‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 142 sur 166 · PALERME · texte numérisé non relu

PALERME

Païenne était une ville célèbre dans l'antiquité. Thucydide rapporte que les Phéniciens, lors de l'arrivée des colonies grecques en Sicile, dès le premier siècle de la fondation de Rome, se retirèrent à Panormos, que les Latins appelèrent depuis Panormus. Cette ville a été occupée successivement par les Carthaginois, les Romains, puis par les Grecs du Ras-Empire , les Sarrasins, les princes normands, les Français de la dynastie d'Anjou, les Aragonais, les Espagnols et les Français de la race des Rourbons. Aujourd'hui, cette capitale de la Sicile renferme une population d'à peu près cent trente mille habitants. L'épithète de felice (heureuse), lui a été donnée depuis long-temps , à cause de sa beauté , de l'activité florissante de son commerce, de la fertilité du sol, de la sérénité de son ciel , de l'aménité de sa situation , de l'aisance et de la courtoisie de la plupart de ses habitants. Si le vent, appelé scirucco, n'y soufflait pas, il n'y aurait sans doute pas au monde de pays plus sain que la Sicile. Son golfe n'est pas moins riant que celui de Naples, et cette couronne pittoresque que forment de loin , autour d'elle , le mont Peregrino, le cap Zalïerano et les collines de la fiagaria , semées cà et là de jolies maisons de campagne, donnent à cette ville le plus joli aspect, et en rendent le séjour on ne peut plus agréable. Ses rues sont. larges et longues ; deux d'entre elles se coupent à angle \Jroit dans le milieu de la ville qu'elles partagent eu quatre parties égales. L'une , appelée Cassaro , longue de quatorze cent cinquante pas, large de treize mètres, se prolonge parallèlement au rivage, depuis la porte Antoniana jusqu'à la porte Maqueda ; l'autre . nommée rue Neuve ou de Tolède, a douze cents pas de longueur ; elle est plus large que la précédente, et s'étend depuii la porte Neuve jusqu'à la porte Felice. Ces deux portes sont elles-mêmes assez remarquables : l'une est embellie d'un arc de triomphe, et l'autre se fait remarquer par la noblesse de son architecture.

La place est située précisément au point de rencontre des deux rues que nous venons de citer; elle est de forme octogone, entourée de belles maisons , dont l'architecture se compose des trois ordres dorique, ionique et corinthien, artistement combinés ; elle est ornée des statues de Charles V, de Philippe 11, de Philippe 111 et de Philippe IV. Hors de la porte Felice, on trouve la belle promenade appelée la Marina, qui introduit dans une autre promenade, dite de Flore. Cette dernière est un vaste jardin public, d'une rare beauté. A peu de distance de là , il y a un riche jardin botanique dans lequel les plantes exotiques croissent et multiplient comme sur leur sol natal.

Le port de Palerme est petit, mais commode, sûr et bien fortifié.

La place du Palais-Royal est très vaste ; elle est ornée, dans le centre, de la statue en bronze de Philippe IV, qu'entourent d'autres statues de moindre dimension représentant les vertus de ce prince. La place Prétoriana se dislingue par une fontaine admirable sous le rapport du dessin et des sculptures , quoiqu'il y ait beaucoup de bizarrerie dans la con cention. Lu place Saint-Dominique est ornée des sta-

tues en bronze de Charles III et de Marie-Amélie , son épouse, et d'une magnifique colonne qui soutient la statue en bronze de Notre-Dame. La façade de l'église Saint-Dominique forme aussi un des principaux ornements de cette place. La place de Rologni présente aux connaisseurs une belle statue en bronze de Philippe V, qui s'élève dans son milieu.

