MUSEE ESPAGNOL AU LOUVRE
l'assomption et la vierge de murillo.
Si l'on voulait commencer l'histoire de la peinture espagnole avec les premières tentatives, il faudrait remonter jusqu'au dixième siècle, et même encore plus
haut. Ces tentatives consistent en miniatures exécutées sur les manuscrits. Comme partout ailleurs, on y voit dominer le style byzantin, puis le style gothique. L'Alhambra contient de remarquables spécimens de cette seconde manière. Selon toute apparence , ils sont dus à des Espagnols, car la loi religieuse défendait aux Maures l'exercice des arts empreints sur le plâtre. Ces peintures décorent le plafond de certaines salles. L'une d'elles longe les murailles et représente une chasse ; d'un côté, on voit des Arabes ; de l'autre, des chevaliers chrétiens. Une seconde offre aux yeux un divan tenant séance ; une troisième, des combats entre les Espagnols et les infidèles. Toutes portent le cachet du quinzième siècle. Vers cette époque, l'art péninsulaire commença à se développer et à produire des œuvres importantes. Schepeler décrit ainsi les qualités particulières de l'école ibérique, au quinzième siècle. « Le coloris n'a pas autant d'éclat que celui des anciens peintres germaniques ; il est seulement plus doux ; on croirait qu'un voile flotte sur l'image; l'exécution en acquiert une grande largeur. Plus tard, l'école vénitienne charma surtout les Espagnols ; son ample dessin et son coloris vigoureux s'accordaient avec la manière nationale. Ajoutez à ce~signalement une grande hardiesse de pinceau, une facilité à rendre les conceptions d'une imagination ardente, et vous aurez les traits distinctifs de l'école espagnole. »
Le dix-septième siècle vit l'art espagnol atteindre son plus haut degré de splendeur. A l'influence italienne se joignit alors l'imitation de Bubens et de Van Dyck. On sait que le premier visita la Péninsule. Les différentes écoles se dessinent nettement ; celle de Séville produit le plus grand nombre d'hommes célèbres. Au commencement du siècle, elle naît et se développe ; vers le milieu, elle déploie tout son éclat. Parmi ses fondateurs, on remarque Boelas et Francisco Herrera, Roelas introduisit en Espagne la couleur vénitienne; il imitait la nature avec grandeur, et savait ennoblir ses formes. Plein d'ardeur et de courage , il travaillait constamment; les églises d'Olivarès, de Séville, de Madrid, les académies d'Aranjuez et de Cordoue sont remplies de ses œuvres. Herrera peignait d'une manière large et hardie, ignorée jusqu'alors. Il exécutait avec une espèce de fureur; son caractère ne montrait pas moins d'emportement. Il se servait de joncs pour dessiner et de brosses pour appliquer le coloris. Lorsqu'il était pressé, il ordonnait à sa servante d'éparpiller sur la toile des couleurs à sa fantaisie ; elle saisissait alors son balai, et s'acquittait au plus vite de la besogne. Avant que le barbouillage fût sec, Herrera le changeait en figures largement drapées et d'un grand caractère. C'est là un fait tellement certain qu'on ne peut le révoquer en doute. Juan del Castillo et Vasquez appartiennent à la même époque ; le premier eut l'honneur d'instruire Murillo.
Murillo naquit à Séville en 1618 ; enfant encore, ses progrès furent rapides, mais son maître étant allé s'établir à Cadix, Murillo resté sans guide, se mit à peindre des bannières et des tableaux de pacotille pour expédier en Amérique. Il entrait dans sa seizième année, lorsqu'il résolut de se rendre en Italie ; dénué de fortune, il se voyait dans l'impossibilité de subvenir aux frais d'un tel voyage; enfin, réunissant toutes ses ressources, il achète de la toile, la divise en une multitude de carrés, y peint des sujets de dévotion et des fleurs; il les vend
pour l'Amérique, et, avec le modique produit de cette vente, il se met en route à l'insu de ses parents et de ses amis. Il arrive à Madrid, s'adresse à Velasquez sou compatriote, et lui fait part de ses projets. Velasquez le reçoit avec bonté, lui donne d'excellents conseils, lui prodigue des encouragements, et le détourne du voyage de Home, en le servant d'une manière encore plus efficace par les nombreux travaux qu'il lui procure, soit à l'Escurial, soit dans les différents palais de Madrid. Au bout de trois ans, Murillo revint à SéviUe. Son retour fit d'abord peu de sensation ; mais tout ce qui sortait de son pinceau ne tarda pas à frapper d etonnement, et il réunit bientôt une fortune plus qu'indépendante, Loin d'imiter tant d artistes à qui la vogue fait négliger le soin de leur gloire, Murillo se perfectionna de plus en plus ; il mit plus de vigueur dans ses tons, plus de franchise dans sa touche. Placé au premier rang des peintres de son pays, il suffirait à lui seul pour constater le mérite trop peu apprécié de l'école espagnole.
On a souvent confondu les toiles de Murillo avec celles de Paul Véronèze, tant leur manière se ressemble ; quelques écrivains ont môme surnommé le peintre de Sévillc, le Van Dyck espagnol. On serait tenté de lui donner un titre plus glorieux encore, surtout quand on admire ces vierges dont il aime à élever les regards divins vers le ciel ; Murillo est alors le Raphael des Castilles. Son Assomption est un admirable
morceau de peinture moelleuse et fraîche, de suaves carnations, de brillants coloris où il a prodigué cette entente de couleurs qui surprend toujours dans ses œu- \ res.M urillo parut encore se surpasser dans les tableaux qu'il peignit pour sainte Marie-la-Rlanche , dans la Conception dont il orna la cathédrale, et surtout dans la suinte Elisabeth et VEnfant prodigue qu'il exécuta pour l'église de la Charité. Il fit à peu près à la même époque (1674), pour l'hospice des Vénérables, une autre Conception à laquelle l'école lombarde elle-même a peu de chose à comparer. Il serait trop long de rappeler tous les ouvrages dont cet artiste a enrichi les églises et les couvents de Séville. Appelé à Cadix pour peindre le maître-autel des Capucins, il y exécuta son magnifique tableau du Mariage de sainte Catherine. Sur le point de le terminer, il se blessa grièvement, et mourut le 3 avril 1082.
On raconte qu'un jour à Séville, Murillo, prosterné au pied du maitre-autel de l'église, était plongé dans une sublime extase devant une descente de croix de Campana, tableau alors placé au-dessus de la sépulture; du célèbre peintre. L'heure de fermer l'église étant venue, le sacristain s'approche de Murillo, et le prie de se retirer. L'artiste restait immobile : « Qu'attendez-vous donc, lui dit le sacristain? — J'attends, répondit Murillo, que ces saints personnages aient détaché le christ delà croix. » Il s'était transporté au milieu de l'action et du drame des siècles chrétiens.
( L'assomption de Murillo. )
HINDOUS! AN. — BEJAFOOll.
Réservoir de la grande mosquée.