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OF THE
UN1VERSITY Of ILLINOIS
BORO-BOEDOR
Boro-Bœdor est un magnifique temple situé au milieu de la province montagneuse de Kedu , dans l'île de Java ; on suppose qu'il a été bâti l'an 1338 environ ; sa structure est carrée , surmontée d'un dôme en forme de pyramide. Il embrasse la sommité d'une petite colline qui s'élève perpendiculairement de la plaine ( il embraces the sommit of a small hill rising perpendicularly from the plain), et consiste en une suite de six carrés entourés de murs ayant chacun des terrasses. Le monument a été mesuré en 1826 ; sa hauteur est de cent seize pieds , sa largeur de cinq cent vingt-six. Les côtés intérieurs et extérieurs des murs sont couverts d'une multitude de sculptures, et en diverses parties, il y a des niches qui contiennent plus de trois cents figures de Bouddha ( the outer and inner side of each ival are covered with a profusion of sculptures , and in various parts ares niches containing above 300 figures of Buddha). Les quatre façades principales de Boro-Bœdor , regardant les quatre points cardinaux , sont ornées de lions en pierre , animal qui du reste n'a jamais existé à Java. ;
Les desservants de Boro-Bœdor ne manquent jamais de faire raconter aux pèlerins qui viennent visiter le superbe temple , l'histoire d'un de leurs confrères , prêtre de Bouddha , qui , au commencement du dix-neuvième siècle, s'éloigna de l'île , et partit pour l'Indoustan. Nous empruntons quelques fragments de cette histoire au récit du même voyageur anglais qui nous a fourni les détails précités sur le temple de Boro-Bœdor.
« Jumsajie était mal vu par ses confrères, à cause de ses mœurs licencieuses , et de la négligence qu'il apportait dans l'accomplissement de son saint ministère ; ayant enfin laissé éteindre le feu sacré dont il avait la garde, il fut expulsé de la communauté. Vivement irrité de ce châtiment, il se réfugia avec sa fille unique , âgée de seize ans , dans les ruines du vieux Delhi. Jumsajie ressentait amèrement son injure , et par une triste compensation , il résolut de s'affranchir de toutes les lois de la société , et de rendre même à ceux qui ne lui faisaient aucun mal , tout le mal qu'il avait souffert. Il s'établit dans un antique tombeau des rois Patans, et bientôt il fut rejoint par trois prêtres , également proscrits par leur caste , qui associèrent avec joie leur destinée à la sienne. C'étaient des hommes d'une audace excessive ; au milieu d'eux pourtant , l'aimable fille de Jumsajie resta toujours pure , ainsi qu'un joyau parmi des pierres grossières. Soumise d'ailleurs , comme toutes les femmes d'Orient , aux volontés de son père , elle se conformait sans murmure à tout ce qu'il lui plaisait de décider. Peu de temps après l'arrivée des trois proscrits, certains indices firent soupçonner à la jeune fille que son père avait entrepris un genre de vie peu propre à lui rendre agréable la retraite qu'elle habitait ; en un mot , elle s'aperçut qu'il se livrait au brigandage , vocation qui certes ne convenait guère à un ancien prêtre de Bouddha. Toutefois, elle ne se permettait pas une plainte ; l'inquiétude de ses regards et sa démarche précipitée annonçaient seules les troubles de son esprit.
