DE GREUZE
Greuze , peintre distingué de l'École française au dix-huitième siècle, était né en 1726 ; son père ne le destinait point à la carrière des arts; il lui défendit vainement de barbouiller des cahiers de papier et de charbonner toutes les murailles ; le jeune Greuze n'avait pas d'autre occupation. Il allait, dit-on, être renvoyé de la maison paternelle, lorsqu'un peintre lyonnais, nommé Grandon, beau-père du célèbre Grétry, passa par la petite ville de Tournus que Greuze habitait, et y fut témoin d'une scène extrêmement vive entre le père et le fds. Frappé du talent original de ce dernier, Grandon obtint la permission de l'emmener à Lyon, où il lui donna des leçons gratuites qui le mirent en état de peindre le portrait avec quelque succès. Il n'est donc pas rigoureusement vrai, comme on la dit, que Greuze n'ait jamais eu d'autre maître que la nature; selon toute apparence, c'est même aux leçons de Grandon, bon peintre de portraits, que le jeune Greuze dut la supériorité avec laquelle il peignait les tètes d'enfants et de vieillards.
Grandon étant venu à Paris, son élève l'y suivit et s'y fixa. Vivant avec peine du prix modique de ses portraits, Greuze sentit la nécessité de s'élever à un genre plus noble. Il suivit l'étude du modèlera l'académie ; et quoiqu'il ne se distinguât pas beaucoup de ses condisciples par la manière de dessiner, il eut du moins l'avantage de rectifier ce que ses premiers principes avaient de défectueux. Quel fut un jour l'étonnement de ses professeurs, dont jusque-là il n'avait point encore fixé l'attention, lorsqu'il leur montra son excellent tableau du père de famille expliquant' la Bible à ses enfants. Us ne purent en croire leurs yeux, tant le mérite de ce coup d'essai leur parut extraordinaire, et quelques-uns ne craignirent pas de dire que Greuze ne pouvait être le véritable auteur d'un pareil chef-d'œuvre. Il répondit à cette accusation par d'autres ouvrages aussi beaux et plus parfaits peut-être que son Père de Famille, et dès-lors sa réputation s'éleva au plus haut degré. Son tableau de Y Aveugle trompé le fit agréer à l'académie sur la proposition de Pigalle, et les ouvrages qu'il exposa au salon, eurent une vogue prodigieuse.
Cependant les envieux de Greuze s'attachèrent à le décrier, disant partout que son goût de dessin était trivial, et qu'il n'avait aucune connaissance des grands modèles. Greuze voulut détruire l'effet de cette malveillance, et il se rendit à Rome pour y apprendre à mettre plus de vigueur dans son coloris, plus de noblesse et d'élégance dans son dessin. Cette entreprise, loin de lui réussir, ne fit qu'altérer, à certains égards, la naïve originalité de sa manière primitive, et lorsqu'il fut de retour à Paris, ses ennemis affectant de le plaindre, ne manquèrent pas de publier qu'il avait perdu tout son talent en route. Heureusement, il répara bientôt le léger échec que sa réputation avait momentanément souffert : « Le plus grand artiste n'étant pas exempt de faiblesse, dit M. Pillet, Greuze eut alors à se reprocher quelques fautes qui lui attirèrent de nombreux désagréments ; se croyant sans doute trop supérieur aux autres agréés de l'académie, pour être assujetti comme eux à la condition de pré-
senter un tableau de réception , il refusa long-temps de remplir cette formalité indispensable. Déjà le délai au-delà duquel il était dans le cas d'être exclu pour toujours, était expiré, lorsque l'académie, sentant tout ce qu'elle perdrait à rejeter de son sein un artiste aussi distingué, se contenta de lui interdire le droit d'exposer ses ouvrages au salon du Louvre, tant qu'il n'aurait pas satisfait aux règlements. Cette décision le détermina à céder ; mécontent de ce qu'on prétendait ne le recevoir à l'académie que sous la qualité de peintre de genre et de portraits, il voulut y être admis à titre de peintre d'histoire, et dans ce but, il présenta pour tableau de réception , une composition du genre héroïque qui fut mallieureusement jugée médiocre par tout le monde. Les académiciens s'autorisèrent de ce mauvais succès pour repousser Greuze, et l'artiste rompit dès ce moment avec eux sans retour ; il s'abstint d'envoyer ses ouvrages au salon, tant que l'académie subsista. i>
