‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 48 sur 166 · TOME VI. jaisvieh · texte numérisé non relu

TOME VI. jaisvieh

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États-Unis.— LE CAPITULE A WASHINGTON.

Entre le Maryland et la Virginie se trouve un territoire appartenant à toute l'Union , et connu sous le nom de District fédéral ou de Columbia; c'est la plus petite des divisions politiques et administratives de la confédération américaine. Au centre, s'élève la cité qui porte le grand nom de Washington (i) ; le siège du gouvernement central y a été transféré en l'année 1801. Cette ville , construite sur les bords du Potomak et de l'Eastern Brandi, s'étend à près de k milles sur chacune de ces rivières ; on reconnaît généralement que c'est une des plus heureuses situations de l'Amérique pour la salubrité de l'air et la beauté du pays. Cependant, sous le point de vue politique, Washington est la ville de l'Union la moins favorablement placée ; seule elle ne compte aujourd'hui quedix-huità vingt mille habitants, et Georgetown, qui en est comme le faubourg, renferme à peine huit mille âmes.

Le plan tracé par un français , le major l'Enfant , réunit à un très haut degré la commodité, la régularité, le charme de la perspective et la libre circulation de l'air. Avant de rien commencer on avait déterminé la position des divers édifices publics , tels qu'on les construit aujourd'hui , sur le terrain le plus avantageux ; tous dominent des vues agréables, et leur situation les rend susceptibles des accessoires que pourrait exiger par la suite l'utilité ou l'embellissement. La vaste enceinte de Washington , tracée pour une ville dix fois plus peuplée , ses rues tirées au cordeau et larges de quatre-vingts à centpieds; ses habitations, séparées dans quelques quartiers par de grands espaces vides , ou par des champs que sillonne la charrue, la feraient prendre plutôt pour une colonie naissante que pour la capitale d'un état populeux et florissant. Le Capitole est un immense et somptueux édifice surmonté de trois dômes, et bâti avec une pierre de taille à gros grains, dont la teinte légèrement jaune n'a rien de désagréable à l'œil. Il renferme deux salles spacieuses destinées pour les séances de la chambre des représentants et du sénat, une autre pour les assemblées de la cour suprême des Etats-Unis, et une quatrième pour la bibliothèque nationale. LeCapitole fut incendié en 1814- par les Anglais qui se conduisirent comme des Vandales lorsqu'ils prirent Washington ; mais aujourd'hui il est sorti de ses cendres plus riche et plus vaste qu'à cette époque.

L'arsenal de la marine est un des plus beaux établissements de Washington. Au milieu de la cour principale une colonne rostrale a été érigée en l'honneur des marins américains morts dans un combat glorieux devant Alger. Les Anglais cherchèrent à la détruire ; elle porte encore les traces des coups de sabre dont ils l'ont frappée ; les Américains n'en ont effacé aucune, mais ils ont gravé sur la base du monument cette phrase sévère : « Mutilé par les Anglais, en 1814 ! »

(I) Voir l'article que nous avons publié sur Georges Washington, dans le Magasin Universel, x. îv, p. 150.

LA DAME DE LAVAL

Histoire du seizième siècle. ( Voir p. 127. )

C'est bien ici, drôles à l'ouvrage s'il

vous plaît, et sans tarder : vous êtes payés pour être

prompts Jehan, jette au balcon de la dame de

Laval ce maudit grappin de chanvre montez l'un

après l'autre et ne vous laissez point choir.

Ainsi parlait un homme à la haute stature à ses compagnons masqués et enveloppés de larges manteaux. Il semblait être le chef de la troupe, ou plutôt, semblait un grand seigneur, au milieu de ses valets ; car, tandis que les autres mettaient tout en œuvre pour arriver jusqu'à la comtesse de Châteaubriant , il se promenait tranquillement dans la rue, éclairée seulement par la lueur d'un réverbère , dont les vitres fêlées donnaient jour au vent qui menaçait de l'éteindre.

— Comme Dieu ! dit à voix basse l'homme qui avait jeté l'échelle de cordes, et qui était déjà arrivé sur le

balcon. Voici de la besogne de moins la comtesse

est cette nuit dans cette chambre, nous n'aurons pas la peine de tuer quelqu'un pour aller jusqu'à elle...