Jumsajie remarqua , sans en tenir compte , le changement qui s'opérait dans le caractère de sa fille ; elle passait de la confiante insouciance de la jeunesse à la fiévreuse agitation d'une crainte continue. Enfin , la vérité apparut dans tout son jour aux yeux de la jeune fille ; elle sut que son père s'était associé à une bande de voleurs du désert; il était dans l'habitude de s'absenter plusieurs jours , et quand il rentrait avec ses compagnons , c'était chargé d'un butin que l'on cachait soigneusement. Bientôt le nom de Jumsajie devint célèbre comme celui d'un chef de voleurs redoutables par leur nombre et leurs excès ; il avait soin de ne se livrer à ses brigandages qu'à une certaine distance du lieu de sa retraite, et il s'éloignait quelquefois pour plusieurs semaines avec ses complices , laissant sa fille avec la femme du seul d'entre eux qui fût marié. Cette société n'était pas faite pour calmer les chagrins de la jeune fille ; sa compagne , qui ne voyait rien à blâmer dans la conduite de son mari et de ses associés , passait le temps à lui préconiser le vol et à le justifier d'après les besoins de leur situation ; de sorte que la pauvre enfant , au lieu de goûter quelque repos d'esprit durant les absences de son père , se voyait contrainte de souffrir en silence les prédications du vice. Un jour son père faillit périr dans une de ses excursions. Les brigands qu'il commandait avaient volé , sur le territoire de Napaul , un riche voyageur , et après s'être emparés de son argent , ils s'étaient dispersés de peur d'être découverts. Jumsajie qui était resté sur le lieu du crime , vit tout-à-coup deux cavaliers bien armés , accourant vers lui au galop , accompagnés de l'individu volé. Il comprit de suite qu'il était l'objet de leurs recherches , et comme il lui eût été impossible de résister avec succès , il chercha son salut dans la fuite.
Jumsajie montait un petit cheval arabe vigoureux et sur la vitesse duquel il pouvait compter. L'instant était critique ; les cavaliers s'approchaient rapidement; aussitôt lançant son coursier à toute bride, il se sent emporté avec une telle vitesse qu'il en perd la respiration ; tous les objets passaient comme de» ombres devant ses yeux. Les cavaliers ne se découragèrent pas dans leur poursuite. Jumsajie vit que son espoir de salut était dans la sûreté de son cheval ; celui-ci grimpait la montagne au grand galop ; mais son souffle haletant et pénible annonçait que ses efforts touchaient à leur terme. Soudain il s'arrête devant un précipice ; les cavaliers armés s'avançaient de plus en plus; le criminel Jumsajie pouvait entendre leurs menaces , il pouvait juger de leur ardeur à s'emparer de lui. Il n'y avait pas un instant à perdre , et piquant son coursier immobile au-dessus de l'abîme , le léger animal , les naseaux gonflés , les oreilles droites , s'élance d'un saut vigoureux à plusieurs pieds au-delà du bord. L'un des poursuivants , sur le point d'atteindre le coupable , n'avait pas vu le précipice ; il ne put arrêter son cheval , et suivit dans sa chute l'ancien prêtre de Bouddha.
Le coursier de Jumsajie avait pris un tel élan qu'il passa bien au-delà des saillies du précipice , et alla tomber sur les broussailles touffues qui en garnissaient le fond. Cette circonstance sauva la vie de son maître qui en fut quitte pour un bras et une jambe cassés ; l'intrépide cheval fut tué sous lui. Quant au
cavalier qui les avait poursuivis avec acharnement , il ne fut pas si heureux ; son coursier accrocha un quartier de roche , le déracina par la violence du choc, et la pierre roulant au fond du gouffre avec le cavalier et sa monture , les écrasa tous deux. Rien qu'en proie à diverses souffrances , Jumsajie eut à se féliciter de son sort, en voyant son ennemi étendu mort à ses côtés ; incapahle de se tenir debout , il rampa comme il put, cherchant à sortir de la bruyère où il était tombé , et avec les plus pénibles efforts , il arriva à une ouverture où l'aspect d'un sentier fit naître dans son cœur l'espoir de quelques secours humains. Cet espoir se réalisa ; après quelques heures d'attente , un paria solitaire vint à passer dans le bois, l'aperçut et accourut lui offrir l'assistance dont il avait si grand besoin. Le paria habitait une misérable cahute , au milieu d'animaux carnassiers et de bétes venimeuses de toute espèce ; là , il transporta sur son dos le blessé , il le déposa sur la couverture en lambeaux qui lui servait de lit. Ce pauvre paria était exilé de sa tribu ; il vivait isolé , se nourrissant au jour le jour du produit de la forêt ; son existence sauvage n'avait cependant point tari dans son cœur la source des affections; il prodigua des soins à son hôte avec un zèle inépuisable , et au bout de deux mois , Jumsajie fut guéri de ses blessures ; il prit congé de son bienfaiteur , lui donna l'argent qu'il possédait, et rejoignit sa fille qui avait pris déjà le deuil de son père, ne doutant pas qu'il ne fût mort.
