joueur de harpe. Enfin, Merlin disparut pour toujours de l'Angleterre,

sur quoi Gauvain et d'autres chevaliers se mirent en quête pour le chercher en différentes contrées; mais ce fut inutilement.

« Merlin, dit M. Mazuy, avait enseigné la magie à la fée Morgain ou Morgane , sœur d'Artus, et à Viviane nommée la Dame du Lac ; devenu amoureux de la fée Viviane, celle-ci voulant, disait-elle, se mettre à l'abri contre la colère de sa famille, demanda au savant magicien deux enchantements pour endormir ses parents ou les tenir enfermés aussi souvent et aussi long-temps qu'il lui plairait. Merlin accéda aux désirs de sa jeune amante, et dès ce moment Viviane ne songea plus qu'à le trahir. Lorsque l'enchanteur venait la visiter au milieu de la nuit, Viviane l'endormait aussitôt, et par ce moyen, elle se conserva chaste et pure ; mais un jour, il lui prit fantaisie d'enfermer Merlin dans une forêt , selon certains manuscrits; d'autres disent dans une caverne, dans un tombeau, et Merlin y trouva la mort. Cependant son esprit subsistait toujours ; de temps en temps on entendait distinctement sa voix, et messire Gauvain, l'ouït parfaitement au travers d'une haie d'aubépines, dans la forêt de Brocéliande, en Basse-Prctagne. »

L'Arioste, dans le Roland furieux', n'a pas manque de parler de Merlin , et il a supposé que Bradamantc s'était trouvée dans la grotte de cet enchanteur lorsque le perfide Pinabel eut trahi la vaillante fille d'Aymon.

Hradamnnle à In tombe <!<■ Mcilin.

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