Les églises de Palerme sont assez nombreuses , et méritent toutes une attention particulière. La cathédrale , dit M. Moret , fondée en 1170, par Gauthier , sous le règne de Guillaume II , est tin vaste édifice d'un aspect imposant, mais d'un genre hybride; c'est un carré long avec croisillons , terminé à chaque extrémité par quatre tours élancées à fenêtres ogivales et à flèche; au centre, s'élève un dôme d'architecture italienne. Le pont aérien que l'on aperçoit dans la gravure, rallie au corps de bâtiment une cinquième tour détachée d'une autre forme, mais d'une élévation à peu près pareille. La principale façade est latérale ; c'est elle que nous reproduisons. Elle s'ouvre sur une place allongée qui la sépare de la rue Neuve ou de Tolède ; cette entrée est d'un style mélangé, que M. Fargasse désigne, non sans raison, sous l'appellation d'arabo-normand, ainsi que la masse extérieure et les campanilles. L'ensemble, semi-oriental et semi-européen, est grandiose et majestueux ; mais, au premier examen, on reconnait des retouches , des variétés et même des hostilités de style. L'intérieur est moins splendide et moins beau que l'extérieur, bien qu'il soit aussi fort orné. Sa voûte est soutenue par quatre-vingt colonnes de granit oriental. Le maitre-autel est d'une grande richesse, et se distingue par une magnifique colonne de lapis-lazzuli d'une dimension extraordinaire. On remarque aussi dans cette église plusieurs mausolées de marbre blanc et de porphyre qui contiennent les cendres d'anciens monarques. Nous citerons, ainsi que sous les voûtes de l'église souterraine , les tombeaux de Roger, premier roi de la Sicile, des empereurs Henri VI et Frédéric II , de deux impératrices et d'un grand nombre de princes et d'archevêques. Les artistes y admirent un bas-relief sculpté par Villa-Reale, élève de Canova. L'église Saint-Joseph est située sur la place Vigliena ; elle renferme de hautes colonnes de marbre turquin , des marbres précieux qui embellissent le maitre-autel, et une chapelle souterraine dont les ornements sont très riches.

Parmi les monuments religieux qu'érigèrent au dieu des armées qui les faisait triompher, les enfants valeureux de Hauteville , l'étranger remarque avec intérêt l'église de la Marlorana, l'une des plus curieuses de la Sicile. Elle a été fondée par Georgio Rozio Antichiano, amiral du roi Roger. Il reste quelque incertitude sur l'année précise de sa construction; les uns la placent à l'année 1113 , les autres la fixent à l'année 1143 , alors que cette église fut richement dotée. Elle fut consacrée seulement en 1173. Des mosaïques et de superbes peintures distinguent particulièrement cette église, qui s'appelle aussi église de Saint- Siméon.

Nous citerons encore l'église de Saint-Matteo ou dell'Anima , l'église Saint-Giuseppe de'Teatini , la chapelle souterraine, dite Capello del santoCrociliss<>, l'église de Jésus, l'église Saint-Dominique, l'église d'OlivclIn, enfin . l'oratoire du Rosaire, Saint Phi-

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lippe-de-Nèri, etc., etc., qui renferment toutes de bonnes peintures, ou îles objets d'art très curieux.

Nous recommandons surtout aux voyageurs de descendre dans les catacombes, dont l'entrée est dans l'église des Capucins, hors de la ville. Ces catacombes, creusées dans le roc vif , présentent un spectacle extraordinaire. On y conserve une grande quantité de squelettes , que le jour des Morts on revêt des costumes qu'ils portaient de leur vivant. Ce spectacle, par sa nature, fait naître des sensations douloureuses, mais on n'en trouve d'exemple dans aucun endroit.

Les palais de Palerme sont nombreux et grandioses. Le Palais-Royal, près de la porte Neuve, était autrefois une forteresse défendue par de nombreuses tours, dont il n'en reste plus qu'une qui sert aujourd'hui d'observatoire astronomique. Ce palais est la résidence du lieutenant du roi. 11 convient d'y visiter la chapelle de saint Pierre, dont l'architecture ogivale est très majestueuse ; elle renferme en outre des marbres précieux, de belles mosaïques et d'autres raretés.

Le palais Sénatorial , devant lequel est la fontaine dont nous avons parlé plus haut , mérite aussi d'être remarqué ; il possède deux statues antiques et plusieurs fragments grecs et romains.

Parmi les palais particuliers, nous citerons ceux des princes Brotera, Torremuzza, et des ducs de Gravina et d'Anjou.

Palerme possède cinq hôpitaux, une université, un séminaire, trois bibliothèques publiques, etc., etc.