Quoique Jumsajie fût constamment resté fidèle à son plan primitif, qui consistait à ne commettre ses vols que dans des lieux éloignés de sa retraite , sa renommée n'en était pas moins répandue partout ; il crut donc prudent de quitter son asile solitaire, et de transférer sa demeure dans quelque monument moins isolé , et par conséquent moins en vue. Il y avait à choisir au milieu des ruines des environs ; il se décida pour un élégant mausolée , placé sur une éminence , et qui planait sur toute la ville moderne de Delhi ; nul ne s'étonnait de le voir habité , car rien n'est plus commun dans l'Inde que de rencontrer des gens qui , n'ayant pas le moyen de se bâtir une maison , s'emparent de quelque ruine pour y établir leurs pénates. Peu de temps après le déménagement, un incident vint rompre tout-à-coup la monotonie de l'existence de la fille de Jumsajie. Un jour qu'elle revenait de la rivière voisine , portant sur sa tête une cruche d'eau , elle fut poursuivie par un buffle furieux ; dans l'impossibilité de lui échapper, la jeune fille se retourna et attendit son ennemi de pied ferme, avec un sang-froid et une résignation que ne put ébranler l'imminence du danger. Déjà le buffle n'était plus qu'à quelques pas, quand tout-à-coup un jeune homme passant rapidement à côté d'elle , la couvrit de son corps, et fit face à l'animal. Le buffle baissa la tête pour le frapper , mais le jeune homme évita le coup par un saut vigoureux, et blessa son adversaire qui, après avoir essayé vainement d'atteindre son vainqueur, s'élança comme un dard à travers la plaine, et fut bientôt hors de vue.
La jeune fille avait contemplé son propre péril avec une sorte de calme et de recueillement ; elle ne put voir celui de l'étranger sans une violente agitation , et tomba évanouie sur le sentier. Son libérateur s'efforça de la rappeler à la vie et lorsqu'elle
reprit ses sens elle parut timide et troublée ; le jeune Anglais voyant sa peine, et connaissant l'invincible répugnance des femmes de cette tribu pour le contact de quiconque n'appartient pas à leur caste, s'éloigna de quelques pas , reçut les remerciements de celle qu'il venait d'arracher au péril , et placé à une certaine distance, il l'accompagna jusqu'à son habitation. Jumsajie ne fut pas médiocrement surpris de voir sa fille en compagnie d'un Anglais ; elle ne le laissa pas long-temps dans le doute , et lui raconta le danger qu'elle avait couru , et le dévouement du jeune étranger. Le père fit un accueil cordial au sauveur de son enfant, qui lui apprit que, congédié de l'armée anglaise pour avoir provoqué son supérieur en duel , il se proposait de prendre du service chez les Mahrattes , ne voulant pas retourner déshonoré en Angleterre. Jumsajie écouta attentivement le récit de l'étranger ; la similitude de son propre sort avec celui de l'Anglais , tout éloignée qu'elle était, éveilla sa sympathie ; il invita son hôte à s'établir momentanément dans quelqu'une des ruines environnantes , où il 6erait à l'abri de toute recherche.
Dans l'enceinte du mausolée se trouvait un appartement que Jumsajie et sa fille n'occupaient pas ; on le purgea , à l'aide du feu , de tous ses hôtes nuisibles , et ce fut là que le jeune Anglais s'établit. Bientôt le nouvel hôte parut avoir oublié son projet de servir chez les Mahrattes; Jumsajie reprit ses courses lointaines, et dans l'intervalle de ses absences, le jeune Anglais eut l'occasion de voir sa fille et de lui parler ; il découvrit au milieu des ténèbres où son esprit était plongé , un foyer précieux do lumière et de pureté morale , et il se demanda ce que serait une telle âme éclairée par le christianisme, si telle était sa beauté sous le joug d'une religion païenne. Dès-lors il eut l'idée de la convertir , voulant plus tard en faire sa femme. Deux mois s'étaient écoulés, et la gracieuse fille de Jumsajie annonça à son père sa conversion prochaine. Qui pourrait dépeindre la fureur et la rage de l'ancien prêtre de Bouddha ? Il tint conseil avec les compagnons de ses brigandages, et leur avis unanime fut de faire mourir la jeune fille ; la pensée d'adopter la foi chrétienne était à leurs yeux un crime irrémissible. Le père eut à soutenir une violente lutte avec luimême , avant de prendre une résolution si dénaturée ; à la fin pourtant le fanatisme l'emporta sur la tendresse paternelle, et il voulut se réserver l'exécution de la sentence.
