INSTITUTIONS JUDICIAIRES
nE L'ANGLETERRE.
Westminster-Hall. — Jugement d'un pair. — Procès et exécution de lord Ferrers, 1760 (v. p. 323).
Si les pairs d'Angleterre , accusés de haute trahison, de félonie ou de non révélation de l'un de ces cri-
mes, jouissent du privilège d'être jugés par leurs pairs, avec toutes les formalités que nous avons été obligés de resserrer dans un seul article, ils sont exécutés comme les plus vils malfaiteurs, lorsqu'ils sont condamnés pour félonie. Coupables de haute trahison, on les décapite. Assassins ou félons, on les pend. En vain lord Ferrers supplia-t-il le roi de permettre qu'il fût, en considération de sa famille, alliée de la couronne, pendu dans l'intérieur de la Tour. Il ne put obtenir qu'un sursis de quelques jours. Au moment où le mot disséqué frappa son oreille, il pâlit et fit claquer ses dents les unes contre les autres. Mais il réprima aussitôt ce léger mouvement d'émotion, et ne manifesta plus aucun sentiment de crainte , d'inquiétude ou d'impatience. La veille du jour fatal, il demanda un habillement complet d'une étoffe blanche, ricin ment brodée d'or. C'était l'habit qu'il portait le jour de son mariage ; il voulait, dit-il, en être revêtu le jour de sa mort.
Le 5 mai, à neuf heures du matin, les shériffs, accompagnés des officiers de police , se présentèrent à la porte de la Tour, réclamant le condamné. Informé de leur arrivée, lord Ferrers les pria de lui permettre de se rendre à Tyburn , place de l'exécution , dans son propre iandaw, au lieu d'y être transféré dans la charrette des suppliciés. Cetteprière ayant été accueillie, il monta en effet dans sa voiture, où s'assirent à ses côtés l'un des shériffs et le chapelain de la Tour. Le cortège, composé, outre la voiture du comte, de six autres voitures de deuil remplies de ses amis, de celles des shériffs et du corbillard qui devait conduire le corps à l'amphithéâtre d'anatomie, escorté d'un nombre considérable de constables, d'une compagnie de grenadiers à cheval et d'un détachement d'infanterie, pouvait à peine marcher au pas, tant était grande la foule des curieux dans les rues. Quatre mille nobles avaient assisté au jugement ; le peuple tout entier assistait à l'exécution. Les billets de faveur n'étaient pas nécessaires.
« Avez-vous jamais vu autant de spectateurs à d'autres exécutions ? demanda gaîment lord Ferrers au chapelain de la Tour. »
« Jamais, » répondit celui-ci d'une voix grave.
« Je conçois leur curiosité, répliqua le comte , on ne voit pas tous les jours pendre un pair de la Grande- Rretagne. »
La marche du cortège dura près de trois heures. Ce retard finit par lasser la patience du condamné.
L'appareil du supplice et les regards de la foule sont dix fois plus pénibles que la mort même, s'écriat-il avec amertume. Je voudrais boire un verre d'eau et de vin.
— Si la voiture s'arrête, la foule va s'amasser autour d'elle, lui dit le chapelain.
— C'est vrai, répondit-il, n'en parlons plus. Au nom du ciel, ne nous arrêtons pas.
En approchant de Tyburn, il aperçut la voiture de sa maîtresse qui l'attendait à peu de distance de l'échafaud. Il voulut d'abord dire à cette femme un dernier adieu ; mais , sur l'observation du shériff que l'émotion d'une pareille entrevue pourrait affaiblir son courage , il renonça à ce projet. Enfin , à midi moins un quart, il arriva au pied de l'échafaud, qui était entièment tendu de noir. Il en monta les degrés avec assurance. « Voulez-vous réciter l'oraison do-
minicale? lui demanda le chapelain. Oui, réuliqua-til, la prière est lionne. » Alors s'étant mis à genoux sur un coussin noir, il répéta les paroles du chapelain, et s'écria en finissant : « Mon Dieu, pardonnezmoi toutes mes erreurs , pardonnez-moi tous mes péchés ! »
« M. le chapelain, et vous, M. lesliérilT, dit-il, en se relevant, je vous remercie des égards et de l'intérêt que vous m'avez témoignés. M. lesliérilT, daignez accepter ma montre comme un gage de ma reconnaissance.
Se retournant ensuite, il donna cinq guinées pour sa peine au valet du bourreau, croyant les donner au bourreau lui-même , qui , devinant sa pensée , s'empressa de les réclamer. Ces deux hommes se disputant avec colère, en appelèrent au témoignage du comte, et ne voulaient pas l'exécuter avant qu'il eût été juge de leur querelle. Mais le shérilï mit lin à cette scène scandaleuse, et le condamné fut lancé dans l'éternité.
Le corps resta exposé une heure et cinq minutes. On le renferma alors dans une bière recouverte de satin blanc, et les shérilTs l'accompagnèrent jusqu'à l'amphithéâtre d'anatomie où ils le livrèrent aux chirurgiens. Après avoir servi plusieurs jours de sujet d'étude , il fut rendu à la famille , et reçut les honneurs de la sépulture.
Un dernier mot pour achever cette esquisse rapide des mœurs anglaises. L'exécution de lord Ferrers avait eu lieu le 5 mai; le 15 du même mois, son
frère puîné , héritier de son litre , siégeait à la chambre des lords. (£e Droit. )
Ad. Joannk, avocat.
LE LÉVITE D'ÉPHKAIM.
Sujet tiré de la Itihle, liv. dex juges, rhap. xix.
« Cette femme donc , comme le jour approchait, s'en revint; et étant tombée à la porte de la maison de l'homme où était son seigneur, elle y demeura jusqu'au jour.
Et son seigneur se leva de bon matin, et ayant ouvert la porte, il sortait pour continuer son chemin ; mais voici , sa femme était tombée à la porte de la maison, et avait les mains sur le seuil.
Et il lui dit : lève-toi, et allons-nous en ; mais elle ne répondait point. Alors il la chargea sur un âne , et se mit en chemin, et s'en alla en son lieu.
Et étant venu en sa maison , il prit un couteau et partagea le corps de sa femme en douze parts , et en envoya dans tous les cantons d'Israël.
Et il arriva que tous ceux qui virent cela dirent : Une telle chose n'a été faite ni vue depuis le jour que les enfants d'Israël sont montés du pays d'Egypte. Pensez à cela ; consultez et prononcez. »
C'est ce sujet si dramatique que M. Coudera traité avec tant de talent; notre gravure ne donne qu'une faible idée de son beau tableau.
Lr Lévite d'Éphraïm.