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LES MANUSCRITS

Les manuscrits sont l'objet principal de la diplomatique (1). Tous les vieux manuscrits qui existent encore sont écrits sur parchemin ou sur papier. Cette dernière substance se divise : 1" en papier égyptien , fait de la plante de papyrus ; 2° en papier de coton ou de soie [charta bombycina) , inventé en orient vers l'an 706 de notre ère, et dont l'usage n'a cessé entièrement qu'au milieu du quatorzième siècle ; 3° en papier de toile ; les antiquaires ne sont pas d'accord sur l'époque de l'invention de ce papier , mais la plupart pensent qu'elle date de la première moitié du treizième siècle , parce qu'il existe un diplôme de l'an 1243, écrit sur cette substance.

La plus ancienne mention des plumes à écrire se trouve dans un ouvrage du septième siècle. Parmi les encres, la noire a toujours été plus commune , aussi son origine remonte-t-elle très haut ; mais dans l'antiquité , cette encre ne contenait pas de vitriol comme à présent ; elle était composée de noir à poêle, de suie, de résine et de poix, d'ivoire brûlé, de charbon broyé, etc. On trouve aussi dans les vieux manuscrits de l'encre rouge d'une grande beauté, qu'on em-

(1) La diplomatique, qu'il ne faut pas confondre avec la diplomatie, est la science ou l'art de juger sainement des diplômes, chartes et titres anciens ; elle comprend la connaissance exacte de la nature des actes , de leurs formules et de leur contexture; la connaissance des écritures , des formes extérieures ainsi que des coutume» propres à chaque siècle et à chaque nalion.

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ployait à tracer le9 lettres initiales, les premières lignes et les titres des chapitres. C'est pour cette raison qu'on appelait ces titres rubriques, et les personnes qui les écrivaient rubricateurs (rubricatores). L'encre bleue paraît moins souvent dans les anciens manuscrits; les encres verte et jaune y sont tout-àfait rares. On traçait encore avec des encres d'or et d'argent soit des manuscrits entiers, qui sont d'une rareté extrême, et passent pour de véritables curiosités, soit les initiales des livres et des chapitres.

Quant à leur forme matérielle, on divise les manuscrits en deux classes, savoir : 1° les rouleaux [volumina), qui sont les plus anciens, à l'exception cependant , des manuscrits des troubadours qui ont quelquefois cette forme ; 2° les livres reliés ou brochés, c'est-à-dire les codices proprement dits.

Les personnes qui exécutaient les manuscrits

étaient, chez les anciens, pour la plupart, des esclaves, ou des affranchis [seribœ librarii) ; plus tard, les moines s'en occupèrent, particulièrement les Bénédictins, à qui ce travail était imposé par la règle de leur ordre. J)es correcteurs et des rubricateurs corrigeaient et ornaient les manuscrits sortis des mains des copistes.

Pour déterminer la date et la valeur des manuscrits, il ne suffit pas de considérer les circonstances indiquées plus haut, on doit surtout examiner le genre et la nature des caractères. Cependant il est plus difficile de découvrir, d'après l'écriture, l'ancienneté d'un manuscrit grec que celle d'un manuscrit latin. Quant aux manuscrits grecs, c'est une règle générale que plus les caractères sont légers, agréables et rapides , plus le livre est ancien , car l'écriture grecque est devenue de siècle en siècle plus raide et plus

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Fac-similé lire de la chronique de Chai les VII, par frère Jean Charlier, religieux de Saint-Denis

lourde. La présence ou l'absence des accents grecs ne décide rien relativement à l'âge des manuscrits. Au reste, on ne trouvera guère de manuscrits grecs plus anciens que le septième siècle , ou tout au plus au sixième.

On a classé les caractères latins, d'après leur grandeur, en majuscules et en minuscules ; et, d'après la forme qui leur a été donnée chez les différents peuples, et à de certaines époques, en caractères romains antiques, mérovingiens, lombards, carlovingiens [scriptura romana antiqua, merovingica, longobardira, rarolingica , etc.) A ces différents caractères, »J. faut ajouter les gothiques, dont l'usage date du

douzième siècle , et qui sont une espèce de minuscules anguleuses et bizarrement contournées. Pour chacune de ces écritures , on a établi des règles d'après lesquelles on peut découvrir l'ancienneté du manuscrit où elle est employée.