A l'époque de la révolution, Greuze exposa quelques portraits au musée des artistes vivants ; mais alors sa vue et sa main étaient affaiblies. Il approchait de sa quatre-vingtième année, lorsque la mort l'enleva aux arts et à sa famille, le 21 mars 1805. Greuze n'avait rien emprunté au talent de ses devanciers, du moins quant à l'esprit et au goût de ses compositions; tous ses nombreux imitateurs sont restés fort au-dessous de lui. Ce n'est ni dans la mythologie, ni ^ans l'histoire qu'il cherchait les sujets de ses tableaux ; c'était dans l'intérieur des pauvres ménages, c'était sous le chaume du simple laboureur qu'il allait observer la nature. Il excellait dans la représentation des scènes morales et touchantes ; il avait éminemment l'art d'ennoblir le genre rustique sans en altérer la simplicité. On cite avec de justes éloges ses tableaux du Père paralytique, de la Malédiction paternelle, l'Accordée de Village dont nous donnons aujourd'hui la gravure, le Retour du Chasseur, la petite Fille au Chien, chef-d'œuvre de naïveté, etc. La plupart de ses ouvrages, pleins de vie et de sensibilité, sont remarquables surtout par la disposition pittoresque des figures; s'il y avait peut-être quelque chose à y blâmer, ce serait peut-être l'affectation de l'effet théâtral. Greuze avait aussi le défaut de répéter, presque dans tous ses tableaux , les mêmes caractères de têtes ; mais ces têtes j étaient si expressives , si admirablement modelées , qu'aucun peintre du dernier siècle ne saurait à cet ! égard lui être comparé. Son dessin, dans toutes les autres parties de la figure , manquait plutôt d'élégance que de correction, et ne laissait rien à désirer par rapport à la fermeté. Ses draperies sont en général de mauvais goût ; on a dit qu'il les négligeait exprès pour faire ressortir la beauté des chairs, mais il est permis d'en douter ; ses carnations étaient trop belles pour avoir besoin d'être relevées par un artifice de ce.genre. Greuze était de petite taille ; son regard était vif, il avait dans la coiffure et dans l'habillement quelque chose de bizarre. Il aimait la parure, et on l'a vu plusieurs fois se promener en habit écarlate et l'épée au côté, à l'époque de la révolution. Du reste, Greuze n'était pas moins galant dans ses manières que dans ses habits. A l'âge le plus avancé, il recherchait avec empressement la société des plus jeunes femmes, et les soins qu'il prenait pour leur plaire n'étaient pas toujours exempts de ridicules. La simplicité de ses obsèques, dit
le Moniteur, a •'■té animée par une . ène aussi touchante qu'inattendue : « Au moment où le corps allait être enlevé tle l'église pour être placé sur le char funéraire , une jeune personne, dont on pouvait remarquer l'émotion et les larmes à travers le voile dont son visage était couvert, s'approchant du cercueil, y plaça un bouquet d'immortelles, et se retira au fond de l'église pour y continuer les prières qu'elle avait interrompues. Les tiges de ces fleurs étaient fixées par un papier ployé sur lequel étaient écrits ces mots : « Offertes par la reconnaissance do ses élèves, ces fleurs sont l'emblémo de sa gloire. »
LE ROI JEAN ET SON ÉPOQUE
(48 article. — Voir page 94.)
Le roi de Navarre venait d'arriver à Paris, et sa popularité n'avait rien perdu parmi les halles ; il descendit à son hôtel en la rue Saint-Jacques, où Marcel vint le trouver : « Faitesbonno requête au duc, lui dit-il, et justice vous sera rendue. Les bourgeois comptent, monseigneur, que vous approuverez la mort des trois conseillers du dauphin. » Et le roi de Navarre, frappant sur l'épaule du prévôt, répondit : « Bonhomme et mon spécial ami, j'approuverai tout. t> Le conseil royal était composé de manière à ne point retarder le raccommodement entre le dauphin et le Navarrois ; les bourgeois de Paris y étaient en majorité. La réconciliation eut lieu, mais il y avait peu de bonne foi dans les protestations du duc, et le roi de Navarre se méfiait à son tour des démarches du dauphin.