Un bûcher fut dressé ; le jeune Anglais affrontant la présence du père inexorable , implora à genoux la grâce de son enfant. Jumsajie l'écouta avec un sourire satanique, et dédaigna de lui répondre. Le temps était lourd et couvert ; le coucher du soleil avait été le moment choisi pour la sinistre exécution ; dans l'après-midi , quelques coups de vent annoncèrent l'approche d'une tempête ; le tonnerre grondait , et de temps en temps la pluie tombait par ondées. On n'en continua pas moins les préparatifs. Un quartd'heure avant la disparition de la grande planète , la victime monta sur le bûcher , les éclairs se succédaient , la foudre éclatait avec fracas. Jumsajie ne se laissa point intimider par ces pronostics menaçants. Un silence solennel régnait dans la plaine ; sou-
dain , tandis qu'on s'apprêtait à mettre le feu aux matières inflammables, un éclair brilla, le tonnerre frappa le bûcher , dispersa ses matériaux , tua la jeune fille , et fit tomber mort son inflexible père. C'était le dieu Bouddha qui , dans sa colère vengeresse , avait lancé le feu du ciel ! »
Telle est la singulière histoire que récitent aux voyageurs les desservants du temple de Boro-Bœdor ; le dénouement de l'aventure excite leur vénération profonde ; ils s'agenouillent en songeant à la puissance de Bouddha; « c'est lui, disent-ils, qui voulut infliger une doublepunition à cette famille, coupable d'avoir abandonne son culte : » Bouddha , le grand Bouddha, ajoutent-ils, ne permet pas qu'on le trahisse ; il ne pouvait souffrir ni le brigandage d'un homme qui autrefois l'avait adoré , ni le changement de religion de sa fille , crime plus horrible encore. » Ce n'est pas en vain que de magnifiques temples ont
été élevés à Bouddha ; ils témoignent de sa majesté et de son pouvoir formidable. » De tous ces temples , répétons-le, en finissant, Boro-Bœdor est le plus riche , le plus curieux , et la gravure que nous publions aujourd'hui donnera à nos lecteurs une idée exacte de la bizarrerie de cet édifice.
ÉTUDES BOTANIQUES
Suite de l'article sur les tiges. [Voir p. 46.)
Le liber se métamorphose chaque année en bois et en écorce ; la partie joignant le bois se lignifie et forme Y aubier, celle qui touche à l'écorce devient une couche corticale. Lors de la végétation, le cambium suinte de l'écorce et de l'aubier, s'étend entre deux, et forme une nouvelle couche de liber qui se renouvelle ainsi tous les ans.
( Troisième planche des études botaniques.
Dans les tiges herbacées, le cambium, au lieu de former un liber, se porte dans toutes les parties de la plante pour développer les organes de la végétation et de la fructification. Il s'épuise en peu de temps, et, à la fin de l'année, se trouve entièrement converti en une substance sèche, aride, ligniforme, qui, ne pouvant produire du nouveau cambium comme font l'écorce et l'aubier des arbres, se dessèche et meurt, faute de principes organiques qui entretiennent la végétation. Telle est la cause qui produit une si grande différence dans la durée des végétaux ligneux et herbacés.
C'est par le moyen de vaisseaux poreux qui parcourent l'aubier et le bois, que la sève, qu'il ne faut pas confondre avec le cambium, circule dans le végétal. La sève nourrit les parties qu'elle parcourt, mais elle ne devient capable d'organiser de nouvelles parties que quand elle a été élaborée en cambium par l'action du liber et de l'aubier. Avec l'âge, les vaisseaux poreux s'obstruent par l'épaississement de leurs
parois, ils finissent par disparaître, et le cours des liquides est à jamais interrompu.
