‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 129 sur 166 · L'YEMEN OU L'ARABIE-HEUREUSE · texte numérisé non relu

L'YEMEN OU L'ARABIE-HEUREUSE

Quoique depuis trois s une infatigable activité parties de notre globe, connue, l'Arabie plus ra rique, que l'Inde, a vu quelques Européens. Et plus faite pour éveiller et de l'orientaliste? C.

iècles les voyageurs aient mis à explorer les différentes , l'Arabie, si anciennement pprochéede nous que l'Améà peine son sol exploré par cependant quelle terre était la curiosité de l'antiquaire 'était là qu'était l'antique

royaume de Saba ; c'est dans ces lieux qu'on récoltait l'encens et ce baume odorant, le plus précieux des parfums ; c'est là que Mahomet avait pris naissance, qu'il avait fondé sa religion ; c'était là peut-être encore que se trouvait la célèbre Ophir, que nos géographes ont successivement transportée dans toutes les contrées du monde, et dont l'or embellissait les palais de la Grèce et de l'Asie.

C'est principalement la partie méridionale de l'Arabie, l'Yemen, qui a été à peine visitée. Deux ou

trois hommes seuls en tête desquels il faut placer Niebuhr, nous ont laissé quelques détails sur cette intéressante contrée. C'est de leurs relations que nous emprunterons ceux que nous présenterons ici.

L'Yemen, appelée Arabie-Heureuse à cause de sa fertilité, comprend deux pays distincts par leur posisition et leur aspect. Le Djebel, contrée montagneuse ou des pluies régulières, qui tombent depuis le milieu de juin jusqu'à la lin de septembre , entretiennent la fraîcheur et l'énergie de la végétation. Des bocages agréablement situés, où se marient le figuier, le sicorr.ore, le cognassier, l'acacia et le bananier, couronnent la cîmo et le penchant de ses monts. La contrée basse ou ïehama , est moins favorisée de la nature. Les plaines y sont moins fertiles, partant les habitants plus pauvres. C'est là que demeurent principalement les Arabes sédentaires, tandis que les nomades ou bédouins, se réfugient dans le Djebel où ils trouvent des moyens de subsistance plus en harmonie avec leur vie errante et désœuvrée.

Presqu'au centre de l'Yemen , s'élève Sana, résidence de l'iman, souverain de la contrée. Ses jolies mosquées, la position du château qui la défend et qui sert de résidence à la famille du souverain, sa situation au pied du mont Nikkom, tout donne à cette ville une allure d'élégance et d'opulence qui n'est habituellement pas celle des cités arabes ; une muraille en briques forme son enceinte, assez étroite, au reste, pour qu'on s'étonne qu'elle puisse contenir trente mille âmes.

Nous citerons parmi les villes qui ont après celleci le plus d'importance , Damar , célèbre par son université , la seconde de l'Arabie après celle de Zebid. Elle est destinée à l'enseignement des doctrines religieuses de la secte des zeïdites, qui domine dans l'Yemen et dont l'iman est le chef. Cette secte se rapproche beaucoup de celle des sunnitors ; seulement ses membres montrent moins de zèle pour l'observation des pratiques religieuses. Beïsché qui, par sa position, peut être considérée comme la clé du pays. Cette ville est située dans une vallée longue de huit à dix lieues où abondent les ruisseaux et les puits ; richesse inappréciable dans une contrée où l'absence d'eau est le fléau qui tourmente sans cesse l'indigène et le voyageur.

Le Djebel comprend en outre plusieurs petits cantons, tels que le Beled-el-Djol , où se trouvent des mines de sel gemme, le Sahan , dont les habitants , la plupart adonnés au brigandage, parlent un dialecte arabe qui se rapproche beaucoup da la langue du Coran, le Beled-el-Cheraf dont les cheikhs prétendent descendre de Mahomet. Tous ces pays ne sont guère connus que de nom, et attendent, pour être décrits, les courageuses tentatives de quelques nouveaux voyageurs.

Dans le Tehama, nous ne citerons que deux villes à l'opulence et à la richesse desquelles le nom a survécu. Aden, que les géographes orientaux nous représentent comme en relation avec l'Inde et la Chine, dévastée ensuite par les Turcs et les Portugais, a vu mourir son commerce, en tombant au pouvoir de l'iman. Moka est encore plus déchue; des vents furieux qui régnent pendant huit mois, écartent les vaisseaux de son port, où l'on compte à peine quelques

mauvaises barques, auxquelles des nattes servent de voiles.