Afin de généraliser la cause des métiers, en France, le prévôt des marchands écrivit à toutes les villes ; il leur annonçait comment les habitants de Paris s'étaient débarrassés des mauvais conseillers de M. le duc, et les engageait à prendre les chaperons aux couleurs populaires. Jusqu'alors le dauphin n'avait que le titre de lieutenant-général du royaume ; les états, pour régulariser l'exercice de la puissance royale, lui confièrent la régence, pouvoir plus large, plus absolu. En môme temps qu'ils augmentaient le pouvoir du dauphin, les états imposaient au conseil de nouvelles garanties ; ils y renforcèrent le parti populaire de quatre chefs de la bourgeoisie; Marcel, admis une seule fois au conseil, y prit place en permanence, et avec lui trois échevins de Paris. Quelque temps après, on apprit que le régent était en fuite : ne pouvant plus souffrir la tutelle qu'on lui imposait, il s'était échappé secrètement durant la nuit, parla Seine ; un charpentier l'avait conduit dans un bateau. Le peuple fut très ému de cette évasion ; il se prépara à la résistance, car il sut que le régent était allé se réfugier dans la forteresse de Meaux, asile choisi par les gentilshommes qui fuyaient alors la Jacquerie.
Après les batailles de Crécy et de Poitiers, la gentilhommerie n'inspirait plus le même respect ni les mêmes craintes ; la plupart des nobles hommes avaient pris honteusement la fuite du champ de bataille ; pouvait-on craindre encore ces seigneurs auxquels de simples archers d'Angleterre avaient fait lâcher pied ? On se moquait d'eux, et cela jetait une grande agitation dans les campagnes. Ce fut alors qu'éclata la
Jacquerie, ou révolte des paysans. On appelait depuis long-temps, Jacques, Jacques Bonhomme, les vilains qui servaient dans les batailles, et cette dénomination s'étendit à tous les serfs. Les confréries de Paris, de Laon, d'Amiens, virent avec plaisir ce soulèvement déplus décent mille vilains débarrassant les provinces des manoirs qui les avaient si long-temps opprimés. Les halles de Paris applaudirent aux efforts des Jacques , et offrirent de joindre] leurs bannières bourgeoises aux chiffons de drap que portait cette multitude forcenée.
Depuis le départ du régent , les habitants de Paris s'étaient constitués en république municipale ; Marcel et les échevins s'étaient emparés du château du Louvre, où ils avaient mis bon nombre de bourgeois ; on ferma les portes [du côté de la rivière, et le couvent des Frères Mineurs qui , près des murailles, pouvait favoriser les assiégeants, fut démoli. Le prévôt comprenait bien que les bourgeois de Paris, livrés à leurs propres forces, ne résisteraient pas au régent et à la noblesse; il n'hésita point à traiter avec les Jacques qui s'avançaient alors sur Meaux ; si les paysans révoltés venaient à bout de tuer le régent, la cause de Paris était gagnée. Une troupe de mille bourgeois , sous la conduite de Pierre Gilles, épicier de la rue aux Ours, joignirent les Jacques à quelques lieues de Meaux ; ils s'emparèrent de la ville. Les bourgeois de Meaux vinrent au-devant d'eux ; ils fraternisèrent, des tables furent dressées ; on y mit de larges flacons de vin, du pain, des viandes ; puis, tous tombèrent à l'improvistc sur le château, et s'avancèrent sans obstacle jusqu'à la première barrière ; mais le comte de Foix et une troupe de gentilshommes les dispersèrent, et il n'y eut bientôt plus de trace de cet événement. Les bourgeois de Paris en furent consternés ; ils comptaient sur la Jacquerie pour occuper la noblesse et résister au régent. Cependant ils n'en travaillèrent pas moins avec une ardeur extrême à la défense de leur ville.