Une tige peut être herbacée , molle et de môme nature que l'herbe; succulente ou charnue ; fistuleuse, ayant un canal vide, avec ou sans interruption dans toute sa longueur ; ligneuse, formée d'un bois plus ou moins solide et durable. On dit cette dernière arborée , grosse et formant un arbre ; arborescente , moins grande , ne formant qu'un arbrisseau ; frutiqueuse , comme la précédente, mais moins ligneuse ; frutescente ou fruticuleuse, de même, mais dépourvue de gemmes ou bourgeons ; sous-frutescente , basse , à peine ligneuse, tenant le milieu entre l'herbe et le bois.
Une tige est grimpante, fig. 3, quand, pour s'élever, elle s'attache aux corps voisins par le moyen de petites racines, de vrilles, cirrhes, ou par sa propre torsion ; volubile, fig. 4, tournant en spirale autour des corps eontre lesquels elle se soutient et s'élève. Dans ee cas, il existe un fait extrêmement singulier,
c'est que toutes les espèces qui tournent de gauche à droite ne tournent jamais de droite à gauche , et celles qui tournent dans ce dernier sens ne tournent jamais de l'autre côté ; on a heau les contraindre par tous les moyens possibles , les détortiller et les placer dans un autre sens, aussitôt qu'elles sont libres, elles reprennent leur première position ; ce fait est inexplicable dans l'état actuel de la seience.
Quand une tige n'a pas d'aiguillons ni d'épines, on la dit inerme. Les épines, fig. 5, sont un prolongement du bois, comme dans l'aubépine; les aiguillons, fig. 6, ne sont qu'un prolongement de l'épiderme, qui se détache aisément de l'écorce , comme dans le rosier.
De la gemmation.
On appelle ainsi tout ce qui est relatif au bourgeonnement des plantes. La gemmation se montre sous les formes de boutons, de bulbes, de bulbilles et tubercules :
1° Un bouton ou gemme, fig. 7, est le rudiment des nouvelles pousses, naissant sur les tiges et sur les branches ; c'est le berceau renfermant les rudiments des feuilles, des fleurs et des branches. La nature, pour le garantir des intempéries des saisons, jusqu'au moment marqué pour son développement, l'a entouré d'écaillés sèches et scarieuses, d'une substance laineuse , ou d'un enduit glutineux qui le défend contre le froid et l'humidité. On trouve ces enveloppes sur toutes les plantes dans les pays où l'hiver a quelque rigueur ; elles manquent à la plus grande partie des végétaux qui croissent dans les climats chauds , à moins qu'ils n'habitent de hautes montagnes ;
2° Les bulbes ou ognons, fig. 8, ont été fort longtemps confondus avec les racines par les botanistes, et le sont encore aujourd'hui par les cultivateurs. Une bulbe consiste en un plateau large, plat, assez mince, horizontal, émettant les racines à sa partie inférieure, et portant au milieu de sa partie supérieure les rudiments des feuilles, de la hampe et des fleurs. Le tout est enveloppé de plusieurs rangs d'écaillés très larges et circulaires , ou étroites et imbriquées, formées par des feuilles avortées. Quand les écailles sont d'une seule pièce, et embrassent toute la circonférence de l'ognon en s'emboîtant les unes dans les autres , comme dans l'ognon de cuisine , on dit la bulbe tuniquée; si elles sont étroites et libres par leurs côtés, comme dans le lis, la bulbe est écailleuse, fig. 9 ; elle est solide , lorsque les écailles sont tellement confondues, qu'elles ne paraissent former qu'une seule masse charnue, par exemple, l'ognon de safran, de tulipe ;
3° Les bulbilles ne diffèrent des bulbes que parce qu'elles naissent sur différentes parties de la plante, par exemple, aux aisselles des feuilles, à la bifurcation des rameaux, etc. Les végétaux qui les produisent sont vivipares ;
k" Les tubercules sont des réceptacles charnus, des collets très développés, qui émettent des bourgeons et des racines. Ce qui les distingue particulièrement des bulbes solides , c'est qu'ils peuvent porter plusieurs gemmes placés à différentes parties de leur surface, comme, par exemple, la pomme de terre, le topinambour , etc
Des Feuilles.
On donne le nom de feuilles à des expansions vertes ou verdàtres, naissant sur la tige ou sur les rameaux, ou partant du collet de la racine. On étudie : 1° leur contexture; 2° leur espèce; 3° leur préfoliation ; k" leur insertion ; 5" leur disposition respective ; G" leur direction ; 7° leur consistance ; 8" leur pubescence ; 9° leur durée.