Voilà l'Yemen. Son histoire , elle est dans la bouche de ses vieillards, qui, sous la tente dressée le soir et enlevée le matin, racontent à leurs enfants les annales traditionnelles de leurs pères, dans les chants des poètes qui improvisent encore des vers destinés à graver dans la mémoire les circonstances passées. Le peuple d'Yemen a été toujours ce qu'il est aujourd'hui, ce qu'il sera demain. Lisez les Moallakhat , ces poèmes , jadis suspendus à la voûte de la Kaaba, lisez le livre de Job, où se mêlent à travers les idées bibliques, le coloris du style et les traits des mœurs pastorales de l'Arabie. Voilà les historiens de ces hommes simples qui trouvent , dans la vie monotone et pacifique du désert , un charme que n'aura jamais pour nous la vie tumultueuse et inquiète de nos capitales.

Un savant orientaliste , dont le nom a déjà reçu une si belle illustration dans la science, M. Fulgence Fresnel, qui est allé courageusement terminer l'œuvre des Burkhardt, des Ruppert et des Niebuhr, a su cependant, dans de savantes lettres , recueillir en un corps d'histoire ces traditions de l'Arabie antique. Nous renverrons nos lecteurs à des faits qui sont encore placés trop haut dans l'érudition pour être populaires ; nous donnerons seulement quelques détails sur les événements principaux de cette contrée.

Soumis d'abord par Mahomet, l'Yemen tomba ensuite au pouvoir de Saladin, puis il passa sous la domination des sultans mamelouks de l'Egypte. Devenu libre par l'affaiblissement de ces derniers, en 1517, il fut menacé d'une invasion ottomane. Mais en 1630 . Amurat IV, reconnut Sejid-Khassen-Ibu Mohammed pour roi de cette contrée, en se réservant toutefois une souveraineté nominale. Les descendants de ce monarque, ont depuis, sous le nomd'imans, conservé l'autorité. Elle est loin toutefois d'être absolue. Le droit de la justice leur est enlevé ; il appartient à un tribunal séant à Sana ; l'iman n'a pas même la permission de mettre un juif ou un chrétien à mort.

L'armée de l'Yemen recrutée en partie dans un canton nommé Kobaïl , est formée de soldats plus braves que disciplinés. Des ânes servent de monture à la plupart des troupes. On connaît l'agilité des ânes de ce pays, et en outre la vénération dont, avec raison, les musulmans les entourent.

Les habitants sont au nombre d'environ trois millions, en y comprenant vingt mille juifs environ. Ce sont ces derniers qui ont le monopole de la fabrication de la monnaie et qui sont à la tète du commerce. L'aloès, la myrrhe, l'or, l'oliban, le séné et l'ivoire, forment les principaux articles d'exportation. Mais la grande richesse du pays, c'est le café qui rapporte à l'iman près de deux millions par les droits que l'on perçoit sur cette denrée. Le caféier est cultivé sur le versant occidental des montagnes du Djebel. Il atteint dans ces cantons une hauteur de près de trente pieds, tandis que dans nos climats, cet arbre ne s'élève guère au-dessus de six.

Les Arabes qui recueillent le café et qui disent l'avoir reçu de l'Abyssinie, sont ceux dont les mœurs et le costume rappellent davantage celui de ces fiers Wahabites , qui , du fond des déserts rendirent leur nom célèbre jusqu'en Europe, race indépendante qui

secoua tout joug politique et religieuv, et qui semble être née des cendres de ces Aadites, de ces géants impies qui, au dire des orientaux, habitèrent jadis dans les déserts d'Ahkof , et qu'un déluge de sable avait engloutis. Niebuhr cite particulièrement l'habillement des femmes. Nous le reproduisons ici. On verra que la coquetterie des belles de l'Yemen n'est pour nous que la simplicité la plus naïve. A. Maury.

Il y a dans l'air, à Paris, quelque chose de mortel pour la force. Ainsi, ce que l'on perd de prime-abord, c'est le caractère : la barrière franchie , il fond et se dissout. Tout homme en se mêlant à nous cesse à l'instant même d'être redoutable; il chancelle devant le plaisir, ou cède au besoin. En province, on vit dans les intérêts généraux de la société ; on s'agite pour eux. A Paris, on ne vit qu'en soi , et l'individualité s'étend si loin qu'on y demeure tout entier ; bref, dans la capitale, il n'y a pas de citoyens, mais des habitants.