La Pinacothèque, à la fondation de laquelle a si puissamment contribué le prince de lielmonte, mort depuis quelques années ; le musée archéologique , riche d'une abondante collection de médailles grecosiciliennes, qui s'augmentent journellement des objets rares qu'on découvre dans les fouilles exécutées sur plusieurs points de l'île, et enfin , la fonderie royale.

Les environs de Palerme ne sont pas moins intéressants. En sortant de la ville par la grand'route qui suit le rivage , nous passons près du Lazaret et nous arrivons bientôt aux pieds du mont Peregrino, appelé par les anciens, Eretas. Cette montagne eut quelque célébrité pendant les guerres puniques, après lesquelles elle tomba dans l'oubli et demeura presque inaccessible. Mais, en 1G24, on y découvrit dans une grotte le cadavre de la vierge royale , sainte Rosalie. Cette sainte, fuyant les appas trompeurs et dangereux de la cour de son père , vint se réfugier dans cette grotte où elle mena une vie solitaire et contemplative. Son cadavre ayant été transporté à Palerme, tandis que la peste ravageait cette ville, ce fléau cessa tuut-à-coup , ce qui fit déclarer sainte Rosalie protectrice de Palerme. Par suite de cette détermination. la grotte fut métamorphosée en une église, dont l'effet est merveilleux. La route qu'on a pratiquée sur le dos de la montagne a coûté des sommes immenses ; elle est appuyée presqu'eu entier sur des arches solides en maçonnerie. On a aussi institué une fête annuelle qui se célèbre le 15 juillet , et qui attire à Palerme une foule de curieux. Ce jour là, l'église qui renferme le corps de la sainte, est illuminée par une si grande quantité de cierges, que les yeux ont peine à en soutenir l'éclat.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable encore, ce sont les deux châteaux, de style mauresque, dont

l'un appelé la Ziza, s'élève dans le bourg d'Olivazza, et appartient au prince de la Scherra ; l'autre, nommé Cuba, est situé sur la route de Monreale, et n'est plus aujourd'hui qu'une caserne de gendarmerie. Ces deux noms de Ziza et Cuba , sont ceux des lils d'un émir, qui les firent construire par leurs Arabes. La situation de ces <\mix édifices est admirable.

On aperçoit de loin Monreale à cause de sa position élevée; cette ville, assez belle et bien bâtie, compte environ huit mille habitants. Parmi les magnifiques églises dont elle est embellie, il faut surtout observer la cathédrale, dite de Sancta-Maria-Nuova, fondée par Guillaume-le-Bon , en 117V . ainsi que le couvent contigu des Bénédictins, dont les archevêques, pro tempore, sont abbés. La grandeur de ce temple, le style de son architecture, la rareté des marbres, ses portes de bronze travaillées par le célèbre artiste Pisan Ronanni le saint Jérôme, du sculpteur Antoine Gagini , les sarcophages des deux Gnillaume-le-Kon et le Méchant , et d'autres ornements précieux, font de cette église un des édifices les plus beaux et les plus somptueux de la Sicile. Giovanni Luigi Lello , en a publié une description très exacte, dont la meilleure édition a paru en 1702. Mais , depuis cette époque, cette église a été enrichie de nouveaux ornements précieux, parmi lesquels nous citerons particulièrement le maître-autel, tout en argent, que l'archevêque Testa, prélat non moins pieux que savant, y fit élever à ses frais sur la fin du siècle passé. Un incendie, arrivé en 1811, causa à cette église de graves dommages, qui, cependant, ont été entièrement réparés, à l'exception de quelques tombes qui furent toutà-faitdétruites. Le monastère des Bénédictins dont nous avons parlé, possède un cloitre extrêmement remarquable ; on admire dans son réfectoire, une peinture très estimée, représentant saint Benoit qui distribue du pain aux pauvres. Ce tableau est l'ouvrage de Pietro Novelli, natif de Monreale, peintre qui serait digne d'une plus grande renommée. On y voit encore un autre tableau de l'école de Raphaël, et une bibliothèque choisie qui fut considérablement augmentée par les soins du même archevêque Testa.

Ceux qui voudront de plus grands détails, devront consulter la topographie de Palerme , par Scina , imprimée en 1818, et l'ouvrage du duc de Serra di Falco, ayant pour titre : le Anlichite délia Sicilia.