1" Contexture. Dans une feuille, fig. 1, il y a ordinairement deux parties à distinguer : le limbe, a, partie le plus souvent plate, comme laminée, formant la feuille tout entière, excepté le pétiole, b, ou petit pied qui lui sert de support. Le limbe se compose de la surface ou page supérieure, et de la surface ou page inférieure.
Une surface, page, disque, ou lame, peut être : lisse, luisante, visqueuse, scabre ou raboteuse, chagrinée ; pertuse ou percée de trous larges et distribués inégalement; fenestrée, manquant de parenchyme dans de certaines places où les réseaux des nervures n'en existent pas moins; cancellée, fig. 2, n'ayant point de parenchyme, mais seulement des nervures et des veines formant un réseau à jour, comme un treillage. Plane, concave, convexe; canaliculée ou creusée en gouttière dans toute sa longueur par plusieurs sillons.
La surface d'une feuille peut être : glabre, c'est-àdire sans poils ni glande; pubescente, couverte de poils courts, faibles et mous, imitant un duvet ; velue, quand le poil imite le velours; soyeuse, lorsqu'il est serré, luisant, doux au toucher ; cotonneuse, laineuse, quand les poils donnent à la feuille une apparence laineuse ou cotonneuse ; hispide, si le poil est hérissé, raide , fragile, tubercule à sa base ; pulvérulente , comme couverte de poussière ; et furfuracée quand cette poussière ressemble à une farine grossière ; colorée, d'une autre couleur que le vert, et, dans tous les cas, on détermine sa couleur ; glauque, d'un vert de mer occasionné par une poussière fugace, d'un blanc bleuâtre.
Achevons la description de la surface du limbe, et nous reviendrons sur cette poussière glauque, qui offre un phénomène des plus singuliers. Le parenchyme d'une feuille est toute cette partie du limbe qui est molle, cclluleuse, verte, et qui n'a pas de nervure. Les nervures, fig. 1, c, sont ces petites lignes fibreuses qui parcourent le limbe en divers sens, en forment le squelette, et soutiennent le parenchyme. On les dit simples, non ramifiées, et dans ce cas la feuille peut être uninervée, fig. 10, ou à une seule nervure; trinervée, fig. 11, en ayant trois; quinquenervée, septemnervée, novemnervée, et multinervée, en ayant quatre, sept, neuf, ou beaucoup. Les nervures se disent : pennées, fig. 12, une seule partant de la base, et émettant de côté et d'autre des nervures sur un seul plan, comme les barbes d'une plume ; pedalées, fig. 13, quand deux nervures principales, en divergeant beaucoup , émettent entre elles des nervures parallèles et perpendiculaires sur les deux principales ; nervato-veinées , fig. 14, lorsque les nervures se subdivisent plusieurs fois et se terminent en veines. On donne le nom de veines à des nervures peu proéminentes et peu sensibles au tact. Revenons à la poussière glauque.
Les plantes sont répandues sur toute la surface du globe, dans les régions sèches comme dans celles qui sont humides ; elles vivent également, selon les espèces, dans les climats froids ou chauds, sur les montagnes ou dans les vallées, sur la terre, sur les ondes ou dans le sein des eaux ; aussi, la nature a-t-elle, en conséquence , arrangé leur organisation , diversifié leur constitution. Dans les climats humides, où les pluies sont longues et fréquentes, les végétaux qui ont les feuilles épaisses, molles, charnues, pourriraient bientôt s'ils n'étaient pourvus d'une sorte de robe imperméable à l'eau. Cette robe n'est rien autre chose qu'un enduit de cire pulvérulente, couvrant toutes les parties succulentes, et par conséquent sujettes à être attaquées par l'humidité, et cette poussière de cire est ce qu'on appelle la poussière glauque. Vous la voyez sur la feuille du chou, sur celles de toutes les plantes grasses, sur les fruits charnus, tels que la prune, le raisin, etc., mais jamais sur les parties sèches, ligneuses, ne craignant pas le pourri, ni sur celles qui sont munies d'un épiderme solide suffisant pour les garantir. Prenez une feuille de chou, par exemple, et jetez de l'eau dessus ; loin de s'attacher à la feuille, elle glissera dessus en forme de globule, et roulera bientôt jusqu'à terre sans laisser la moindre trace de son passage.