Antérieurement au huitième siècle, on ne trouve guère de ponctuation ; elle manque cependant aussi dans des manuscrits postérieurs à son adoption générale, et môme dans quelques-uns de ceux du treizième siècle et des siècles suivants. Les manuscrits sans division, en chapitres ou en autres sections, sont toujours très anciens. La réclame [eus t os) ou la répétition du premier mot d'un cahier au-dessous de la

dernière ligne du cahier précédent, appartient au douzième siècle et aux siècles postérieurs. Moins il y a d'abréviations , moins elles sont considérables et plus le manuscrit est ancien. Dans les manuscrits les plus antiques, les mots ne sont pas séparés, mais se suivent sans interruption aucune dans les lignes. L'usage d'espacer les mots n'est devenu général que depuis le neuvième siècle. La forme des chiffres arabes, dont, au surplus, l'emploi ne commence à devenir général que dans les manuscrits de la première moitié du treizième siècle, peut aussi servir de guide dans l'appréciation de l'âge des écrits. Plusieurs manuscrits contiennent à la fin l'indication de l'époque de leur exécution, codices (datés), et même de la personne qui les a faits ; mais on doit se garder d'avoir une foi aveugle dans cette sorte de souscriptions, car souvent la date qu'elles renferment est celle de la composition de l'ouvrage, ou bien elles ne se rapportent qu'à une partie du manuscrit, ou encore elles donnent des détails tout-à-fait controuvés.

Depuis la découverte des manuscrits d'Herculanum, on a la certitude qu'aucun"des autres manuscrits connus ne remonte au delà du premier siècle de l'ère chrétienne. En 1825, un Français voyageant pour M. Bankes, anglais, a trouvé dans l'île d'Éléphantine ( Haute-Egypte ) , un fragment de X Iliade, sur papyrus, contenant huit à neuf cents vers (à partir du 160e), (tracés en [belles lettres capitales. On pense que ce manuscrit date de l'époque des Ptolémées, et, s'il en est ainsi, c'est sans doute le plus ancien livre qui existe.

Dans le moyen-âge, on effaçait, on grattait l'écriture des anciens livres en parchemin , et on la remplaçait par de nouveaux textes. Ces livres récrits , dont le nombre n'est pas bien considérable, sont appelés des palimpsestes (codices rescripti), mais l'usage de ce procédé avait déjà cessé dans le quatorzième siècle, probablement parce que le papier commençait alors à devenir plus abondant: on les appelait aussi, dit M. de Golbéry, liber liturarius ou raturé et charta delctilis ou effacé ; on usait apparemment du stylet pour faire disparaître les anciens caractères. Ainsi l'on a détruit une multitude d'ouvrages précieux de l'antiquité ; mais, dans l'antiquité même , cet usage s'était établi à raison de la cherté, delà rareté des matières sur lesquelles on écrivait. Cicéron déjà écrit à Trebatius, le jurisconsulte : a Vous m'avez écrit en ■palimpseste. J'approuve l'économie ; mais je me demande ce que contenait donc ce papier pour que vous ayez préféré l'effacer à ne point écrire. Etaient-ce peut-être nos formules? Je ne suppose pas en effet que vous effaciez mes lettres pour y mettre les

vôtres. »

