‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 36 sur 166 · DANSE CIIEZ LES PEUPLES DE LA PETITE RUSSIE · texte numérisé non relu

DANSE CIIEZ LES PEUPLES DE LA PETITE RUSSIE

La Petite-Russie comprend les quatre gouvernements de Kief, de Tchernigof, de Poltava et de Kharkof, auxquels on peut joindre ceux de Podolie et de Volhynie , provinces naguère polonaises , mais où l'immense majorité des habitants est de la race des Petits-Russes et de la religion grecque , circonstance très importante , car c'est elle qui a facilité les invasions des Russes sur le territoire de l'ancienne république de Pologne ; les paysans étant tous des Petits- Russes d'origine et de langage , abandonnèrent sans peine les seigneurs polonais, et reçurent sans trop de répugnance des armées qui parlaient à peu près leur idiome ; aussi la noblesse resta seule pour défendre des possessions très anciennes , il est vrai , mais qui n'étaient pas plus nationalisées que le jour de la conquête. La Petite-Russie et l'Ukraine polonaise forment ensemble une étendue de 6,500 lieues, avec une population de neuf millions d'habitants , presque également distribués sur les deux rives du Dnieper. Il serait beaucoup trop long de parler ici en détail des provinces de la Petite-Russie , travail d'ailleurs fastidieux , car l'aspect de ces contrées offre une certaine uniformité qui fatigue ; nous dirons cependant quelques mots sur la ville de Kief, chef-lieu du gouvernement de ce nom.

Long -temps le Panthéon des divinités slavonnes , plus tard une des cités sacrées de la religion chrétienne grecque, Kief, que les Grands-Russes prononcent Kiof, reste encore une des villes les plus remarquables de l'empire. Située sur la rive droite du Dnieper, elle s'élève de colline en colline, et embrasse dans une quadruple enceinte quatre parties distinctes. Podol, ou la ville basse, occupe les bords mêmes du fleuve ; un palais impérial et quelques édifices publics ornent ce quartier commerçant , où l'on remarque aussi les vastes bâtiments de l'Université , desservie par des moines. Le Podol a conservé le privilège qu'il avait obtenu desrois de Pologne, de se gouverner par son prévôt et ses magistrats, qui sont presque indépendants; c'est en quelque sorte une ville à part. Le vieux Kief , ou la ville haute , embrasse la cathédrale de Sainte-Sophie , l'une des plus belles et des plus riches de l'empire , avec le monastère où réside le métropolitain de la Petite -Russie. On voit dans cette église le tombeau en marbre de son fondateur, le grand-duc Jaroslav ; c'est le seul monument de ce genre que l'on connaisse en Russie et qui puisse donner une idée des arts dans ce pays au onzième siècle. La plupart des maisons de ce quartier appartiennent aux moines. Parmi les dix autres églises de la vieille ville on distingue celle de Saint-Rasile , fondée par Ar]adimir-le-Grand sur les ruines du temple de Péroune , le Jupiter des anciens Slaves , et celle de la Nativité de la Vierge , surnommée des Dîmes , parce que, suivant Nestor, lorsque Vladimir la fit construire par des architectes venus de Constantinople, il lui accorda une dime, non-seulement sur ses biens particuliers, mais encore sur les revenus de son empire. Dans la citadelle de Kief se trouvent réunis les édifices de l'administration . les casernes et le fameux monastère

Petcherskoï avec ses catacombes , où l'on conserve dans un étatdedessication près de cent cinquante corps de martyrs, ce qui est dû à la roche sablonneuse dont le terrain est formé, et qui a la propriété de dessécher les corps sans les corrompre. Le couvent est bâti audessus d'une caverne que l'on dit avoir été creusée par saint Antoine, qui , après l'avoir habitée seul , y réunit par la suite douze disciples.