Il y a deux conditions qui concourent d'une manière indispensable au succès : la pensée qui conçoit et la mesure qui exécute ; à bien dire, leur réunion est indispensable. Parmi nous, l'habileté profonde renferme donc tout à la fois l'utilité et la mesure ; de telle sorte, qu'après s'être fait place dans le présent, elle s'éternise quelquefois dans l'avenir.

Pitié pour ces hommes, qui, boursouflés d'une force provisoire, s'imaginent qu'entre leurs mains, l'habileté doit être la violence. Enfants gâtés d'une fortune inattendue, ils prennent la règle pour l'exception.

LE PLATYDACTYLE.

Il existe dans la nature des êtres innocents et malheureux, qu'elle a disgraciés d'une manière affreuse, et qu'elle a rendus , sans raison , la haine et l'horreur des hommes et des animaux. Tels sont entre autres tous les sauriens appartenant à la famille des geckos.

Ces lézards ont la tête grosse , plate , large , d'une physionomie hideuse ; leurs yeux sont énormes, saillants, dépourvus de paupières, à pupille linéaire pendant le jour, dilatée et arrondie pendant la nuit, d'où il résulte qu'ils voient également bien dans les ténèbres et à la plus vive lumière. Tout leur corps est couvert de petits tubercules écailleux, ce qui fait paraître leur peau comme grossièrement chagrinée. Mais ce qu'ils ont de plus singulier, ce sont les pattes ; elles leur donnent la faculté de grimper, de monter et de descendre sur des plans tout-à-fait verticaux , même contre les corps les plus unis et les plus lisses, tels que les marbres , les feuilles et les troncs d'arbres dont les surfaces sont très polies , et même de s'y tenir accrochés, le ventre en haut et le dos en bas, dans une position absolument renversée. Les habitants des contrées où se trouvent des geckos les voient assez souvent contre le plafond de leurs appartements se promener gravement dans cette attitude, ainsi que pourrait le faire une mouche. Arrivés contre une muraille, ils la descendent tranquillement, la tète en bas et le derrière du corps en haut. Du reste, Aristote avait déjà fait cette observation.

Ils doivent cette faculté à l'organisation de leurs pattes. Les doigts, déprimés et élargis, au nombre de cinq, partent d'une paume de main circulaire, et s'écartent, en divergeant, comme les rayons d'une roue ; leur extrémité est armée d'un ongle crochu, très aigu, mobile et rétractile comme celui d'un chat , ce qui est sans autre exemple parmi les reptiles; outre cela, ils sont garnis en-dessous de plis nombreux et transverses, ou de lamelles placées en recouvrement d'une manière régulière , mais variables en raison des espèces, qui s'accrochent aux aspérités les plus insensibles à la vue, ou forment des sortes de ventouses par lesquelles ces lézards s'accrochent aux corps les plus polis.

Les geckos, malgré leurs formes lourdes et massives, n'en ont pas moins, pour la plupart, une grande agilité. Ils changent de lieu avec une si grande prestesse, que l'œil a la plus grande peine à suivre leurs mouvements, puis, tout-à-coup, ils s'arrêtent subitement et restent dans une immobilité absolue. Comme ordinairement les teintes de leur peau semblent emprunter les couleurs des corps sur lesquels ils sont appelés à vivre, et auxquels ils ont la faculté d'adhérer en s'aplatissant , s'y agriffant et s'y collant, pour ainsi dire, ils disparaissent et se soustraient ainsi à la vue, pour peu que quelque chose les inquiète. L'espèce commune, que l'on trouve dans les parties les plus chaudes du midi de la France, ne sort guère de la retraite qu'elle habite , ordinairement dans des décombres, sans avoir eu la précaution préalable de se couvrir entièrement le corps de poussière et d'ordures, ce qui le masque si bien aux yeux, qu'il est fort difficile, quand il est immobile , de le distinguer des corps environnants.

Généralement la peau des geckos est grise ou jaunâtre; mais il est des espèces chez lesquelles des couleurs assez vives se dessinent sur certaines parties du corps ; on dit même qu'on y distingue des teintes de bleu, de rouge et de jaune, que l'animal fait paraître et disparaître, selon sa volonté ou ses passions, à peu près comme chez les caméléons. Wagler dit aussi que des voyageurs lui ont assuré que certains geckos de l'Inde deviennent phosphorescents ou lumineux pendant la nuit.