LTLE TIMOR.

L'île Timor est une des plus grandes des Moluques ; son étendue est de cent lieues, du nord-est au sudest, et de vingt lieues de largeur moyenne; sa superficie est évaluée à 1,625 lieues carrées. Elle est habitée par une race d'bommes, bien faits, vigoureux , noirs ou cuivrés, aux cheveux laineux et généralement teints en roux ou en noir. Timor est partagée en soixante-trois royaumes, états presque imperceptibles gouvernés par de petits roitelets tout fiers de leur autorité, et qui se décorent pompeusement des titres les plus fastueux. C'est ainsi que l'un d'eux, le chef de l'état d'Ayouanoubang se fait appeler fort orgueilleusement empereur. De ces radjabs. les uns reconnaissent la supériorité des Portugais, Ips autres des Hol-

landais. Ces deux peuples possédaient des établissements dans l'ile. Les premiers y arrivèrent au dixseptiéme siècle, et en restèrent maître jusqu'en 1013 ; ils furent chassés de Koupang, ville principale de Timor, par une escadre hollandaise. Les Portugais fondèrent alors à Lifao un établissement qu'ils transportèrent à Dieli. En 1801, les Anglais ravirent leur comptoir aux Hollandais, mais leurs soldats furent massacrés par la population métisse ; ils le reprirent eu 1811 et le rendirent en I81i.

C'est principalement sur la côte que s'exerce l'autorité des Portugais et des Hollandais ; à l'intérieur le pouvoir des radjahs malais est plus grand , l'organisation s'y rapproche aussi moins de la féodale.

Dieli et Koupang sont à peu prés les deux seules villes de l'île. Dieli, aux Portugais, a un port et un fort, et compte deux mille habitants. Koupang, aux Hollandais, est un beau port franc, bâti dans la partie

méridionale do la baie du môme nom. Elle est défendue par un fort nommé Concordia. On remarque dans la ville les temples et les tombeaux qu'y ont les Chinois.

La végétation n'est active que dans la partie nord de Timor ; au sud, dans le territoire de Koupang, lo sol madréporique et schisteux y est plus ingrat. Si la nature s'est montrée , en plusieurs cantons de l'île, assez avare dans le règne végétal , elle a, en revanche, peuplé les airs des oiseaux les plus délicieux. C'est de là, dit M. de Freycinet, que viennent la jolie colombe kourou-kourou, la colombe-mangé , et lo coiombar unicolor. On y voit le petit kakatoua blanc, la belle perruche érythroptère, celle à face bleue qui habite aussi l'extrémité sud-est de la Nouvelle-Hollande, et qu'on ne peut conserver long-temps, parce qu'elle succombe facilement aux convulsions. Koupang est la patrie des langroyenos , dont le vol est

Jeune fille de Timor poitunt de l'eau.

ï^mblable à celui des hirondelles, et qui ont la faculté de planer des journées entières dans des régions fort élevées, des choucaris verts, des petits drongos, friands de la liqueur qui découle des lataniers, et de diverses espèces de moucherolles; enfin, de mille autres espèces d'oiseaux qui se plaisent dans les arbrisseaux, dont le feuillage les cacherait aux yeux du voyageur si les couleurs éblouissantes de leur plumage ne les trahissaient , tels sont : les bengalis, le guêpier à longs brins , le poudda et quelques sonimangas. L'industrie des Timoriens consiste dans la construction de pirogues et de sampans ou barques de vingt-cinq à cent tonneaux. Le bois de sandal , la cire des abeilles sauvages sont les principaux articles d'exportation. Il y a près de Dieli, d'Ade et de Mantoto , des mines fort abondantes d'or et de cuivre. (Juant aux productions végétales qui fournissent aux besoins des habitants, et qui pourraient entrer dans leurs commerces, ce sont celles de ces contrées. Dans le nord de l'île, le teck, le bambou, le bananier, le cocotier, le latanier, avec les feuilles duquel un fabrique des voiles, le tamarindier, l'attier, le bois de rose, le coton, le tabac, la canne à sucre', l'indigo viennent en abondance. A. Maury.

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