N'imitons point les écrivains allemands qui regardent la fusion entre les Grands et les Petits-Russes comme déjà consommée ; elle commence à peine. Les Petits- Russes, plus anciennement établis dans le même pays, ont mieux conservé la physionomie nationale ; leurs yeux, presque généralement noirs, leurs cheveux bouclés , leur langue plus harmonieuse , les distinguent d'abord. Le Grand-Russe , en se répandant sur une immense étendue de contrées occupées par les Finnois et les Huns, s'est entièrement fondu avec ces races, essentiellement différentes des Slaves ; de là ces cheveux roux , ces physionomies sauvages et tant soit peu hébétées qui se rencontrent parmi les paysans de la Grande-Russie. Le caractère moral diffère aussi ; le Grand-Russe, avide, intéressé, astucieux, n'a ni foi ni probité dans ses transactions avec les étrangers , il est tout entier aux ruses de son commerce, et Pierrele-Grand disait que s'il défendait aux Israélites l'entrée de son empire, c'était pour leur propre intérêt , et afin de les empêcher d'être dupés par ses sujets. Au contraire, le Petit-Russe , indolent , confiant , généreux , ne pense guère au lendemain ; jouissant des douceurs de son climat, il ne retourne au travail que lorsque la nécessité l'y oblige ; il s'en rapporte , pour son commerce, au talent des juifs , des Grecs et des Grands- Russes. La liberté personnelle donne aux habitants de la Petite-Russie une démarche franche , un regard assuré ; de leur sein est sortie originairement la libre et fière nation des Cosaques , quoiqu'en partie modifiée par des mélanges.

Les paysans de la Petite-Russie possèdent en commun une constitution corporelle qui supporte long -temps beaucoup de fatigues ; mais ils n'ont pas cette intensité de forces qu'on remarque chez plusieurs autres peuples du nord. Les marches longues et pénibles des armées, la rigueur des punitions fournissent des exemples presque incroyables de ce qu'un Russe peut supporter. Combien de fois le soldat n'est-il pas forcé de traverser des steppes désertes, et de passer l'hiver dans des huttes sous terre, sans feu, et sans aucune autre nourriture que du biscuit sec ! Il est étonnant cependant que les Russes qui possèdent une si grande force passive , si l'on peut s'exprimer ainsi, ne soient pas doués d'une force active , du moins dans le nord. Pour remuer un fardeau, ou le porter dans un autre lieu, on emploiera toujours en Russie plus de bras qu'ailleurs; dans tel port de mer, on voit quelquefois un matelot anglais faire ce que trois Russes n'exécuteraient qu'avec peine. Il y a sans doute paresse, mais, le plus souvent, manque réel de vigueur.

Les Petits-Russes avaient autrefois pour le mariage des cérémonies particulières et bizarres , dont la plupart sont maintenant hors d'usage. Lorsque deux familles étaient d'accord sur une alliance , la fiancée , dépouillée de ses vêtements, était présentée à un certain nombre de femmes qui lui indiquaient les défauts corporels qu'elle devait faire en sorte de corriger ; le

jour de ses noces on la couronnait d'une guirlande de Heurs, et l'on jetait une poignée de houblon sur la tête de la mariée en lui souhaitant d'être aussi féconde que cette plante. Un singulier usage subsiste encore dans la Russie centrale, et môme à Moscou au sein des classes moyennes. Lorsqu'une femme est en couche , ceux qui viennent lavoir, en s'approchant d'elle pour la saluer, glissent une pièce de monnaie sous son chevet; la pièce varie selon la fortune de l'accouchée. Les gens mariés sont seuls soumis à cette contribution , parce qu'il est censé qu'ils en profiteront à leur tour. Dans ces contrées , le peuple conserve , sur l'état des âmes après leur mort, des idées superstitieuses ; lorsqu'un défunt a été recouvert du linceul , un prêtre ne cesse de prier pour lui, de le purifier avec de l'encens , de l'arroser d'eau bénite, pendant le temps qu'il reste encore sur terre ; conduit à l'église avec de grandes démonstrations de douleur, on découvre le cercueil ; les parents , les amis et les domestiques du défunt l'embrassent , et le prêtre lui donne un passeport pour le ciel ; on met cet écrit entre les mains du cadavre , et , pendant quarante jours , on récite des prières sur le tombeau du mort. Les cérémonies pompeuses et les abstinences do l'église grecque partagent la vie du peuple russe ; au carême le plus triste succède tout-àcoup la fête de la Résurrection , et les voyageurs ne sauraient peindre en termes assez magnifiques le spectacle majestueux et animé qu'offre cette fête.