— Ce que tu dis là est d'un bon chrétien , dit une voix

— Dis plutôt... c'est d'un peureux... répartit une autre voix brusque et creuse !

— Paix!.... braillards cria l'homme à la haute

taille, en frappant le sol de son bâton ferré ; puis, se tournant vers deux hommes de la troupe , il leur dit tout bas : Vous, j'espère que vous n'avez point oublié

vos instruments car nous en aurons besoin cette

nuit

— Elle dort ! cria l'homme qui était monté le premier... ne faites point de bruit... fasse Dieu qu'elle ait le sommeil dur car les femmes, c'est ennuyeux... ça crie... un homme, au moins, se défend sans hurler

— « Si elle se réveillait, qu'on lui mette un bâillon, risque à l'étouffer, » dit le chef, en aidant à se relever un des hommes qui s'était laissé tomber de l'échelle.

Les hommes masqués étaient entrés clans la chambre de la comtesse deux seulement étaient restés

près de l'échelle de cordes... et l'homme au bâton ferré regardait avec attention dans les angles des maisons, dans la crainte de quelque surprise... Us entendirent un moment des cris étouffés , mais le silence ne tarda pas à se rétablir , et ils virent une ombre blanche sur le balcon. C'était la dame de Laval que les assassins avaient bâillonnée et portaient, avec précaution , évanouie et sans souffle. Ils furent bientôt descendus... Us étaient haletants et avaient presque peur... Quel était donc l'homme au bâton ferré? Car, lorsqu'un des hommes qui portaient la comtesse eut osé lui caresser le menton de sa main , il tressaillit aussitôt. Un bras vigoureux s'était appesanti sur son épaule comme pour la briser , et une voix sombre avait murmuré : « Si quelqu'un de vous oubliait que celte femme est la noble dame de Laval , il me le paierait cher... »

Une litière était à la porte de l'hôtel La prévoyance des assassins n'avait rien négligé. Les homme* masqués déposèrent la comtesse sur les coussins soyeux , et se mirent en route en toute hâte , car la voix d'un crieur avaitretenti...et les mains tourmentèrent les poignards dans l'ombre... « Si l'on nous demande ce que nous portons là , que dirons-nous? demanda l'un des porteurs. — Nous dirons que nous reconduisons , en galants cavaliers , une noble dame à son hôtel. — Et si l'on ne croit pas, nous frapperons, » ajouta l'homme au bâton ferré.

Ils arrivèrent bientôt à une maison , vieille et lézardée , du quartier Saint-Jacques , et l'un des porteurs lut à demi-voix l'écriteau éclairé par le réverbère : « Jehan Vitry, à la vigne du Seigneur. »

— C'est ici , dit le chef en frappant légèrement à la porte du tavernier Le brave homme a eu l'esprit de nous garder de la lumière. »

Jehan Vitry parut sur le seuil de la porte avec une torche de résine , qui servit quelque peu à guider la marehe des assassins dans un escalier étroit et sinueux ; puis il ouvrit aux nouveaux venus une chambre , plus longue que large , mais dont l'intérieur lugubre fit frissonner les assassins. Elle était tapissée de draperies noires ; une croix noire aussi était là , triste symbole de la mort et de la prière. Alors deux hommes de la troupe s'assirent paisiblement, tirèrent de leur poche un portefeuille de cuir jaune , qui renfermait toutes sortes d'instruments de chirurgie. Ces hommes lièrent la comtesse sur un siège élevé , après l'avoir

dépouillée de ses vêtements Des vases remplis de

cendre furent placés auprès de la malheureuse , et les chirurgiens allaient se mettre à l'œuvre , quand l'homme au bâton ferré les arrêta , disant : a Vous voyez bien qu'elle est évanouie ; quel plaisir aurait le comte de Châteaubriant , si elle mourait sans connaître le bras qui l'a frappée?... Il faut qu'elle voie cette chambre avec ses tentures funéraires ; il faut que le souvenir de son crime vienne se poser devant elle à l'heure delà mort!... car elle l'a peut-être oublié... Allons!... faites-la revenir à elle. »

