‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 138 sur 166 · EXPOSITION DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

EXPOSITION DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE

Cette fois, ce n'est plus dans la place de la Concorde que l'industrie française a été priée d'étaler ses merveilles. Depuis qu'un obélisque, des candélabres gigantesques, un pavé d'asphalte et les statues de nos grandes cités l'embellissent, on a trouvé que c'eût été mauvais goût que d'encadrer tant de magnificences de quatre vilaines masures bâties en quinze jours, telles que nous les voyions en 1834. On a demandé à l'architecture française quelques-uns de ces jolis dessins qu'elle entasse chaque année dans ses cartons de l'école des Beaux-Arts. Deux beaux portiques aux colonnes et au fronton classiques, chargés de peintures allégoriques, et placés en pendant-, for-

ment l'entrée et la sortie de la salle de l'exposition, que l'on devine alors, par sa disposition , devoir foi mer les trois côtes d'un rectangle ; voilà pour le bâti ment. Nous n'en blâmerons ni n'approuverons l'or donnance. En se soumettant aux traditions de l'art grec, on a dû se condamner à reproduire ce qu'on a déjà mille fois reproduit. D'un autre côté, le style du moyen-àgeou de la renaissance n'eussent guère convenu au palais de l'industrie de 183i). Ils avaient quelque chose de trop sévère ou de trop coquet Ainsi , à tout prendre , mieux a-t-il valu en revenir aux formes et aux lignes antiques.

Maintenant que nous sommes en face des inven tions, des fabrications de toute sorte que devons nous dire du premier effet qu'à produit sur non» leur aspect'?.... Le désappointement , oui , le désap pointement, car nous avions cru trouver ici force machines propres à simplifier le travail de l'homme, a épargner le temps et la peine ; force étoffes qui pussent à bon marché vêtir le pauvre et l'ouvrier, force meubles solides et commodes qui nous apporteraient à bas prix, ce coinfortable encore si dispendieux. Eh bien, rien de cela, ou presque rien. Nous avons des billards de six mille francs , des buffets chargés d'argenterie, des pièces de vaisselle d'une richesse incroyable, un livre d'heures aux émaux élégants, aux ciselures finement fouillées, évidées, aux dentelles métalliques , se repliant et se contournant dans tous les sens, nous avons des porcelaines magnifiques enfin, d'admirables inutilités, jusqu'à une armure de cavalier au grand complet.

Tout le luxe de Paris, car c'est Paris, bien plus que les départements, qui a fait les frais de l'exposition , tout le luxe de cette capitale , disons-nous , est venu prendre la place des ouvrages moins chers et moins fastueux qu'on s'attendait à y trouver. C'est un grand bazar élevé dans les Champs-Elysées; dans certains endroits de la salle , l'illusion est complète . on croirait se trouver au Palais-Royal ou au passage Vivienne. C'est l'œil, nous l'avouons, qui est seul séduit; on a voulu imposer par ce splendide étalage et nous faire croire que la France était pays de fabriques et d'industrie, parce qu'elle aimait le faste cl l'éclat ; c'était erreur, erreur que le curieux pardonne, il est vrai, sans peine, car il y trouve son compte.

Cependant , à force de chercher , nous a\ons trouvé plusieurs choses qui font vraiment honneur a notre industrie. En général , les machines indiquent que l'acier est mieux corroyé, mieux fondu , que le moullage des fontes est plus pur. S'il n'y a rien de bien neuf, s'il y a beaucoup de larcins faits à l'Angle terre, au moins il faut avouer que ces larcins ne sont pas sans mérite, et qu'à des vols pareils, bien d'autre* villes que Lacédémone accorderaient une récompense

M. Beslay rend un grand service à la bonne réputation des machines à vapeur, bien fortement compromise depuis que les explosions sont devenues si fréquentes. Il est vrai que sa chaudière n'est pas préci sèment inexplosible, mais il n'y a plus de danger sérieux, c'est le principal. Reste à M. Beslay une autre épreuve bien plus redoutable que celle dujui \ d'admission ; l'application fréquente, il y a là tant de difficultés qui ont déjoué les plus beaux calculs de nos savants.

