MOYEN D'AUGMENTER LA RECOLTE DES POMMES DE TERRE
L'année dernière, à l'époque où l'on récolte des pommes de terre, je me promenais dans les champs plantés de ce tubercule ; je m'aperçus que, sur quelques pieds que j'avais marqués çà et là, et dont j'avais coupé les fleurs au fur et à mesure qu'elles se montraient, le nombre de tubercules qu'on y recueillait était beaucoup plus considérable que sur ceux où la soustraction des fleurs n'avait pas eu lieu. De sérieuses réflexions que j'avais faites sur la végétation, m'avaient fait présumer que cela devait être ainsi. Le but de la nature, m'étais-je dit, n'est autre que la reproduction : si je supprime les fleurs, et, par conséquent les graines, je dois forcer la sève à descendre sur les
racines, et, par là, augmenter les tubercules, soit en grosseur, soit en nombre.
Cette première réussite m'engagea à faire une expérience plus concluante sur un cbamp assez vaste, continuellement sous mes yeux. Je lis planter ce champ avec soin de pommes de terre d'une même variété ; longue, de moyenne grosseur, peau rougeâtre, et intérieurement jaunâtre. J'en surveillai la végétation. Mon but, en plantant la même variété de ce tubercule exclusivement à toute autre, était d'obtenir une végétation semblable dans tous les plans, afin (pie mon expérience fût plus concluante.
La végétation fut belle ; les tiges atteignirent au moins un mètre de hauteur, et, lorsque les fleurs parurent, j'eus soin de les enlever toutes en coupant les tiges à trois ou quatre pouces au-dessous, en laissant dans chaque rang, çà et là, deux pieds de pommes de terre, sur lesquels je ne fis aucune soustraction, afin d'observer la différence des produits lors de la récolte.
Dans les premiers jours du mois d'octobre, je m'aperçus que les tiges et les feuilles des plantes qui n'avaient pas porté de fleurs, étaient vigoureuses et d'un vert intense, tandis que les autres étaient toutes jaunâtres dans un état de dépérissement ; leur fruit était presqu'en maturité. Je fis faire la récolte dans les derniers jours du mois. Voici les résultats que j'ai obtenus :
1° Chaque pied qui n'avait pas porté de fleurs fournit une corbeille pleine de tubercules d'une belle grosseur ; le poids moyen de la corbeille était de quinze kilogrammes (30 livres), et l'on ne trouva au pied que très peu de petits tubercules.
2° Chaque pied auquel j'avais laissé les fleurs et les fruits, ne donna qu'un petit nombre de tubercules d'une moyenne grosseur, et une infinité de petits tubercules de la grosseur, depuis une noisette jusqu'à celle d'une noix ordinaire. Le poids de la récolte de chacun des pieds, en y joignant même les petits tuhercules, n'atteignait pas, terme moyen, deux kilogrammes (4 livres).
Il est, par conséquent, incontestable que la soustraction des fleurs, pendant la végétation des pommes de terre, augmente considérablement la récolte des tubercules. L'expérience que je viens de rapporter a été répétée deux années de suite, et faite avec tous les soins possibles, L. S. Lenormand.
[Gazette Agricole et Vétérinaire).