M. Mai , qui a tiré un si grand parti des palimpsestes , en cite quelques-uns qui avaient été faits sur papier'; ils sont fort rares. « Avec de la patience et de l'expérience, dit-il, on vient facilement ■' bout de la lecture des palimpsestes. Cependant, ils ont beaucoup de pages difficiles , et il convient de les rapprocher avec soin, les feuillets n'ayant pas toujours été griffés dans le même ordre pour la copie nouvelle que pour l'ancienne écriture. Les traces sont bien difficiles à reconnaître, et pour lire certains endroits, il faut un beau soleil, un jour serein. Une difficulté encore, c'est que les mots se suivent sans séparation,

sans virgule, et c'est tout au plus si de temps à autre on trouve quelques points. Les cahiers qui composaient ces livres n'étaient point, comme chez nous, composés de feuilles pliées ; mais on procédait , comme après l'invention de L'imprimerie, par feuilles assemblées , et , selon le nombre , ces cahiers s'appelaient duerniones, lerniones , etc. On peut voir dans la préface de la république de Cicéron, par le célèbre abbé Mai , des détails forts curieux sur les moyens qu'il a employés pour coordonner ces beaux fragments sur lesquels, après avoir poli le parchemin de nouveau , avait été écrit un commentaire de saint Augustin sur les psaumes.

M. Mai donne dans cette introduction des détails curieux sur les palimpsestes d'Italie en général, et notamment sur ceux de Vérone, desquels Niebuhr a tiré les institutes de Gaius. Il ne serait pas impossible, selon l'opinion de M. Mai , que plusieurs de ces palimpsestes provinssent du siècle d'Auguste même ; il compare les caractères de l'écriture à ceux des inscriptions de Pompeï et d'IIerculanum ; il prouve que les parchemins ont bien pu avoir cette durée. Il a publié beaucoup de fragments d'autres auteurs, grecs et latins, tous arrachés, par son infatigable travail, à des palimpsestes ignorés jusqu'à lui. Tels sont les fragments d'un traité de Gargilius sur les arbres fruitiers, ceux de Fronto, ceux de Dion-Cassius, dont Niebuhr a tiré ensuite un immense parti pour fixer un point d'histoire relatif au tribunat. »

[Dict. de la Converse lion.)

LE KOI JEAN ET SON ÉPOQUE

Sixième article. (Voir p. 278.)

Le traité de Brétigny mettait fin à trop de batailles pour ne pas être environné de toutes les solennités de la cléricature et de la chevalerie. Dix bannerets, portant éperons d'or, se rendirent à Paris par l'ordre d Edouard et du prince de Galles ; l'objet de leur mission était de faire ratifier et confirmer, par le régent, toutes les conditions du traité. Le prévôt fit réunir les bourgeois, et le régent leur lut le traité conclu avec l'Anglais ; ils en furent mécontents , mais enfin ils l'adoptèrent comme une nécessité malheureuse. Après cette sanction, Guillaume, de Melun , archevêque de Sens, célébra la messe ; et le régent, la main sur le missel et l'autre tendue vers le sanctuaire, jura qu'il observerait fidèlement les conventions arrêtées. Il y eut aussi serment et jurement sur l'évangile de la part du prince de Galles , en présence de six chevaliers de France, porteurs du traité scellé du grand scel du régent. Le roi Jean eut la permission de quitter Londres, et il vint en la compagnie d'Edouard jusqu'à Calais où il fut reçu avec joie. Le 2i octobre, dans une messe solennelle, les deux rois jurèrent sur l'autel qu'ils tiendraient l'un et l'autre toutes les clauses du traité de Brétigny; mais l'art. 12 qui portait une renonciation de Jean à tous ses droits de suzeraineté sur les provinces cédées, et de la part d'Edouard à

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toutes ses prétentions sur la couronne de France, ne fut point inséré dans la nouvelle charte écrite par le clerc du roi.