Pour les plantes qui croissent dans l'eau, la poussière glauque eût été un préservatif insuffisant ; aussi a-t-elle subi une modification. Elle est devenue un enduit luisant, visqueux, tout-à-fait analogue à celui qui recouvre les écailles des poissons, et produisant le môme effet ; mais, au lieu de recouvrir les feuilles seulement, toutes les parties submergées de la plante en sont comme vernies, ce qui les rend impénétrables à l'élément dans lequel elles flottent.
La nature ne s'est pas bornée à cela pour la conservation des végétaux aquatiques. Vous avez vu comment est composée la tige de ceux qui croissent sur la terre ; ici il y a une modification très remarquable. On conçoit aisément que, sans cesse battues par les flots, entraînées par les courants, les tiges des plantes submergées seraient bientôt étendues sur la vase, au fond des rivières, si elles n'avaient un moyen de se soustraire aux inconvénients de l'élément qu'elles habitent. La tige , non-seulement est vernie comme nous l'avons dit, mais encore elle est creuse, et divisée en un grand nombre de cellules assez grandes, nommées lacunes, pleines d'air, et séparées entre elles par des membranes très minces, très légères, sèches et transparentes, appelées diaphragmes. Ces lacunes remplissent l'office des vessies que les enfants se mettent sous les bras pour se soutenir sur l'eau en apprenant à nager. Elles soutiennent les tiges à la surface, ou les y ramènent lorsque le courant les a entraînées au fond.
Vous ne trouverez jamais ni poussière glauque , ni vernis , sur les plantes terrestres que leur constitution sèche, ou le climat qu'elles habitent, mettent à l'abri des atteintes de l'humidité ; mais vous pourrez observer, sur les montagnes arides, dans des sols rocailleux ou brûlés par la chaleur, un phénomène absolument contraire. Là, il faut aux racines une humidité que souvent elles ne trouveraient pas dans le sol, si leurs feuilles n'offraient une particularité que voici : Toutes, au lieu d'être penchées vers la terre, forment avec la
tige, un angle aigu de quarante-cinq degrés, plus ou moins, et dont le sommet regarde le sol. Leur base est ordinairement embrassante , c'est-à-dire qu'elle enveloppe la tige au moins dans la moitié de sa circonférence. Le limbe a ses côtés un peu relevés, d'où il résidte que la pluie ou la rosée, en tombant sur la surface supérieure de la feuille, glisse dessus comme sur un toit, coule sur la tige qui conduit l'eau directement sur les racines. Dans les végétaux qui peuplent les terres marécageuses, les feuilles, au contraire, sont disposées de manière à écarter les eaux de pluie des racines, qui en sont déjà trop abreuvées.
On a remarqué que la nature a couvert de poils certaines plantes pour augmenter l'étendue de leur surface absorbante ; aussi, celles qui croissent dans les pays secs, où l'air est plus chargé de gaz nutritif, en sont-elles plus chargées que les autres.
Dans la cardière ou chardon bonnetier, cette prévoyance de la nature est très singulière. Cette plante croit dans les sols rocailleux les plus secs, et elle y périrait bientôt si elle ne faisait , pendant les pluies ou les nuits de rosée, une provision d'eau pour plusieurs jours. Ses feuilles sont très grandes, larges, et placées deux à deux sur la tige , l'une d'un côté et l'autre de l'autre. Toutes deux sont soudées par leur base de manière à former un vase en entonnoir, traversé par la tige , et souvent capable de contenir jusqu'à un demi-litre d'eau et plus. Ce vase, ou plutôt ces vases, car il y en a autant que de paires de feuilles, se remplissent d'eau de pluie ou de rosée, et la conservent dans toute sa limpidité, jusqu'à ce que la plante l'ait totalement absorbée, c'est-à-dire pendant sept à huit jours, plus ou moins, selon la chaleur de la saison, et le nombre des petits oiseaux qui viennent quotidiennement s'y désaltérer pendant les chaleurs de l'été. Boitard.