COLONNES CELEBRES DES ANCIENS ET DES MODERNES
Entre tous les monuments élevés par les anciens pour immortaliser leur mémoire , la colonne vient se placer en première ligne. Quoi de plus élégant que ce fût élancé qui, d'un stylobate quadrangulaire, s'élève dans les airs , comme pour y proclamer la gloire de celui dont elle perpétue le nom ! Quoi de plus gracieux que ce chapiteau aux ornements réguliers et variés tout à la fois, auquel se rattachent les bas-reliefs de la colonne contournés autour comme une guirlande aux mille festons. Oui, l'antiquité en dressant ainsi au milieu de ses cités, ces majestueux monuments, avait bien compris tout ce qu'ils inspiraient à l'âme d'élévation et de nobles pensées ; oui, c'étaient de pareilles constructions qui devaient rendre impérissable le souvenir du peuple-roi.
Le temps a cependant respecté un petit nombre de ces édifices aériens sortis du ciseau des anciens ; heureusement les modernes se sont chargés du soin de ne pas les laisser disparaître du sol de notre continent ; ils ont imité ce que l'art antique avait créé ; ils ont défié la hardiesse des architectes de Borne, d'Alexandrie ; et le succès a couronné leur témérité.
Voici maintenant la description sommaire de ces œuvres colossales du deuxième et du dix-neuvième siècle ; nous laisserons le lecteur prononcer.
A quelque distance au sud du nouveau port d'Alexandrie, on voit une colonne dont le seul fût a vingt mètres quatre cent quatre-vingt-dix-neuf centimètres de haut. Elle est d'un seul morceau de granit. La base porte une inscription grecque dont l'état de dégradation a laissé une vaste carrière aux conjectures des archéologues. Voici, au reste, ce qu'ils s'accordent généralement à y lire.
« Au très sage empereur d'Alexandrie , Dioclétien Auguste; P préfet d'Egypte. »
Quant aux noms du préfet, les uns y lisent Pollion, d'antres , Pontius , Villoison Pomponius , quelquesuns Pompée. C'est sans doute cette dernière explication qui a valu à cette colonne le nom de colonne de Pompée qui lui a été souvent donné. La dédicace l'a aussi fait désigner sous le titre de colonne de Dcmitien ; enfin, on l'appelle encore colonne de Septime-Sévère, à cause de l'opinion assez généralement répandue qu'elle fut élevée sous cet empereur.
Certains auteurs arabes des onzième et douzième siècles, rapportent que ce monolithe était entouré de plus de quatre cents colonnes de même forme et de moindre diamètre. Un illustre orientaliste, M. Syl* vestre de Sacy , a démontré que cette colonne avait appartenu au fameux Serapeum ou Sérapion , vaste édifice consacré à une divinité égyptienne, qui, après la dévastation du muséum de Ptolémée, devint l'asile de la bibliothèque d'Alexandrie.
A voir ce monument, on le prendrait pour une tour destinée à servir de signal aux bâtiments qui
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peuvent l'apercevoir de plus de deux lieues en mer. Ce fut de là que, comme d'un lieu sur, le féroce Caracalla contempla le massacre du peupled'Alexandrie. Au milieu de l'ancien Forum Trajani, situé aujourd'hui à plus de vingt pieds au-dessus du sol, s'élève une autre célèbre colonne , dont le nom est infiniment plus populaire que le précédent ; c'est la colonne Trajane, regardée comme un chef-d'œuvre de sculpture. Son piédestal a une hauteur de dix-sept pieds. Jusqu'au règne de Sixte-Quint, il était couvert de décombres et de terre, ce pontife le fit déblayer. On découvrit alors la porte par laquelle, moyennant cent quatre-vingt quatre marches intérieures , on monte sur le chapiteau surmonté d'une statue de saint Pierre ; étrange association où l'Italie se peint tout entière. La hauteur de cette statue étant de vingttrois pieds, l'élévation totale du monument est de cent
quarante. L'extérieur du fût est orné de bas reliefs représentant la première et la seconde expédition de Trajan, et la victoire qu'il remporta sur Décébale , roi des Daces, l'an 101 de notre ère. On y compte deux mille cinq cents figures d'hommes, toutes différentes , entre une infinité de chevaux , d'armes, de machines de guerre et d'autres choses dont l'étonnante variété fatigue et surprend l'oeil qui s'arrête à les contempler.