La comtesse reprit bientôt l'usage de ses sens. Elle ouvrit les yeux ; mais, à la vue de ce qui l'entourait, elle resta dans cette morne fixité que donne le désespoir et la certitude de la mort. Jehan Vitry, le tavernier , était là debout, tenant à la main sa torche de résine... Les chirurgiens ouvrirent les veines à la dame de Laval , que plusieurs hommes enchaînaient à son siège... On dit que pour la première fois , Jehan

Vitry fit laide grimace devant un crime Voyant

qu'elle n'avait plus que quelques secondes à vivre , le comte de Châteaubriant, car l'homme au bâton ferré , c'était lui , prit la torche des mains de Jehan , s'avança vers elle , ôta son masque , et éclairant lui-même son visage, prononça ces mots d'une voix terrible . « Françoise de Foix , fille de Phœbus de Foix , comtesse de Châteaubriant , dame de Laval , regarde ton époux sourire à ton agonie ; c'est ainsi que se venge le comte de Châteaubriant. Puissent tous les maris punir ainsi leurs femmes infidèles ! »

Au nom de son époux , la dame de Laval ouvrit les yeux ; un mouvement convulsif erra dans tous ses membres, et elle s'éteignit

Le bruit se répandit bientôt que la comtesse était disparue La polico fut mise sur pied. Après do lon-

gues recherches , on trouva le corps de la dame de Laval enterré dans le jardin de Jehan Vitry. Le peuple indigné brisa les vitres de la boutique, et le tavernier fut pendu sur la place de Grève. Il lit quelques révélations... car le comte de Châteaubriant, après un entretien où le roi alla jusqu'à tirer son poignard, eut à sortir du royaume, et à renoncer à tout service dans les troupes de François Ier.

L'amour du roi, pour mademoiselle d'IIeilly, dura peu de temps. Le souvenir de la dame de Laval le poursuivit au milieu des baisers de la nouvelle favorite. ÏHÉOPUILK ClIAIGNEAU.

Pourquoi no pas l'avouer? le petit peuple, quand on ne l'étudié que dans l'histoire , inspire une sorte d'effroi auquel se mêle souvent le mépris. C'est qu'il n'apparaît dans les livres que réduit au désespoir par des siècles de douleur, ou bien enflammé de haine par des sophistes. On ne le montre que lorsqu'on devrait le cacher. Ah ! pour connaître réellement les dernières classes de la société , il faudrait quelquefois vivre avec elles. Loin de les entraîner dans l'arène de la politique , qu'on les suive dans les détails de leur vie privée , alors on les aimera trop pour les compromettre. Oui , pénétrons dans la demeure du pauvre : c'est là qu'en proie à tous les maux , il les épuise sans en être jamais abattu. Mais c'est surtout pour mourir qu'il a un courage tout à la fois simple et sublime ;'pour lui, c'est sa dernière heure de peine ; c'est son travail qui finit. Cependant on repousse l'homme du petit peuple, on ne supporte pas même sa vue ; pour se laisser attendrir , qu'au moins avec moi on daigne jeter un regard sur toutes les misères qui l'attendent. A peine est-il né qu'il est attaqué dans tous ses sens ; hors la mère qui le veille et le nourrit en pleurant , nul n'a pitié de ses précoces douleurs : ce serait lui ravir son premier apprentissage. Exténué avant d'avoir vécu , il n'a pas franchi l'enfance que déjà il est garrotté au métier, gage de son triste avenir. Plus à plaindre que jamais , il n'y a pas de jour où , victime sans défense , il ne supporte les emportements de ceux qui l'enseignent. Enfin , de routine , il en sait assez pour se suffire à lui-même. Mais il a si long-temps souffert qu'il a besoin d'aimer. Son cœur s'attache, et pour la première fois , il sent qu'il peut être heureux. Aussitôt il est appelé à la défense de sa patrie ; bientôt de nouvelles humiliations l'attendent, et sur le champ de bataille , il n'a place qu'où l'on tombe sans même être aperçu. Mutilé, ou du moins privé de l'habitude du travail, il revient dans ses foyers et retrouve celle qu'il aime. L'homme du petit peuple devient père de famille ; ses privations s'en augmentent ; mais si les jours sont durs , les nuits l'en consolent : c'est la moitié de la vie qu'il gagne. Tout-à-coup le métier qui le nourrit devient stérile ; il en apprendra un autre ; non, n'ayant jamais cultivé son intelligence, il ne sait que par imitation. Alors il n'est pas d'emploi qui le rebute, et, de porte en porte, il frappe pour être admis. Mais avant que la pitié s'éveille , des mois entiers s'écoulent. Cependant, sa femme et ses enfants , épiant son retour , lui demandent où est le pain qu'il apporte ; il ne leur répond pas ; mais , se glissant dans l'ombre, il implore la pitié publique. On l'arrête ; il est cou-