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M. Mouchcl a introduit un véritable progrès dans létiragc à la filière, depuis les tubes d'un pouce de diamètre jusqu'aux Mis de laiton, de l'épaisseur d'un cheveu. Il serait à souhaiter que tous les exposants eussent payé leur contingent d'une manière au -si utile que cet habile industriel. Les vicissitudes que la fonderie du Creusot a éprouvées ne l'ont pas empêchée de nous envoyer d'excellents produits ; nous donnerons les mêmes éloges aux usines de M. Jackson, de Saint-Étienne, et de M. Talabot. Nous avons admiré les belles toiles métalliques d'Imphy ; quant à son bronze destiné au doublage des vaisseaux , nous attendons pour nos prononcer que l'expérience en ait démontré l'ellicacité.

Les améliorations sont incontestables dans les tissus ; M. Griolet nous a donné un magnifique banc à à filer la laine. La maison Arguillère, dont les gros de Naples ont une si belle renommée, nous a fait voir sa lustrine.

Nous donnerions beaucoup d'éloges au châle cachemire de M. Caussen , et au cortège oriental qui est représenté dessus, s'il ne coûtait pas dix mille francs. M. Daneirouse a résolu un problème technologique , jusqu'alors resté sans solution. Il est parvenu à tisser des fonds aussi solides que le broché, sans que pour cela le tissu perdit de sa souplesse et de sa légèreté.

La verrerie est splendide ; trop peut-être ! Honneur surtout à Baccarat, cette fabrique a vraiment compris les besoins de l'époque , elle a exposé de charmants objets depuis 30 cent, jusqu'à 2 fr.

Il y a plusieurs modèles nouveaux d'armes , exposées cette année. Décidément les fusils Lefaucheux ont l'avantage sur les fusils Robert ; encore cinq ans, il ne sera plus question ni des uns ni des autres.

Vous admirerez de très beaux pianos, vous entendrez des orgues, les accords fort harmonieux du mélophone. Les exposants se chargent eux-mêmes de vous faire connaître la pureté des sons de ces instruments. Il y a queue pour les entendre. Ces honnêtes indus-

triels ne ressemblent pas mal aux musiciens du charlatan chargés d'attirer les badauds.

Nous ne finirons pas ce rapide coup-d'œil jeté sur les produits de notre industrie quaternale, sans parler de l'étonnante machine à fabriquer le papier, où le chiffon se transforme, pour ainsi dire, sous vos yeux , en un papier blanc et délicat, apporté jusque sous les tranchants du ciseau qui doit les couper sous le format voulu.

Quoique nous nous soyons fait une loi de ne parler que de ce qui est vraiment industrie, il y aurait injustice de notre part à ne pas prononcer le nom de M. Marrel, dont les ciselures semblent plutôt faites pour figurer à l'exposition annuelle du Louvre qu'à celle des Champs-Elysées. Il y a dans cet artiste toutes les traditions de l'art florentin, et la science des rondes-bosses du moyen-âge. Il nous a donné des pièces d'orfèvrerie que n'eût certainement pas désavouées Cellini; M. Marrel excelle aussi à appliquer des émaux sur le vermeil. Dans tout ce qui est sorti de ses ateliers , il y a une pureté de goût et une finesse d'exécution vraiment inconcevables. Et quand on pense que c'es>t par lui-même, sans maitre, sans guide, que cet artiste est, de simple coutelier, devenu notre plus habile ciseleur, on ne saurait faire trop de vœux pour qu'il fasse des héritiers de son beau talent, et qu'il dote la France d'un genre de supériorité où elle sera sans rivale.

Voilà l'exposition de 1839, on eût voulu y rencontrer plus de véritables produits utiles, mais notre siècle veut du luxe, toujours du luxe ; l'industrie, reflet de ses tendances, se tourne de ce côté.

Espérons cependant que le pauvre aussi aura son tour, que les fabricants penseront à lui, et qu'un jour, à côté de ces meubles splendides, de ces vitraux, de ces porcelaines, nous trouverons de ces us- ; tensiles indispensables vendus pour quelques sous , et ] le vêtement tout à la fois chaud et durable qui doit le ! préserver contre les rigueurs de l'hiver. A. Maurv

Entrée principale des bâtiments rie l'expositiun.

fan* Imprimerie de Chassaigivoin, ni? (»it-le Ctcnr, 7 I ne au* presse* à l>ra de Laciiamfe el C!

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Fleuve et vallée de l'Oronte

TOMK VI — AOL". 1839

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