Les peuples de la Petite-Russie ont conservé quelques cérémonies païennes, d'ailleurs fort innocentes. Le 24 juin , la fête de Koupo rassemble la jeunesse autour d'un arbre décoré de rubans et d'une table surchargée de friandises ; des chants antiques rappellent le nom de cette divinité slavonne. La fête de Koliada est célébrée au mois de décembre par des chants dans les rues , mais qui ne s'adressent qu'aux maîtres et aux maîtresses des maisons. L'habillement du paysan dans la Petite-Russie est le même que celui des Polonais ; c'est une Kourlka avec des pantalons très larges. Le costume des femmes a un caractère particulier ; ce sont des tresses qui prennent à la tête, et qui sont entremêlées de rubans sans nombre et de fleurs naturelles ; un collier et une chaîne formée de monnaies ornent le cou ; un immense jupon rouge est accompagné de bottines de la même couleur.

Les amusements du peuple russe sont réduits en nombre, depuis que le patriarche n'est plus conduit sur une âne par le czar en personne , aux cris de : Jlosanna! et depuis qu'on ne voit plus les ambassadeurs amenés par une cavalcade , portant des tributs à l'empereur, et recevant en échange des pelisses et des cafetans d'honneur. Mais les dispositions des habitants de la Petite-Russie à la gaieté bruyante , leur goût pour tout ce qui est parade, sontvraiment incroyables; personno, en Europe, ne chante et ne danse autant que le Russe. Nous reproduisons aujourd'hui une fête des peuples do la Petite-Russie réunis sous les vieux chênes; rien n'est plus comique que ces réjouissances populaires ; d'un côté, un chétif orchestre fait entendre le son aigre d'un mauvais violon et les gémissements d'une guitare fêlée ; de gracieuses femmes entourent les musiciens et semblent prendre plaisir à l'harmonie discordante de leurs instruments. Les anciens du village , placés de l'autre côté de l'enceinte , et appuyés sur leur» bâtons, assistent aux danses do la jeunesse ;

danses bizarres, où les jeunes filles forment des groupes à part , tandis que les Vestris de l'endroit égaient

'assemblée par mille contorsions grotesques.

EUDES BOTANIQUES

Suite de l'article sur les feuilles (voir p. 71).

Je vous ai dit, dans l'étude précédente, que les poils sont des organes d'absorption ; ceci est vrai en général , mais dans quelques espèces, les orties, par exemple, ce sont de véritables armes destinées à repousser les atteintes des animaux et même la main destructive de l'homme. Ce qu'il y a de bien extraordinaire, c'est que ces aiguillons poignants ont la plus grande analogie avec les dents d'une vipère. Comme elles, ils sont pointus, un peu courbés, et creusés en canal dans toute leur longueur ; comme elles, ils sont posés sur une petite vessie remplie d'une liqueur vénéneuse, et cette liqueur, à l'analyse chimique, offre une grande analogie avec le poison du reptile. Quand la vipèro mord, la dent appuie sur la vésicule et force la liqueur à passer par le canal pour se répandre dans la plaie. Quand l'aiguillon de l'ortie pique, il appuie sur la vésicule, et force la liqueur à passer par le canal pour se répandre dans la plaie. Seulement les suites de la piqûre de la plante sont moinsdangereuses, parce que le virus absorbé est considérablement moins abondant.