pable : telle est la loi de la civilisation. Enfin les temps deviennent plus heureux , et il retrouve dans son travail le lucre quotidien. Mais, usé par la détresse et vieilli avant l'âge , il se traîne pour être admis un instant dans ces asiles où la désolation , depuis des siècles, ne s'arrête pas. Le danger est si imminent que la porte s'ouvre devant lui , et il s'étend sur un grabat encore tiède : c'est le dernier reste de chaleur qu'a laissée celui qui l'a précédé ; c'est ainsi que dans ces lieux on trouve de la place. En vain la science et la charité chrétienne essaient de le sauver. Il n'a plus les soins de sa femme ni la tendresse de ses enfants ; ceux-ci , qui doublent le poids de leur travail pour adoucir son sort, ne le voient qu'en passant. Il touche à sa dernière heure : alors d'une voix éteinte , il appelle ses enfants, les cherche, soupire et meurt ; à la

pointe du jour ils accourent ; leur père est remplacé ; où est-il? On ne sait. Coupées et mutilées, les dépouilles du pauvre restent sans forme humaine, et, jetées dans le même abime, s'y perdent sans le combler. Ainsi se clôt la vie de l'homme du petit peuple , de celui qu'on regarde comme heureux , parce qu'il a joui par moment de l'indépendance qu'assure un métier (1).

ÉTUDES BOTANIQUES

Suite de l'article sur les feuilles. (Voir page 102.)

C'est particulièrement dans les feuilles que l'irritabilité des végétaux est prouvée par des faits nombreux , et cette irritabilité est la cause de la contrac-

( Cinquième planche des Etudes botaniques. )

tion et du mouvement. Dans plusieurs acacies, et particulièrement dans la sensitive , ces phénomènes ont beaucoup été observés. Un simple contact, une secousse , la chaleur , le froid , une goutte de liqueur acide ou alcaline , enfin tous les agents chimiques ont une action plus ou moins prononcée sur elle. Dans son plus grand degré d'irritation , les folioles s'appliquent les unes sur les autres par leur face supérieure , et le pétiole commun s'abaisse le long de la tige ; mais si l'on ne touche la plante que légèrement , l'irritabilité se manifeste avec moins d'énergie. M. Desfontaines , allant un jour diner chez une dame , à la campagne , eut l'idée de lui porter un pot de sensitive. Dès qu'il fut en voiture , la plante , secouée par le mouvement du cabriolet , ferma aussitôt ses folioles ; mais, peu à peu , elle s'y accoutuma , les ouvrit et ne les ferma plus. Vainement , M. Desfontaines touchait les feuilles , secouait les rameaux , la plante restait avec ses folioles ouvertes et ne paraissait pas s'apercevoir de ces attaques ; elle n'avait plus de sensibilité. Le cé-

lèbre botaniste était désolé , car son petit présent perdait toute sa valeur; en perdant cette irritabilité qui rend la sensitive si curieuse , il ne restait plus qu'une plante chétive , sans aucun mérite , ni par ses fleurs , ni par son feuillage , découpé cependant avec assez de délicatesse. Quand il fut arrivé , il déposa tristement le pot sur le mur d'appui d'une terrasse , où il resta oublié pendant une demi-heure. Le hasard ayant ensuite conduit la dame et le naturaliste enTcet endroit, ce dernier fut tout aussi étonné que la maîtresse de la maison do voir que la sensitive avait repris toute son irritabilité.