Tous les lézards de cette famille sont de petite taille, et jusqu'à ce jour on n'en connaît qu'un qui atteigne au plus un pied de longueur ; le platydactvle homolocépoale (plantydactylus komolucephalus, Dcmer.), dont nous donnons ici la gravure, est représenté de grandeur naturelle. Trop faible pour attaquer de grosse proie, ces petits animaux se bornent à chasser aux insectes, aux larves et aux chenilles, dont ils font leur unique nourriture. Ils savent fort bien se mettre en embuscade pour les guetter, les attendre patiemment, et les saisir au passage. Ce n'est que lorsque leur proie leur échappe qu'ils la chassent et la poursuivent jusque dans les cavités les plus obscures , où ceux-ci cherchent leur refuge. Et en effet, la nature a parfaitement construit leur corps pour cet usage : aplati, flexible dans tous les sens, il semble se mouler dans les creux où il n'offre presque aucune saillie.

Les geckos sont un objet d'horreur et de répugnance , pour ainsi dire , innées, dans les lieux où ils vivent , et cependant ils aiment à se rapprocher des

habitations des hommes, peut-être afin d'y trouver en plus grand nombre les insectes qui y sont euxmêmes attirés par les substances destinées à la nourriture de l'homme. Us deviennent souvent les victimes de la crainte qu'ils produisent , parce qu'on les suppose imprégnés de venins subtils , qu'ils transmettent par le seul attouchement, ou par leur salive qu'on accuse d'occasionner des éruptions sur la peau, telles que les dartres et la lèpre , et même une sorte d'empoisonnement transmis par les matières destinées à la nourriture de l'homme ou des animaux, par cela seul que les geckos y seraient tombés, y auraient touché, ou parce que les ongles de ces reptiles auraient eiïleuré la peau en passant pendant la nuit sur le corps des hommes ou de quelques autres animaux endormis. Probablement les geckos doivent les injustes préjugés qui régnent sur leur compte , à leur physionomie qui , dans le fait, n'est rien moins qu'attrayante. A travers les ordures qui leur couvrent le corps, on aperçoit de gros yeux tristes, toujours à découvert, et qui paraissent immobiles par l'absence de paupières ; leur cou paraît déchiré par la présence des fentes des oreilles. Leur hardiesse téméraire, ou plutôt stupide , intimide les ennemis qu'ils attendent sans crainte, leurs mouvements étant brusques s'opèrent sans bruit et avec la célérité la plus surprenante.

Les platy dactyles forment une section assez nombreuse dans la famille des geckos. Celui dont il s'agit ici ne s'est trouvé, jusqu'à ce jour, que dans l'île de Java. Il se distingue des autres animaux de sa famille par sa peau recouverte de petits grains écailleux, très serrés les uns contre les autres , égaux , uniformes ;

par son corps, muni de membranes sur le côté, et par ses doigts palmés, tous munis d'ongles à l'exception du pouce. Duméril lui attribue pour caractères spécifiques : « Tempes, lianes, membres et queue bordés d'une membrane ; dessus du corps revêtu d'écaillés lisses en pavé, parsemées de quelques tubercules sur les côtés du dos. »

Nous observerons comme un fait extrêmement singulier, que, dans son anatomie. cet animal a plusieurs analogies frappantes avec les poissons , dont il fait peut-être le passage avec les reptiles. La plus remarquable de ces analogies est dans la membrane qui lui ceint tous les côtés du corps. Elle n'est pas simplement composée , ainsi que dans les dragonnes, etc., d'un simple repli de la peau, mais de muscles très apparents, qui pourraient faire supposer qu'autrefois ces membranes étaient de véritables nageoires, fortes et mobiles, analogues à celles des raies. Cet animal est brun et fauve en dessus, avec des lignes noires en chevrons, dont le sommet est dirigé en arrière. Un ruban noir, ou brun très foncé, part du bord postérieur de l'œil, et vient aboutir en arrière de l'épaule, après avoir longé le cou ; au-dessous de ce ruban est une tache blanchâtre, ainsi que les lèvres et le dessous du corps.

Quoique ce platydactyle ait les pieds palmés, il vit plus habituellement sur terre que dans l'eau. Cependant il entre souvent dans cette dernière pour donner la chasse aux araignées aquatiques qu'il aime beaucoup ; mais il y reste peu, et il en sort dès qu'il a saisi sa proie. Du reste, ses mœurs sont encore fort peu connues.

ROITARD.

Le MalpiarMlf.

ESPAr.NE. — mnu;os

Vue de la cathédrale de Burgos.

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