Lorsque les premières conditions du traité eurent été accomplies, et que Jean eut envoyé l'ordre aux châtelains de toutes les bastilles et de tous les castels de les rendre aux olïiciers du roi d'Angleterre, il put quitter Calais, et vint en sa bonne cour de Paris avec Philippe, son fils, noble enfant qui avait vaillamment combattu à Poitiers ; il avait partagé la longue captivité de son père. Les otages prirent la route de Calais pour se rendre aux prisons d'Angleterre ; car c'était une obligation de la féodalité que de subir la captivité comme caution de son seigneur captif. Le royaume ainsi se pacifiait. Lorsque Jean arriva à Paris , le régent venait de conclure une nouvelle paix avec le roi de Navarre ; les plus ardents défenseurs de la cause populaire furent amnistiés. Parmi les hommes dont le nom fut consigné dans les lettres de rémission, se trouva Robert Le Coq , évéque de Laon , ce zélé partisan des intérêts de la bourgeoisie pendant les états, l'ami du malheureux Marcel. Un des premiers actes de Jean en arrivant à Paris , fut de confirmer par son autorité royale, toutes les ordonnances faites par le régent pendant son absence. Les stipulations pécuniaires pour la rançon du roi Jean, occupaient les esprits ; il était de principe que tous les vassaux faisaient aide pour la rançon du suzerain , mais trois millions d'écus d'or ne pouvaient se trouver facilement parmi la chevalerie. Il fallut recourir à des moyens extraordinaires en dehors des principes féodaux ; les juifs eux-mêmes obtinrent de demeurer dans le royaume, moyennant une bonne rançon d'écus d'or qu'ils payèrent volontiers.

Jean mit le plus grand ordre et la plus grande simplicité en sou hôtel. On n'y voyait plus ces brillants varlets des cours plénières , ces nobles hommes richement dotés ; tout était simple , et les chambellans se plaignaient qu'ils ne faisaient plus grands bénéfices sur les draps et la cuisine du roi. Mais il fallait payer la rançon , et comment s'y prendre? Le roi spécula sur la dot de sa fille Isabelle, jeune et belle enfant qui n'avait point quitté la cour de Paris. Dans les bouleversements produits par les efforts de l'indépendance italienne, Galéas était parvenu à la seigneurie de Milan; c'était le frère de Barnabeo Visconti, ce fameux signor, contempteur de l'église; il avait été excommunié par le pape, et se moquait des bulles et des monitions. L'archevêque de Milan ayant refusé de consacrer un moine sur sa recommandation, Barnabeo lui dit : « Vieux ribaud, fléchis le genou ; sais-tu bien que dans ma terre je suis le seul pape, le seul empereur? » Galéas avait besoin de s'appuyer sur le crédit d'une grande alliance ; il acheta la jeune Isabelle quatre cent mille écus d'or, et l'on pleura beaucoup aux Tournelles de Paris d'être obligé de la livrer à une race de damnés. Mais la rançon ! et toujours la rançon excusait les sacrifices.

Le roi Jean, ainsi obligé de ruiner son royaume , de sacrifier sa famille, s'efforçait de réparer, par des mesures de bonne police, les misères qui pesaient sur le peuple. Ce qui désolait surtout les provinces , c'étaient les grandes compagnies qui , à la suite du licenciement des armées se formaient en corps avec

leurs chefs, et dévoraient ce que les guerres n'avaient pas entièrement détruit. Après le traité de Brétigny, parurent les lard-venus qui s'emparèrent de plusieurs castels et villes , de Toul , de Verdun , de Besançon , de Beaune. Un corps de chevalerie voulut s'opposer aux pillards , mais ce fut chose inutile ; de nobles barons périrent , et avec eux le duc de Bourbon, et si le marquis de Montferrat ne les eût appelés en Italie, ils auraient menacé Paris. Sur ces entrefaites, Philippe, duc de Bourgogne, le plus riche feudataire mourut à peine âgé de quinze ans , et laissa une opulente succession ; il avait fait une charte testamentaire par laquelle il léguait le duché de Bourgogne à monseigneur le roi Jean. Le monarque s'empressa de réunir la Bourgogne au domaine, mais au bout d'un an, il la donna à Philippe, son quatrième fils. Le roi Jean avait pour Philippe un vif amour, et le noble enfant le méritait. « Il s'est exposé , disait le roi, à tous les périls pour nous ; il était près de nous à l'infortune de Poitiers où il a été blessé. C'est pourquoi nous avons érigé en pairie le duché de Bourgogne, et constitué notre fils Philippe, duc et premier pair de France. »

La suite prochainement .

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