C'est aussi par la surface du limbe des feuilles , et surtout par la surface inférieure, que s'opère la respiration des plantes. Elle est criblée de pores ou petits trous, par lesquels s'insinuent les gaz nutritifs contenus dans l'air, et particulièrement l'acide carbonique. Exposées à la lumière, les feuilles s'emparent de ce gaz acide carbonique, en retiennent lo carbone, et rejettent l'oxigène. Tel est le phénomène auquel les botanistes ont donné le nom de respiration des plantes. De là on a conclu que, l'acide carbonique viciant l'air, et l'oxigène en formant la seule partie respirable, partout où il y a une grande masse de végétaux, l'air doit être plus pur, c'est-à-dire plus propre à la respiration, parce qu'il contient, de plus qu'ailleurs, la quantité d'oxigène exhalée parles feuilles des plantes. Mais on n'a pas tenu compte d'un autre phénomène : c'est que dans l'obscurité de la nuit, les feuilles ont un autre genre de respiration ; elles reprennent alors l'oxigène qu'elles ont exhalé pendant lo jour, et rendent à l'atmosphère de l'acide carbonique qu'elles y ont puisé ou tiré de la terre par leurs racines. La conséquence rigoureuse que l'on peut déduire de ces faits est que, si les arbres contribuent à purifier l'air, c'est par un modo d'action encore inconnu.

Avant de terminer ce que nous avons à dire du limbo de la feuille, nous devons parler de son support ou pétiole, dont le limbe n'est réellement qu'une extension. Le pétiole peut être simple, sans ramification , et lorsque, no portant qu'une feuille, il ne se termine pas en vrilles ; s'il se termine en vrilles ou qu'il porte plusieurs feuilles, comme dans la rose, le pois, il est rameux. On le dit articulé lorsqu'il offre à ses divisions ou à ses points d'attache un bourrelet, un étranglement, un changement de direction, de couleur ou de substance, enlin une interruption quel-

conque, qui le fasse paraître comme de plusieurs pièces soudées.

On observe encore si le pétiole est embrassant, enveloppant la tige par sa base ; engainant, formant une gaine qui descend plus ou moins le long de la tige en l'enveloppant. Dans ce cas on étudie la gaine, et l'on regarde si elle est entière, formant un tube continu ; fendue , divisée par une fente longitudinale ; si elle est couronnée à son ouverture par une languette , ligule ou gorge membraneuse, nue , entière, dentée, frangée, etc.

2" Espèce. Il y a, comme nous l'avons déjà vu, plusieurs espèces de feuilles, savoir : Les feuilles séminales qui ne sont autre chose que les cotylédons développés ; 2° les feuilles primordiales qui succèdent aux cotylédons, et qui souvent ont une forme particulière ; 3° les stipules placées à la base des pétioles ; 4° les bractées qui accompagnent les fleurs ; 5° enfin, les feuilles ordinaires de la plante, nommées caractéristiques, parce que ce sont elles qui fournissent le plus ordinairement les caractères qui distinguent les es-

pèces. Ce sont les seules dont nous avons à nous occuper, et tout ce que nous allons dire de leurs formes peut s'appliquer aux autres.

Les feuilles caractéristiques sont de deux sortes : la feuille simple, fig. 1, et la feuille composée , fig. 2.

A. — La feuille simple est celle qui n'a qu'un seul limbe s'étendant sans interruption au-dessus du pétiole.

Considérée, quant à sa circonscription, c'est-à-dire quant aux formes résultant de sa circonférence , on la dit : orbiculaire, approchant de la figure d'un cercle ; ovale, fig. 3 , également arrondie sur les deux bouts, et plus longue que large ; ovée, en forme d'œuf, la partie étroite vers Je pétiole ; obovée , en forme d'œuf, la partie étroite vers le sommet; oblonguc, plusieurs fois plus longue que large ; cunéiforme , fig. 4, imitant un coin en triangle dont le sommet est tronqué , la pointe formant la base ; spatulée , fig. 5, approchant de la forme d'une spatule de pharmacien ; lancéolée, fig. 7, oblongue, insensiblement rétrécic vers l'extrémité, figurant un fer de lance ; linéaire,

( Quatrième planche des études botaniques. )

également étroite dans toute sa longueur , excepté vers le sommet qui finit en pointe ; subulée ou en alêne, fig. 6, ayant la base linéaire et le sommet terminé en pointe allongée; capillaire, filiforme ou cétacée, fig. 8, très menue , imitant un fil de soie ; falquêe, fig. 9, légèrement courbée au bord vers le sommet, comme le fer d'une faux.

