LE CHATEAU DE BLOIS
Le département de Loir-et-Cher renferme plusieurs magnifiques châteaux ; ceux de Chambord et de Chaumont ont déjà été décrits dans les colonnes du MagasinUniversel (1); aujourd'hui nous nous occuperons de l'ancien et célèbre château de Blois.
Ce palais, habité successivement par plusieurs rois de France, se fait surtout remarquer par la différence de style que présente son architecture dans ses diverses parties; elles attestent quatre époques distinctes. Dès le commencement du dix-septième siècle, il ne restait plus qu'une tour, seul vestige du vieux château ; des princes de la maison de Champagne et de Châtillon l'habitèrent, et y joignirent de nouvelles constructions. La plus élégante fut ordonnée par Louis XII, lorsqu'il n'était encore que duc d'Orléans ; ce fait est rapporté par Jean Danton. En effet, parmi les sculptures de la façade du midi, se trouvaient les armes de ce prince et celles d'Anne-de-Bretagne ; la statue équestre du roi était sur la principale porte.
Tout le côté septentrional est du siècle de François Ier. Son chiffre et sa devise faisaient partie des ornements ; de grands souvenirs historiques se rattachent à cette partie du château de Blois. Henri Iï, Charles IX, Henri III y résidèrent. Ce fut là que le duc de Guise reçut la mort ; nous avons eu occasion de parler de cet événement lugubre (2). A peu de distance, s'élève encore la tour où l'archevêque de Lyon et le cardinal de Guise furent emprisonnés, et où ce dernier fut tué à coups de pertuisane.
A l'orient, il existe une autre aile bâtie à deux époques différentes. La partie la plus ancienne renferme la salle où se tinrent les états, en 1576 et 1588 ; la plus moderne fut achevée sous Henri III. Enfin, Gaston de France, duc d'Orléans, fit également construire, par Mansard, un corps de bâtiment remarquable par sa riche architecture, mais qui ne fut point achevé. Une immense cour précède le château ; ce fut dans son enceinte que se donnèrent deux magnifiques tournois : l'un , en l'honneur du prince de Castille, lorsqu'il vint s'unir à Claude de France ; l'autre, à l'occasion du mariage du marquis de Montferrat avec la sœur du duc d'Alençon.
Le château de Blois a servi de retraite à deux femmes d'un caractère bien dissemblable, à Isabeau de Bavière et à Valentine de Milan. Nous avons consacré un article à Isabeau de Bavière dans notre quatrième volume (3). Quant à l'infortunée Valentine de Milan, elle vint à Blois pleurer la mort de son époux, lâchement assassiné. Fille de Galéas Visconti et d'Isabelle de France, Valentine avait épousé, en 1389, Louis, duc d'Orléans, frère du roi Charles VI. L'aflligeante maladie du monarque , les rivalités, les intrigues, les troubles dont elle devint l'occasion, succédèrent, peu après le mariage du duc d'Orléans , aux fêtes somptueuses, aux plaisirs toujours renaissants d'une cour jeune et brillante. Valentine charmait par sa présence les ennuis du prince ; mieux que personne elle savait calmer ses agitations ; Charles la nommait sa sœur chérie, et la rappelait par les plus
(1) Voir le Magasin Universel, t. IV, p. 7-' et 105.
(2) Voir le Magasin Universel, t. Il, p. 238.
(3) Voir le Magasin Universel, t. iv, p. 265.
vives instances toutes les fois que, cédant à la malignité de ses ennemis, elle voulait, en s'éloignant de la cour, faire cesser des accusations de sortilèges, auxquelles l'ignorance des temps ne donnait que trop de crédit. On disait qu'instruite en Italie, dans l'art magique, elle en exerçait sur le roi les secrètes influences pour assurer l'autorité au duc d'Orléans. Sans doute Valentine souhaitait le triomphe de son parti sur celui du duc de Bourgogne, mais toute sa magie consistait dans un caractère d'une inaltérable douceur. La mort d'un de ses enfants devint une nouvelle cause pour calomnier celle dont le cœur devait être blessé dans toutes ses affections. Les partisans du duc de Bourgogne répandirent le bruit que ce jeune prince avait pris, par erreur, un poison préparé par sa mère pour le dauphin ; et le duc d'Orléans ne craignit pas de donner quelque crédit à cette horrible accusation, en reléguant la princesse à Neufchâtel.
Valentine se trouvait à Château-Thierry, lorsque, vers la fin de l'année 1407, elle apprit la mort du duc d'Orléans, son époux, frappé de mort par les ordres du duc de Bourgogne. La crainte que devait inspirer une faction capable de tenter un coup si hardi, l'obligeant à mettre en sûreté ce qu'elle avait de plus cher, elle envoya ses enfants dans le château de Blois, tandis qu'elle se rendait à Paris. Elle traversa la ville, accompagnée d'une longue suite de femmes vêtues de deuil, et vint se jeter aux pieds du roi, en demandant vengeance. Retirée à Blois, auprès de ses enfants, Valentine ne cessait de réclamer justice ; elle fit même éclater une seconde fois, aux yeux des Parisiens ses douloureuses plaintes ; mais l'impunité du
crime et le triomphe du coupable la réduisirent à un désespoir auquel elle ne put survivre. Elle assembla ses enfants autour de son lit de mort; parmi eux se trouvait Dunois, que, suivant l'usage du temps, on appelait le bâtard d'Orléans. Valentine les exhorta à soutenir la gloire de leur maison, et surtout à poursuivre la vengeance du meurtre de leur père. Dunois répondit mieux que les autres : « On me l'a volé, s'écria-t-elle, je devais être sa mère. » Cette princesse mourut en 14-08 , à l'âge de trente-huit ans , après avoir déployé les plus chastes vertus, le plus noble caractère, et conservé des mœurs pures sur une scène corrompue et dominée par les passions. Les droits héréditaires de Valentine sur le Milanais devinrent le motif des guerres qu'entreprirent en Italie, deux rois de France, ses petits-fils : Louis XII et François Ier.
Un fait peu connu, et que nous croyons devoir rapporter ici, c'est que les premiers livres ou manuscrits qui ont servi à composer la bibliothèque du roi, actuellement à Paris, portent les armes de Louis Ier, duc d'Orléans, père de Louis XII, et qu'ils faisaient partie de la librairie de ce prince en son château de Blois. Ils furent transportés par les ordres de Louis XII, à Fontainebleau, et plus tard, à Paris, dans un hôtel, rue de la Harpe. Il existait bien, il est vrai, sous Charles V, au Louvre, une tour consacrée alors à ce qu'on nommait la librairie ; mais cette première collection de manuscrits, très peu nombreuse, fut vendue par le duc de Bedfort, à l'époque où Henri VI prit le titre de roi de France, triste souvenir de notre histoire.
( Le château de Blois.
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Paris, Imprimerie de Chassaipnon, rue Glt-le-Crrur. 7.— Tiré à la Presse mécanique par Aristide.,
GUEUZE , PEINTRE FRANÇAIS.