Il existait deux partis à Paris; l'un, tout municipal, qui ne voulait s'appuyer que sur la force des bourgeois ; il avait pour chef Jacques et Simon Maillard. L'autre parti voulait appeler tous les secours pour conserver l'indépendance bourgeoise ; les chefs principaux étaient Marcel et trois échevins du corps de ville. Après la défaite de Meaux, ce dernier parti eut la domination absolue , et , presqu'à l'unanimité , on résolut d'appeler le roi de Navarre. Il vint en toute hâte à Paris, le Navarrois, etMarcel, entouré des échevins, le reçut à la porte Saint-Honoré, avec grande liesse et réjouissance; il lui assura que s'il parlait en place de Grève, il lui ferait donner la capitainerie-générale du royaume. Le roi de Navarre consentit à tout ; du balcon de l'Hôtel-de-Ville, il harangua le peuple : «Messers, dit-il, j'aime le royaume de France, avec raison, puisque je suis des fleurs de lys, et je serais roi si ma mère eût été un homme. Toutes les villes de France m'ont fait beaucoup de bien, Paris surtout, et je veux vivre et mourir avec les bourgeois. » D'un accord unanime, le roi de Navarre fut proclamé capitaine-général du royaume.
La faction de Maillard voyait avec peine l'accroissement de pouvoirs du Navarrois dans Paris ; à mesure que le régent et les nobles se rapprochaient des murs, elle prenait plus d'audace, elle exprimait plus énergiquement ses haines ; si bien que le roi de Na-
varre, voyant qu'il ne pouvait pas trop se fier à la communauté, sortit de Paris avec tous ses gens d'armes, et se concentra à Saint-Denis; il voulait se rendre médiateur entre le régent et les bourgeois. Il y avait à Paris un grand nombre de soudards pour la défense des murailles; ils faisaient mille dégâts dans les maisons, pillaient et dévastaient les jardins; Maillard n'eut pas grand'peinc à soulever le peuple contre les soudards ; une violente émeute éclata, et plus de cent bommes d'armes furent tués ; mais lorsque la multitude les poursuivit jusqu'au milieu du bois de Saint- Cloud, les soudards se mirent en embuscade, et environ sept cents bourgeois périrent, le bruit courut que Marcel avait prévenu lesdits gens d'armes, et qu'ainsi il trahissait la ville. C'est ce que voulait le parti de Maillard ; il cherchait à affaiblir la popularité du prévôt des marchands. Marcel connaissait le complot, il ne voyait d'autre moyen de salut que de se jeter tout-à-fait dans les bras du roi de Navarre, et il convint de lui livrer les clés de Paris.
Maillard fut également informé des desseins de Marcel ; il voulut empêcher l'entrée du roi de Navarre et saisir cette occasion pour faire triompher son parti. C'était pendant la nuit que Marcel devait se rendre à la Bastille Saint-Antoine pour donner les clés au roi de Navarre. Jean Maillard se tint sur le qui vive. Il était environ une heure du matin, et Maillard, suivi de quelques hommes, vint vers la porte Saint - Antoine où ils trouvèrent le prévôt embusqué. Jean Maillard lui adressa la parole : « Etienne, Etienne, que fais-tu ici à cette heure. — Que t'importe, lui répondit le prévôt ; je suis ici pour la garde de la ville dont j'ai le gouvernement. — Pardieu, s'écria Maillard, tu n'es ici pour nul bien, et je te le montre. Alors s'adressant à ceux qui l'entouraient, il dit : « Voyez comme il tient les clés des portes en ses mains pour trahir la ville. — Tu mens, réplique le prévôt. — C'est toi, qui mens, traître ! et il cria : A la mort ceux de son côté ; ils sont perfides et parjures. » Il y eut un grand combat, mais la victoire
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( Entrée de Charles-le-Mauvais dans Paris.
resta au parti de Maillard. Le prévôt Marcel s'était réfugié sur le donjon de la Bastille Saint-Antoine ; il y fut occis, et avec lui plusieurs échevins et quarteniers. Jean Maillard se mit à courir les rues et à éveiller les bourgeois : « Nous avons tué les traîtres qui voulaient nous livrer au roi de Navarre, » criait-il d'une voix tonnante. Le lendemain, avec les premières lueurs du jour, le peuple s'assembla aux halles ; lorsque la multitude fut grande, Jean Maillard monta sur un échafaud, et dit : « Vous savez pour quel forfait j'ai tué le prévôt des marchands ; toute la cité devait être brûlée et détruite, si Dieu, par sa grâce, n'y eût mis remède. » Le peuple fut ébahi, et beaucoup d'habitants se réjouirent d'avoir échappé à un si grand péril.