Selon que la base est plus ou moins échancréo , la feuille devient , cordée, cordi forme, fig. 10, en forme de cœur d'une carte à jouer; réniforme, fig. 11, en forme de rein ; lunulée, échancréc circulaircment en forme de croissant ; sagittée, fig. 12, échancréc profondément et ayant deux angles aigus, comme un fer de flèche ; hastée, fig. 13, comme la précédente, mais l'angle formé pari echancrurc , s'élargissant brusquement, comme un fer de pique.

La circonscription du sommet peut rendre une feuille : aiguë, pointue ; mucronée, se terminant par

une petite pointe grêle et isolée; acuminée, fig. 14, s'allongeant en pointe en changeant de courbure, lentement ou brusquement; émarginéc, fig. 15, échancrée ; rétuse, très obtuse, presque échancrée ; obeordéc, fig. 16, en cœur renversé; uncinée, fig. 17, se terminant par une pointe recourbée en crochet ; claviculée, claviforme, finissant en petite massue ; appendiculée, garnie d'un ou plusieurs appendices; obtuse, finissant un peu brusquement ; tronquée, fig. 18, finissant brusquement, comme coupée en travers ; bifide, fig. 19, divisée en deux parties longues et étroites; bilobée, fig. 20, divisée en deux lobes.

Quant aux caractères fournis par Yangulation, d'une feuille épaisse, on la dit : deltoïde, lorsque les angles formés par l'épaisseur do la feuille forment un triangle dont les côtés sont égaux ; rhomboïdale , à quatre angles dont deux opposés plus aigus ; trapéziforme, à quatre angles inégaux ; ventrue, ampulla-

cée, charnue, épaisse dans le milieu et convexe des deux côtés; ligulée , en langucltc, linéaire, charnue, obtuse, convexe en dessous ; ensifortnc ou en sabre, allongée, comprimée, à trois faces, la supérieure étroite , et l'angle qui lui est opposé tranchant ; en doloire, ou dolabriforme, imitant la doloire des tonneliers, cylindrique à la base, comprimée et très épaisse au sommet qui est arrondi en dessus, et comme tranchant en dessous.

Si l'on considère les bords d'une feuille, on la dit : érodée, fig. 21 , denticulée irrégulièrement, comme rongée par une chenille ; sinuoléc, à bords légèrement flexueux; crénelée, fig. 22, à dents arrondies, sans pointe, formant, par leur réunion, de petites flexuosités ; serrctêe, fig. 23, ayant des dents alternativement plus petites et plus grandes , comme les dents d'une scie, plus ou moins aiguës ; serrulée, dentée finement en scie; épineuse; aiguillonnée; frangée, à découpures très fines , imitant une sorte de frange ; ciliée, garnie de poils ; calleuse , garnie de callosités sèches et dures ; bordées, marginées, portant différents appendices.

Une feuille est étudiée sous le rapport de ses incisions, et elle peut être : bifide, trifide, etc., multifide, à deux, trois, etc., ou plusieurs divisions étroites; si les divisions sont larges, on la dit bilobée, trilobée, etc., multilobée; si les divisions sont très profondes, on la dit : bipartite , tripartite , etc. , mullipartite ; laciniée , découpée irrégulièrement en lanières allongées ; palmée, divisée profondément en lanières imitant les doigts d'une main ouverte ; pédiaire, lorsque les nervures étant pédalées , elles se divisent en lobes longitudinaux ; auriculée, fig. 24, ayant à sa base deux petits lobes latéraux et opposés, appelés oreillettes ; pandurée, pi. 4, fig. 25, ressemblant au corps d'un violon ; pinnatifide, fig. 26 , oblongue , ayant des échancrures profondes sur les côtés qui forment plusieurs lobes, s'écartant perpendiculairement de la nervure principale, sans que leur sinus l'atteigne ; bipinnatifide, les lobes ayant d'autres lobes plus petits rangés de même ; lyrée, fig. 27, oblongue , à limbe entier , et élargi à sa partie supérieure , divisé à sa partie inférieure en plusieurs lobes opposés, et diminuant de grandeur à mesure qu'ils se rapprochent de la base ; roncinée, fig. 28, incisée en lanières plus ou moins profondes ou aiguës, dont la pointe est tournée vers la base.

