‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 30 sur 166 · LES VARECS OU FUCUS · texte numérisé non relu

LES VARECS OU FUCUS

Des fucus en général , leur emploi. — Le fucus-trompette chez les Hottentots.

Qui n'a pas entendu parler de ces goémons gigantesques, dont les rameaux immenses flottent à la surface des mers , comme autant de bras prêts à saisir les navires dans leur course? Étonnants enfants de l'Océan , dont les replis herbacés servent de demeure à des milliers de mollusques , et dont les racines pénètrent les fentes les plus imperceptibles des rochers. C'est, au dire de certains'auteurs, à l'aspect effrayant de ces plantes que doivent leur origine et le kraken et le serpent d'eau, et tous ces monstres marins, dont les tentacules redoutables avaient arraché jusque sur le tillac de robustes matelots pour les dévorer dans les flots. Ces gouffres de Charybde et de Scylla , si fameux dans les fastes de la navigation des temps héroïques , ne furent , suivant les mêmes auteurs , que des amas de ces immenses varecs , dont les frondes avaient été transformées par l'imagination , et surtout par la peur, en bras ravissants qui s'élançaient de dessus les écueils de la mer de Sicile pour submerger les vaisseaux. Quoi qu'il en soit de la source de toutes ces traditions , que ces varecs auraient été vraiment transformés en monstres de l'Océan , ou que , comme d'autres le prétendent , ces récits démontrent l'existence d'un polype géant, les goémons et toutes les fucacées en général , attireront toujours l'attention de l'observateur de la nature par la singularité de leur structure : Rien de plus varié d'abord que leurs formes et leur aspect, que leur couleur, tantôt d'un vert foncé, tantôt transparente comme de l'eau; leurs racines sont presque imperceptibles et leurs extrémités le disputent en grosseur à la tète de l'homme; leurs feuilles sont planes, rameuses, presque toujours traversées par une ligne médiane ; la teinte en varie suivant l'âge de la plante. Nous avons dit tout à l'heure que les goémons s'attachaient par leurs racines aux rochers , il en est de même de presque tous les fucus , mais cette pierre aride n'est pour le fucus qu'un appui propre à le fixer au milieu de l'agitation des eaux. Un petit nombre végètent entièrement dans les ondes sans demander à la terre ni nourriture, ni point d'attache. Thumberg, voyageur célèbre qui a parcouru les mers de la Chine et du Japon , dit en avoir vu flotter librement sur l'Océan , dont les principes muqueux qui s'y trouvent répandus , sont sans doute absorbés par ces varecs. Quoiqu'on rencontre des fucus à peu près dans toutesles parties du globe, néanmoins ils se montrent rarement avant le 30° de latitude nord. A peine ces plantes ont-elles trouvé un lieu propre à leur végétation, qu'elles s'y multiplient avec une singulière rapidité , et forment par leur amas de vastes tapis , dangereux réseaux dans lesquels sont venus se prendre plus d'un navire et qui portèrent jadis la consternation parmi les compagnons de Christophe Colomb. Le frappement continu des vagues détache souvent de ces forêts herbacées des rameaux que le mouvement delà mer jette bientôt sur la côte. Là, dans les plages de la France occidentale , comme sur les bords de la Baltique et du Cattegat , ils sont ramassés avidement ; dans la première contrée , ils servent d'en-

grais et de nourriture aux bestiaux; dans la Scandinavie, ils sont employés à recouvrir la cahute du pécheur.

Les usages des varecs sont aussi nombreux que les espèces en sont variées. La médecine emploie comme vermifuge lo fucus helmintbocorton, connu vulgairement sous le nom de mousse de Corse, un grand nombre d'autres paraissent jouir de différentes propriétés thérapeutiques. La physique a employé certains fucus comme hygromètres, c'est-à-dire comme instruments propres à mesurer l'humidité de l'air. Confits dans du vinaigre, les varecs fournissent un aliment au pauvre, et même certaines familles méritent par leur saveur sucrée, de figurer sur les tables les plus délicates ; c'est à leur présence, dans l'espèce de ciment dont ils sont formés, que les nids d'hirondelle de la Chine et du Japon, doivent.leur célébrité culinaire ; enfin, le fucus siliqueux forme la nourriture presque habituelle des habitants de certaines contrées du nord de l'Angleterre. Mais c'est l'industrie qui retire des varecs une plus réelle et solide utilité. Il y a cinquante ans, les Espagnols vendaient encore en France, au prix de l'or, la soude qu'ils recueillaient sur leur littoral ; aujourd'hui, grâce aux expériences d'estimables savants, l'extraction de la soude a lieu dans notre patrie, partout où se trouvent ces thalassiophytes. Sur cinq cents parties, les cendres des fucus donnent dix-huit parties de soude , c'est même à cette extraction que l'on doit la découverte de l'iode, ce corps simple , d'un si heureux emploi en médecine. C'est en 1812, que M. Courtois découvrit dans les cendres de ces plantes marines, la présence d'un corps nouveau que bientôt M. Gay Lussac fit connaître avec tant de détails, sous le nom d'iode, à cause de sa couleur.

Nous avons dit que les espèces de fucus sont nombreuses, nous en avons déjà cité plusieurs ; nous en rappellerons encore quelques autres qui se recom-

mandent à l'attention doa naturalistes par leur usage ou leur structure particulière. Dans les mers des zones tempérées, le fucus natans, appelé aussi sargasso, ou raisin de mer, se présente le plus fréquemment; on le reconnaît à ses feuilles d'une couleur foncée, épaisses, alternes et pétiolées, à sa tige longue et cylindrique; c'est à cette espèce qu'appartiennent les goémons. Le fucus vésiculeux gemble avoir été ce célèbre quercus marina des anciens, qui croissait au fond de la Méditerranée, dont les rameaux s'attachaient aux coquillages, et servaient à teindre les laines. Enfin, les côtes du cap de lionne-Espérance sont souvent couvertes d'une autre sorte de varec, tel que si l'on applique la bouche au trou de la base, on en tire des sons analogues à ceux de la trompette, d'où lui est venu le nom de fucus-trompette. Les ilottentots donnent à cette plante le nom de oacac, onomatopée, qui représente assez bien le bruit qu'on fait sortir de cette trompe marine d'une nouvelle espèce. Après avoir subi certaines préparations de la part de ce peuple grossier, ces thalassiophytes servent d'instruments funéraires. A chaque homme qui meurt, le son du rauque oacac se fait entendre sur la tombe du défunt, musique lugubre qu'accompagne le chant plus lugubre encore d'une épouse éperdue. Après la cérémonie funéraire, la trompette est suspendue dans la cahute du fils ou de la veuve. Jamais elle ne sert deux fois; une mort nouvelle demande un nouvel instrument. Ceux qui sont destinés à déplorer le trépas d'un mari , sont bleus, pour un (ils, ils sont verts, jaunes, pour un frère. Malheur au vieillard qui a vu sa demeure se tapisser de oacacs, c'est que le dieu mauvais s'est attaché à ses pas ; qu'il a méprisé tous les jours ses offrandes; le oacac ne se fera pas entendre sur ses cendres, car |a mort est un bienfait pour lui ; toute la peuplade s'en réjouit, et le deuil n'assiste pas à ses funérailles. Ai.fbkd Maury.

( Les varecs ou fucus. )

LA KUE SA1NTE-UKSULE, A LA VALETTE ( Malte).

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