‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 146 sur 166 · SIS · texte numérisé non relu

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endroits. Son travail est lu dans les lieux saints ; les peuples en entendent la lecture , et ils apprennent par là à se convertir, et à servir Dieu avec un cœur pur.» Outre les écrivains ou copistes , que Cassiodore appelle antiquaires , il établit parmi ses moines des correcteurs ou reviseurs , pour relire les manuscrits ; et il les prie , dans ses Institutions , de ne rien corriger qu'après avoir consulté les gens habiles. 11 veut aussi que dans les corrections qu'ils feront, ils imitent la main de l'écrivain du manuscrit , afin que rien n'en gâte la beauté ; enfin , pour encourager à ce travail ceux qui en étaient chargés , il leur dit : « Considérez que ce qui vous est confié est l'utilité commune des chrétiens, le trésor de l'église, et la lumière des âmes. » Après l'art d'écrire , Cassiodore n'en estima point de plus conforme à l'état de ses religieux que celui de relier les livres , de les couvrir, et d'en enrichir la couverture , afin que le dehors même répondit à la beauté des écrits qui étaient renfermés au dedans. Quant à ceux des moines qui se trouveraient peu propres à l'étude , Cassiodore leur marque certaines lectures à faire , et les occupe le reste du temps

à des travaux corporels, a Si , dit-il , un tempérament froid qui glace le sang dans les veines , comme parle Virgile , empêche quelques-uns des frères de devenir savants dans les lettres sacrées ou dans les sciences humaines , il faut qu'après avoir acquis une science médiocre , ils prennent pour eux ce que dit le même poète , que les champs me plaisent , et les ruisseaux qui arrosent les plaines. En effet, ce n'est pas une occupation contraire à l'état monastique que de cultiver les jardins , de labourer la terre , et de se réjouir de l'abondance des fruits qu'on recueille. Ne lisons-nous pas dans le psaume 127 : Vous vivrez des travaux de vos mains, et ainsi vous serez heureux. »

On voit que dans ces premières abbayes de l'Europe la vie des moines , bien que dirigée vers la contemplation , avait en même temps pour but la santé , l'activité de l'esprit et une douce quiétude. Leur nourriture devait , d'après la règle , être frugale , mais salubre et suffisante. Il en était de même de leurs vêtements , qui étaient d'ailleurs les vêtements communs de leur époque. Saint-Benoit et ses premiers imitateurs ne paraissent pas avoir voulu plus de mortification qu'ils n'en

Abbaye du Mont-Cassin, fondée par Saint-Benoit.

jugeaient nécessaire pour la vie continente qu'ils avaient adoptée. Du reste , la charité , quand les moines avaient occasion de l'exercer, leur était recommandée comme le premier des devoirs. « Recevez et logez les pèlerins et les voyageurs avant toutes choses, dit Cassiodore à ses frères et aux abbés qui les gouvernaient; faites l'aumône, revêtez les nus, donnez du pain à ceux qui ont faim. » Il ajoute que ceux à qui l'abbaye donnera l'hospitalité devront être nourris avec un soin même recherché, et qu'on leur servira des viandes même délicieuses. Un chapitre entier de son Institution est adressé aux religieux chargés du soin des malades , comme il y en a aussi un dans la Règle de Saint-Benoit. Non-seulement Cassiodore veut que les infirmiers servent avec dévouement les malades , mais il souhaite encore qu'ils se rendent très habiles dans la médecine et la pharmacie , et pour cela il leur prescrit les livres tant grecs que latins qu'ils doivent lire.

Telle était donc la règle et le but de l'institut de Cassiodore. Sans doute les premières abbayes n'étaient pas toutes aussi riches et aussi policées que celle-là ;

mais on retrouve , dans la Règle de Saint-Benoit, que tous les moines d'occident adoptèrent, et qui devint le code universel de la vie monastique , les deux traits principaux que nous venons de signaler dans les institutions de Cassiodore, savoir la culture des lettres et le travail corporel.

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