Quant à son expansion, une feuille peut être : plane; convexe; concave; cuculiforme, imitant un capuchon ; gladièe, fig. 29, ressemblant à une lame d'épée à deux tranchants ; convolutée, roulée en forme de cornet de papier; flabelli forme, fig. 30, plissée en éventail ; plicatile, susceptible de plissement; ondulée, très finement plissée ; carénée , creusée en dessus d'une gouttière, et marquée en dessous d'un angle saillant.

Tels sont les caractères qu'il faut étudier dans la feuille simple. Nous allons passer maintenant à

B. — La feuille composée. On nomme ainsi celle dont le pétiole se ramifie, ou dont le limbe est interrompu par des sinus creusés jusqu'à la côte principale. Les petites feuilles qui la composent portent les noms de folioles, fig. 31, a, a, a. Elles peuvent affecter tous les caractères de la feuille simple, et l'on se sert des mêmes termes pour les décrire.

Une feuille composée est ou politome ou composéearticulée. La première est celle dont le pétiole est sans ramifications articulées ; elle peut être : tridactyle, fig. 31, penladactyle, hepladactyle , ennéadaclyle ou polydactyle, à trois, cinq, sept, neuf ou plusieurs folioles. Quand les folioles sont placées sur des nervures secondaires opposées, on dit la feuille pinnatiforme, bipinnaliforme, tripinnali forme, etc.

La feuille composée-articulée, c'est-à dire avec un pétiole ramifié, peut être bifoliolèe, trifoliolée, etc. ; ou bien quinqueradiée, fig. 32, sepliradiéc, noniradiée, quand le pétiole se divise en cinq, sept, neuf rayons portant chacun une foliole ; pinnée, fig. 33, quand les folioles sont sur de courts pétioles placés oppositivement et parallèlement entre eux. La feuille pinnée ou conjuguée peut être formée d'un nombre variable de folioles , et alors elle sera bijuguée , figure 34, trijuguée, quatrijuguée , etc., à folioles placées deux à deux , trois à trois , quatre à quatre, etc, etc. Quelquefois il n'y a point de foliole impaire ni de vrilles, alors la feuille est abrupti - pennée , fig. 35, ou pennée sans impaire. La feuille composée est encore nommée biconjuguée, fig. 36, quand les folioles sont deux fois deux à deux ; biternée, deux fois trois à trois ; bipinnée , tripinnée , quadripinnée , deux, trois et quatre fois pinnée ; tergéminée, trois fois deux à deux; triternée, trois fois trois à trois.

3° Préfoliation. On entend par ce mot la disposition des feuilles dans le bouton avant leur développement. Les botanistes comptent quatorze sortes de préfoliations, mais une seule est véritablement caractéristique comparativement à toutes les autres, c'est celle qu'ils ont nommée pré foliation circinale, fig. 37, et qui appartient exclusivement aux fougères et à quelques autres plantes cryptogames. Dans cette préfoliation, les feuilles sont roulées en crosse ou en spirale, du sommet à la base ; dans les autres, elles sont, tantôt appliquées l'une sur l'autre par leur face, sans être ployées en aucune manière; tantôt leurs disques, en s'embrassant les uns les autres, se recouvrent par les côtés et par le sommet; ou elles sont pliées en deux par leur face interne et ne s'embrassent pas, etc., etc.