Le mouvement des plantes n'est pas toujours le résultat d'un contact avec les corps extérieurs ; il résulte quelquefois d'une cause intérieure et inconnue. Les feuilles du sainfoin oscillant [hedysarum gyrans), plante du Bengale, sont composées de trois folioles

(1) L'Observateur au xix« siècle, par Saint-Prosper.- 3 vol. in-8.

comme le trèfle ; la foliole terminale est très grande et les deux latérales très petites. Ces deux dernières s'élèvent et s'abaissent continuellement en tournant sur leurs charnières par un mouvement de torsion, et ce mouvement est tellement rapide, qu'on peut compter jusqu'à cinquante oscillations par minute. La foliole du milieu se tient immobile et dans une position horizontale pendant le jour; mais, lorsque la nuit s'approche , elle se couche sur la tige et reste dans cette attitude jusqu'au jour. Les deux autres petites feuilles n'en continuent pas moins leurs oscillations.

La dionée attrape- mouche [dionœa muscipula), offre un autre genre d'irritabilité , peut-être plus singulier encore. Ses feuilles sont composées de deux lobes réunis par une charnière qui règne le long de la ligne médiane. Si un insecte touche la surface supérieure de ces lobes , ils se rapprochent subitement , saisissent l'animal , et ne le lâchent que lorsqu'il est mort percé par les aiguillons dont les feuilles sont hérissées.

Les rossolis à feuilles rondes et à longues feuilles , dont les fleurs blanches se font remarquer dans les marais de Meudon et de Montmorenci , ont leurs feuilles munies de longues soies sur leurs bords. Si un insecte se pose sur leur limbe, elles se contractent, se ferment à la manière d'une bourse de jetons, et l'imprudente mouche meurt prisonnière.

L'extrémité des feuilles des népenthes figure un vase muni de son couvercle , et rempli d'une liqueur qui suinte de ses parois. Le couvercle tantôt s'ouvre , tantôt se ferme , selon que le temps se met au beau ou à la pluie. Mais, laissons là cette digression, et revenons à la description de la feuille.

5°. Disposition respective des feuilles. Elles sont géminées, fig. 43, lorsque deux sont placées sur la même coupe sans être opposées ; éparses, disposées sans ordre ; distiques , alternes , mais très régulièrement, et rapprochées de manière à ce que toutes les feuilles du même ]côté se recouvrent en se rapprochant ; en spirale, disposées sur une ligne tournée en spirale autour de la tige, et ayant au moins cinq feuilles par tour; fasciculées , plusieurs réunies à la même insertion et formant une espèce de petit faisceau ; imbriquées, appliquées les unes sur les autres comme les tuiles d'un toit ; couronnantes, quand elles naissent en touffe au sommet de la tige ; en rosette , en touffe formant la rosette ; alternes , seules sur la même coupe et rangées de manière à ce qu'elles soient toujours l'une d'un côté et l'autre de l'autre ; opposées , fig. 44 , placées sur la même coupe, vis-à-vis l'une de l'autre. Ces deux dernières dispositions sont les plus ordinaires.

Les feuilles opposées sont quelquefois verticillées, fig. 45, plus de deux disposées en anneau autour de la tige, et le verticille se dit terne, quaterné, quiné, etc., à trois, quatre, cinq feuilles, etc. Elles peuvent encore être à paires croisées, chaque paire placée audessous de l'autre et la croisant à angle droit , de manière à former une croix si elles étaient rapprochées les unes sur les autres; à paire spirale, placées comme les précédentes, mais ne se croisant pas à angle droit, formant , si elles étaient rapprochées , un X plus ou moins ouvert, de manière que les différentes paires paraissent attachées sur une ligne tournant autour de la tige, trois, quatre, cinq, six paires ou davantage sur chaque tour ou spirale.

