LES MINIATURES
Si l'on disait que miniature est synonyme de ruhi icjue , cela pourrait paraître extraordinaire , et cependant il est facile de le faire comprendre. Le mot rubrique désigne en effet les lettres en rouge dalis les livres ; de là vient qu'on donne aussi le nom de rubrique à la partie autrefois imprimée en rouge, et depuis en italique , dans les missels et autres livres liturgiques. Avant la découverte de l'imprimerie , de nombreux et habiles calligraphes étaient employés à écrire des livres. Pour donner plus de facilité à retrouver le commencement des chapitres, des paragraphes, ou alinéas, ils les commençaient par une lettre de couleur rouge, et ils employaient pour cela du minium, qui, comme on sait, est un oxide de plomb. Afin de rendre plus visibles encore ces lettres, on les orna d'arabesques , avec des enroulements et des feuilles comme celles des pampres de vigne. On finit par décorer les livres de sujets peints, qui reçurent le nom de vignettes ou de miniatures, parce qu'elles tenaient la place des lettres faites avec du minium.
Ces peintures, ces compositions, faites avec plus ou moins de talent, suivant le goût du siècle et la capacité de l'auteur , étaient toujours de petite dimension, et d'un travail soigné et minutieux.
Quelques personnes oubliant que ces peintures devaient être nommées miniatures , parce qu'elles remplaçaient les lettres faites avec du minium, crurent qu'elles devaient recevoir le nom de mignatures, parce
I) Cel article remarquable est extrait d'un des volumes ■ lu Dictionnaire de la Conversation , publié par M, Belin- Vlandnr. rue Christine
qu'elles avaient quelque chose de mignon. Ce sérail une faute d'employer cette manière d'écrire, bien que le mot se prononce souvent ainsi.
On trouve des miniatures dans des manuscrits du cinquième siècle. Le bon goût qu'on y remarque continue jusqu'au dixième siècle, mais alors il se perd et ne reparait que vers le milieu du quatorzième siècle, où elles offrent un vrai mérite sous le rapport de l'art.
Les miniatures donnent souvent beaucoup de prix aux manuscrits ; elles nous offrent les costumes, les armes, les meubles, de l'époque où elles ont été faites ; et, comme quelques-unes sont copiées sut des figures beaucoup plus anciennes , elles retracent les images d'objets perdus depuis long-temps , et que nous ne connaîtrions pas sans cela. Plusieurs de cetvignettes ont été gravées dans différents ouvrages, tels que ceux des savants Lambecius, Montfaucon et de Murr. L'abbé Rive en a publié de très curieuses, et maintenant M. Auguste de Bastard publie un ouvrage fait avec grand soin , et dans lequel il donne un nombre considérable de vignettes de dilférents siècles et de diiïérents pays. M. de Gaignères , gouverneur des petits-fils de Louis XIV, a formé une curieuse collection de costumes , qu'il a donnée à la bibliothèque royale. On y trouve un grand nombre de copies de très belles miniatures , plusieurs ont été gravées dans les Monuments dt (a monarchie française , par Mor.tfaucon . Cette même collection a été mise à contribution par MM. Beaunier , Le Comte et Hapdé , pour les ouvrages qu'ils ont publiés sur les costumes français. M. Willemin, dans les monuments inédits, a aussi donné un grand nombre d'objets tirés de miniatures ou de vignettes d'anciens manuscrits.
Le plus ancien que l'on connaisse avec des miniatures est celui de Virgile , qui existe dans la bibliothèque du Vatican ; elles ont été gravées par Pierre Santo-Bartoli. Parmi les manuscrits de la bibliothèque royale, à Paris, on peut remarquer le manuscrit de Froissard, source, en quelque sorte inépuisable, pour obtenir des renseignements sur un grand nombre de points de notre histoire et de celle d'Angleterre. Le livre des Tournois, publié par le roi René, offre aussi les choses les plus curieuses. On ne peut oublier de parler des Heures d'Anne de Bretagne, le plus riche et le plus beau manuscrit de ce genre , véritable chef-d'œuvre sous le rapport de l'art. Les vignettes du manuscrit de l'évangile de saint Cuthbetï, faites par saint Ethewald , offrent plusieurs points relatifs à l'histoire des arts en Angleterre. La para phrase poétique de la Genèse , écrite par Coedmon dans le onzième siècle, fait connaître les instruments et les ustensiles dont se servaient les Anglo-Saxons. Ces deux manuscrits font partie de la bibliothèque Cottonienne. Les miniatures qui accompagnent V histoire de Richard , indiquent les différentes coutumes relatives à l'art de la guerre dans le commencement du quinzième siècle ; c'est un des monuments les plus précieux de la bibliothèque harléienne. A la cathédrale de Pise, il existe un livre de chœur sur vélin, que l'on croit du douzième siècle. L'Exullet que l'on chante le samedi-saint y est orné de miniatures représentant des figures d'animaux et de plantes.
