Chapitre à ajouter à la cuisinière bourgeoise
M. P.... , attaché , il y a une trentaine d'années, à la légation d'Autriche à Londres , éprouva un jour un cruel désenchantement. Les secrétaires et employés de M. 0... faisaient tous les jours un somptueux dîner à l'hôtel de l'ambassade. Ils avaient pour cuisinier un nègre qui s'était acquis , à la Jamaïque , une réputation colossale ; ce cuisinier fabuleux excellait surtout à apprêter des boulettes de hachis , que les convives savouraient avec extase. Par un malheureux hasard ,
M. P traverse un jour la cuisine pendant qu'on
fabriquait le diner ; il voit son grand diable de nègre , coiffé d'un immense bonnet de coton , le ventre entièrement nu , et pétrissant ses boulettes ; il prenait du hachis fort délicatement avec ses doigts , et le façonnait tant bien que mal ; il l'aspergeait d'un peu de farine, et puis, à l'aide de ses deux mains, il roulait ces boulettes informes sur son gros ventre , qu'il avait préalablement frotté d'huile. Le secrétaire d'ambassade partit le lendemain pour Saint-Pétersbourg.