6°. Direction. En raison des directions qu'elles affectent , les feuilles peuvent être : squarreuses, recourbées ou rapprochées avec raideur ; opprimées ou oppressées, fortement appliquées contre la tige ; dressées , relevées perpendiculairement à l'horizon ; redressées, s'éloignant de la tige par la base, puis se redressant; étalées, le sommet s'éloignant horizontalement de la base ; courbées, courbées de bas en haut ; recourbées, courbées de haut en bas ; réfléchies , courbées subitement en formant un angle de haut en bas ; infléchies , courbées subitement en formant un angle de bas en haut ; révolutées, roulées sur la surface inférieure; involuUcs, roulées sur la surface supérieure; reclinées , dressées et réfléchies brusquement au sommet ; obliques , un côté de la feuille relevé et l'autre côté incliné vers la terre ; inverses , la surface inférieure dessus , l'autre dessous ; humifuses , étalées en tous sens ; submergées , naissant dans l'eau , et alors elles peuvent être nageantes , plongées entre deux eaux ; flottantes , étendues sur la surface des eaux.

Nous avons dit , dans un article précédent, que les tiges ne sont pas d'une composition tellement homogène, qu'elles ne puissent, ainsi que les branches et les rameaux , se convertir en racines. Les feuilles submergées offrent un phénomène bien plus extraordinaire , dans quelques espèces , et particulièrement dans une renoncule aquatique. Toutes les feuilles qui naissent par hasard hors de l'eau, ont leur limbe muni de parenchyme comme à l'ordinaire ; toutes celles qui naissent dans l'eau n'ont pas la moindre apparence de ce parenchyme , et les nervures s'allongent en forme de racines chevelues.

7°. Consistance. On les dit : grasses, succulentes , charnues; membraneuses, très minces; scarieuses , membraneuses, sèches ; coriaces , sèches , membraneuses , se déchirant difficilement; spongieuses, d'un tissu lâche et compressible.

8°. Pubescence. On la caractérise avec les mêmes termes que nous avons enseignés à l'article du limbe.

9°. Durée. On dit les feuilles persistantes , lorsqu'elles ne tombent pas tous les ans, et que par conséquent elles sont adhérentes ; décidues ou tombantes, lorsqu'elles se dessèchent et tombent chaque année en automne ; caduques, lorsqu'elles tombent peu de temps après leur apparition; marcescentes , lorsqu'elles se dessèchent sur la plante et qu'elles ne sont chassées que par une nouvelle foliation.

Beaucoup de végétaux offrent un phénomène fort singulier, auquel Linnée a donné le nom de sommeil des plantes. Quand la nuit approche , les folioles de l'acacie s'abaissent et restent pendantes vers la terre jusqu'au point du jour; alors elles s'étendent horizontalement, puis elles se redressent à mesure que le soleil monte sur l'horizon , et enfin , vers le milieu du jour, elles sont redressées vers le ciel. Le phénomène se passe d'une manière absolument contraire dans le baguenaudier : ses feuilles s'élèvent aussitôt que la nuit a remplacé le jour. Pendant l'obscurité, le pétiole principal de l'acacie pudique s'incline sur la tige, les pétioles secondaires se rapprochent, et les folioles s'appliquent les unes sur les autres comme les tuiles d'un toit, en dirigeantleurs pointes vers le ciel. Aux approches de la nuit, les folioles de la casse du maryland s'abaissent en tournant sur leur articulation de manière que les folioles de chaque paire s'appliqueii t

l'une sur l'autre, non par la face inférieure, mais par la supérieure. Enfin, un grand nombre de plantes, principalement dans la famille des légumineuses, contractent leurs feuilles pendant la nuit, de différentes manières.

On a cru que le sommeil des plantes devait être attribué à la lumière agissant d'une manière mécanique sur leurs organes; mais les expériences de M. de Candolleont prouvé qu'il n'en était rien. 11 plaça plusieurs plantes dans un lieu ténébreux où nulle lumière du jour ne pouvait pénétrer ; il les éclaira fortement au moyen de flambeaux, et il en obtint ce résultat : quelques-unes se trompèrent sur les heures du jour : elles ouvrirent leurs folioles pendant la nuit et les fermèrent pendant que le soleil était sur l'horizon ; d'autres persistèrent dans leurs habitudes , veillèrent et sommeillèrent à leurs heures accoutumées. Nous reviendrons sur le sommeil des plantes lorsque nous traiterons de la corolle.

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