Comme les autres arts, sans doute, la miniature nous
vient des Grecs et passa par l'Italie ; mais on ne peut nier que c'est en France et aussi en Flandre qu'elle fut exercée avec le; plus de succès, et qu'elle atteignit à la perfection. En suivant dans les différents âges nos miniaturistes, on les voit faire des progrès à mesure que les ténèbres de l'ignorance se dissipent, (les progrès deviennent plus sensibles sous le règne de Charles V. Le duc de Berri, frère du roi, aimait les arts et les encourageait ; il aimait surtout les manuscrits ornés de miniatures.
.Malgré le nombre immense de miniatures qui existent, fort peu offrent le nom de leur auteur, probablement parce que la plupart vivaient dans les cloîtres. Cependant , nous en pourrions citer quelquesuns dont les noms nous sont parvenus , et parmi lesquels on remarque Uderic de Gubio, chanoine de Sienne , vivant en 1233, et cité par le Dante ; (îuido de Sienne et Simon Memmi, qui vivaient à la même époque ; François de Bologne , élève d'Uderic; Cibo, moine du quatorzième siècle ; 1). Lorenzo, Fra Beruardo, vivant en 1450, et qui reçut le nom de Buontalenti ; Cherardo, mort en 14-70; Barthélemi délia Gatta , abbé de Saint-Clément, en 1W0; Agosto Decio, Milanais; J.-B. Stefaneschi, religieux; Pierre Cesarei de Pérouse . qui a orné de miniatures plusieurs manuscrits conservés à la cathédrale de Sienne ; I). Silvestre, religieux à Florence; le P. Piaggi , Théatin ; Fouquet, miniaturiste de Louis XI ; Antoine de Cornpaigne , enlumineur de pincel , enterré à Paris, dans l'église de Saint-Severin. C'est avec son
bien et celui de sa femme Oudène qu'a été construit le deuxième pilier au midi de la nef de cette; église ; peut-être demeurait-il dans la rue de la Boutebrie, qui, à cette époque, portait le nom de rue des Enlumineurs; Jules Clovio, mort en 1578, et dont on cite un missel orné de vignettes du meilleur goût , et de dessins d'une exécution parfaite ; Jérôme Ficino, vivant en 1550; Jacques Argenta de Ferrare, en 1561 : Valentin Lomellino, en 1500 ; Anne Seghers, en 1550; et Jean Mielich, en 1572.
Lors de la découverte de l'imprimerie , les miniaturistes furent employés à orner les initiales des livres , ou à peindre des vignettes et des fleurons au commencement et à la fin des chapitres; cet usage continua surtout pour les missels et les livres d'heures. Mais bientôt les livres se multiplièrent à tel point, et se répandirent dans un si grand nombre de mains, qu'il aurait été difficile de continuer à les enrichir de cette manière. Aussi, les miniatures furent tout-à-fait abandonnées ; seulement, on y jeta, de distance en distance, de petites compositions gravées, qui reçurent et conservèrent le nom de vignettes, quoiqu'elles n'offrissent plus aucune ressemblance avec les pampres de la vigne.
Les miniaturistes cherchèrent donc un autre aliment. C'est alors qu'on les vit faire d'abord de petits sujets gracieux, que l'on encadrait, puis des portraits, dont on orna les boîtes , des bonbonnières , des bracelets; plus tard, des tabatières, et enfin des éventails. Di'Ciifsmî aine.
Miniature tirée de la chronique de Charles VII.