Rome renferme un autre monument, digne pendant de la colonne Trajane ; c'est la colonne Automne qui s'élève sur la place Colonne, dont l'emplacement est à peu près celui de l'ancien Forum Antonini ; majestueux monument construit en l'honneur de Marc- Aurèle Antonin, pour les victoires qu'il remporta en Allemagne sur les Marcomans. Le piédestal sur lequel il a été érigé dans des temps modernes, appar-
(OI.ONNES
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Âlexandrrne.
Vendôme.
Trajane. Automne.
Pompée.
tenait à une autre colonne élevée à Antonin-le-Pieux, par Marc-Aurèle et Lucius Verus. Ce stylobate est orné de hauts-reliefs et d'une inscription remarquable, parce qu'elle est la seule de toute l'antiquité dont les lettres de bronze aient été conservées. Le fût est entouré de sculptures représentant les exploits de Marc-Aurèle, en Allemagne. On y remarque surtout la figure de Jupiter pluvieux. Cette colonne dorique, composée de vingt-huit blocs de marbre blanc, placés horizontalement les uns sur les autres , a cent quaiante-huit pieds et demi de hauteur, et onze de diamètre. Elle porte une statue de saint Paul, dont l'épée attira plus d'une fois la foudre sur cet édifice impérial que ne préservèrent pas sans doute les lauriers qui y sont représentés.
Jaloux de ne laisser à Paris rien à désirer de la ville des Césars, le César moderne, cet étonnant génie qui, quinze ans plana sur les destinées de notre pays, et dont le nom est associé désormais à ce qu'il
y a de plus glorieux, de plus grand, de plus français, Napoléon voulut qu'une autre colonne Trajane immortalisât nos victoires et embellît notre cité. Mais ce n'est pas au marbre qu'il demanda la matière première de cette gigantesque construction : des canons enlevés à l'ennemi , voilà quelle fut la pierre qui dut servir a élever ce trophée magnifique que surmonte la statue du grand capitaine. La révolution de 1830 a replacé sur la colonne cette image de la puissance et du génie des combats, mais elle n'a plus voulu qu'un costume antique fit oublier que le héros nous appartenait, c'est avec cet habillement dont le souvenir sera perpétué avec son nom, qu'elle a voulu qu'il fût représenté. Du haut du monument élevé à nos exploits, la lorgnette à la main, il semble encore diriger un de ces combats où son oeil d'aigle devinait plutôt qu'il ne cherchait les moyens d'assurer la victoire.
Cette colonne érigée sur une place rectangulaire
MAGASIN UNfVEKSEL.
qui a conservé le nom de César de Vendôme, jadis possesseur de ce terrain , occupe l'emplacement de cette fameuse statue de Louis XIV, modelée par (iirardon et sculptée par Keller, brisée dans les troubles révolutionnaires. En 180G, l'empereur fit abattre le magnifique piédestal mutilé qu'on y voyait, et y fit jeter, à trente pieds de profondeur, les fondements d'une colonne qui, sous des proportions plus fortes d'un douzième, reproduisit celles de la colonne Trajane. Le stylobate élevé sur trois gradins, a vingt-et-un pieds de haut. La hauteur totale de l'édifice est de cent trente-trois pieds. Son noyau est de pierre de taille, son revêtement de bronze. On y a pratiqué un escalier à vis de cent soixante-seize marches , par lequel on monte à une galerie régnant au-dessus du chapiteau. Les bas-reliefs du piédestal représentent, sur ses faces, des trophées composés de canons, de mortiers, d'obusiers, de boulets, de drapeaux, de casques et de vêtements militaires. Au-dessus, se dessinent, sur une espèce d'attique, des festons de chêne soutenus à leurs angles par autant d'aigles de bronze chacun de cinq cents livres. Les bas-reliefs qui ceignent vingt-deux fois le fût de la colonne, présentent, dans une suite non interrompue, toutes les actions mémorables de la campagne de 1805. depuis la levée du camp de Boulogne, jusqu'à la bataille d'Austerlitz. Cette série de faits héroïques est sculptée dans deux cents soixante-seize bas-reliefs, dont le sujet est gravé au-dessous, sur le cordon s'élevant en spirale jusqu'au sommet de la colonne. On lit au bas de l'acrotère : « Monument élevé à la gloire de la grande armée, commencé le 15 août 1806, terminé le 15 août 1810, sous la direction de D. V. Denon , MM. J. Lepère et