Jusqu'ici, ce n'était qu'une faction municipale qui avait renversé l'autre ; mais les partisans du régent et de la noblesse ne perdirent pas cette occasion de tourner le mouvement populaire à leur profit ; des gentilshommes parcoururent les rues avec la bannière de France. Le parti de Maillard qui, dans l'origine, n'a-
vait pas l'intention de favoriser cette cause, se vit forcé de céder et de s'unir aux nobles. Quelques gens d'armes du duc étant venus prendre possession des portes de Paris et de la Bastille sans opposition, le duc n'hésita plus à pénétrer dans la ville. Il y fut reçu avec acclamation; Jean Maillard était à côté du dauphin, et paraissait en concours avec lui. L'entrée du régent fut marquée par des exécutions aux halles ; sous prétexte de simples paroles d'amitié , de liaisons avec le prévôt, on tranchait la tète à tout venant. Le régent vint parler au peuple : a L'évêque de Laon était un traître, lui dit-il, ainsi que Marcel ; ils voulaient couronner le roi de Navarre, à l'encontre de Jean, mon père. » Tout prenait l'allure du pouvoir absolu ; de sa propre autorité , le régent nomma le prévôt des marchands, et le choisit parmi ses hommes les plus dévoués ; le régime municipal fut aboli ; le dauphin demanda que six notables bourgeois qu'il accusait d'avoir secondé les projets du prévôt, fussent saisis et jugés ; on les décapita sans forme de procédure et par commission spéciale.
Les gibets de Montfaucon et de la place de Grève étaient chaque jour témoins de nouveaux supplices infligés à la bourgeoisie de Paris ; comme les confiscations avaient lieu en même temps, les officiers du régent multipliaient les peines ; les confiscations furent si grandes, qu'elles servirent au paiement des troupes, puis des chapelains, à la rançon du roi Jean, et à la réparation du palais des Tournellcs ; une faible partie de ces biens fut distribuée aux veuves et enfants des suppliciés ; la veuve de Marcel ne put obtenir que la moitié des meubles de son mari. Ceux mômes qui avaient trahi la cause populaire pour appeler le régent furent obligés de prendre des lettres de rémission, et Jean Maillard qui avait tant servi la cause royale, dut être amnistié, car on le considérait toujours « comme ennemi de la couronne de France et de Monseigneur.»
Au milieu de cette désolation générale, les habitants de Paris reçurent une lettre du roi Jean, datée de Londres, où le monarque était toujours captif : « On avait voulu vous soustraire frauduleusement hors notre obéissance, disait le roi, et ce par maléfices et autres machinations diaboliques ; toutefois, et par la grâce de Dieu , vous avez remis la bonne ville capitale de notre royaume en la souveraineté de notre fils; c'est pourquoi, nous vous remercions, comme nous pouvons, de la bonne loyauté que vous nous avez montrée. » Ainsi finit cette tentative pour conquérir la liberté bourgeoise à Paris et dans la plupart des grandes villes de France, la division des chefs, l'inconstance des halles, servirent les intérêts du dauphin et du roi Jean. L'autorité absolue conquit tout ce que la puissance des bourgeois n'avait pas su conserver ; il demeura bien encore dans Paris quelques vieux débris du patriotisme de la classe intermédiaire, quelques souvenirs de l'indépendance rêvée par le prévôt Marcel; diverses tentatives de conspirations furent découvertes, mais les pendaisons en finirent bientôt avec ces mouvements isolés ; rien ne s'opposa plus à l'exercice du pouvoir royal ; le dauphin régna dans la bonne ville de Paris, et la noblesse qui reprit bientôt toute son importance, accabla de dédains la bourgeoisie vaincue, privée de ses chefs et de ses tribuns.