4° Insertion. La manière dont la feuille est attachée fournit des caractères spécifiques très essentiels. On regarde si elle est adhérente ou continu», formée par un prolongement de l'écorce et ne pouvant en être détachée sans déchirement ; articulée , ne tenant à l'écorce que par une articulation et pouvant s'en détacher sans déchirure. Si elle est sessile, c'est-à-dire sans pétiole, elle peut être : amplexicaule ou embrassante , fig. 38, quand sa base entoure la tige, et alors on dit qu'elle est per foliée, fig. 39, lorsqu'elle est soudée par les lobes de sa base de manière à ce que la tige semble passer à travers sou limbe ; connée, fig. 40, lorsque deux feuilles opposées sont soudées par la base, et paraissent n'en former qu'une, percée par la tige ; demi-amplexicaule , fig. 41 , si sa base n'embrasse qu'une partie de la tige ; décurrente, ou courante, fig. 42, lorsque la base se prolonge en descendant pour former deux appendices, un de chaque côté; engainante, lorsque la base entoure la tige et se prolonge en gaine plus ou moins longue.

Boitard.

M. Parceval de Grandmaison, après avoir fait partie de l'Institut qui accompagna le général Bonaparte dans son expédition d'Egypte, devint membre de l'Académie française. C'était un littérateur modeste , homme d'esprit, généralement aimé et estimé ; mais il était au moins aussi distrait que le Menalque de La Bruyère.

Un jour, vers cinq heures, M. Parceval de Grandmaison rentrait chez lui pour dîner. La porte de la maison qu'il habitait, se trouva masquée par une lourde voiture de roulier attelée de cinq chevaux. Impossible de passer derrière la voiture qui serrait de trop près la borne ; il y avait nécessité d'aller chercher la tète du dernier cheval. Dans le trajet pour atteindre ce but assez rapproché, M. Parceval oublie qu'il vient dîner et continue son chemin pour se rendre au café, dans l'usage où il était d'aller tous les soirs lire les journaux. En entrant, il regarde à la pendule, s'étonne de voir la journée si peu avancée : « Il faut, se dit-il, que j'aie dîné plus vite et plus tôt qu'à l'ordinaire. » Il se fait servir du café, s'entoure de tous les journaux qu'il peut se procurer et se met à lire en attendant l'heure du spectacle.

Pendant la soirée, il se sent des tiraillements d'estomac ; il attribue ce malaise à une digestion difficile, et se promet bien d'en parler à sa gouvernante qui doit lui avoir servi des aliments trop lourds. Le temps temps passe , les tiraillements d'estomac redoublent. M. Parceval se décide à rentrer chez lui, et demande du thé ; on lui en sert ; il en prend quatre ou cinq tasses sans éprouver le moindre soulagement. Le thé, au contraire, agissant sur un estomac affaibli, produisait une irritation plus violente. La gouvernante, inquiète, fait appeler un médecin. Les symptômes de la trop grande abstinence ont quelque analogie avec ceux de l'indigestion ; le médecin s'y trompa, et demanda à M. Parceval ce qu'il avait pu manger à son dîner : « J'ai dîné ici comme à l'ordinaire, répond le malade ; je ne sais plus ce qu'on m'a servi. — Mais, monsieur, s'écrie la gouvernante, vous n'avez pas dîné ici. — Comment ! je n'ai pas dîné ici ! — Non , monsieur ; je vous ai attendu jusqu'à sept heures, et vous n'êtes pas rentré. A force de chercher, M. Parceval finit par se convaincre qu'il n'avait pas dîné.

M. Parceval de Grandmaison avait un frère, homme d'esprit comme lui ; ce frère avait un autre genre de singularité, il s'habillait comme un pauvre. Un jour, il se présentait pour entrer aux Tuileries ; la sentinelle, le prenant pour un mendiant, lui barra le passage. Un officier vint à passer ; M. Parceval irrité, s'adresse à lui, et demande pourquoi on lui refuse ainsi l'entrée d'un jardin public : « C'est, mon brave homme, répondit l'officier, parce que vous êtes mis comme un voleur, et que la consigne défend de laisser entrer les mendiants. — Moi, je suis mis comme un voleur ! c'est plutôt vous. — Comment , moi ! — Oui, vous avec votre habit à galons d'argent, vos épaulettes en argent, etc. Vous ressemblez plus à un voleur que moi. Je suis mis comme un volé, à la bonne heure; expliquez-vous comme cela, et je vous comprendrai. » Et il s'éloigna en grommelant . « Voleur, voleur, drôle de voleur ! ce ne serait ma foi pas la peine de voler ! »

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