‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 56 sur 166 · LES TURCS OU TATARS DE KAZAN · texte numérisé non relu

LES TURCS OU TATARS DE KAZAN

De tous les peuples de l'Asie que la Russie à réunis à son empire dans l'espace de quatre siècles , nul n'a été pour elle une conquête aussi glorieuse et aussi utile que les Tatars ou plutôt que les Turcs de Kazan. Chez aucune nation de cette partie du monde on ne rencontre plus de ces qualités précieuses et réelles qui font la force et la solidité d'un état. La civilisation de ces Turcs n'est cependant point une civilisation empruntée, elle leur appartient en propre, et elle porte avec elle un cachet particulier ; il est même certain qu'à l'époque où ils furent subjugués par les Moscovites, c'est-à-dire en 1552, ils étaient beaucoup plus avancés qu'eux dans les arts utiles et domestiques. Cette activité commerciale qui a toujours fait un des principaux caractères de la nation, loin de se ralentir, a sans cesse pris un nouvel accroissement ; aujourd'hui l'industrie est chez elle dans l'état le plus florissant. A ces goûts laborieux et occupés , les Tatars joignent de nombreuses vertus naturelles. Us sont sobres, chastes, sages, prudents et hospitaliers ; tout en étant extrêmement attachés aux principes comme aux pratiques de l'islamisme, ils se montrent fort tolérants envers les chrétiens. Les femmes jouissent chez eux d'une liberté beaucoup plus grande que n'en a ordinairement le sexe féminin chez les musulmans ; elles se montrent aux yeux des étrangers sans

que les hommes paraissent en concevoir le moindre sentiment de jalousie. La famille est parmi ces Turcs uno véritable monarchie patriarcale. Là, le pouvoir absolu appartient au pure qui n'en use jamais qu'avec modération et sagesse. Quoique la polygamie soit permise par le Coran, le Tatar prend rarement plus d'une compagne, ou s'il en choisit une seconde, c'est uniquement quand la première ne peut plus lui donner de postérité, sa plus jeune est alors placée dans sa couche ; les honneurs et le respect appartiennent toujours à la plus âgée.

Les Tatars de Kazan ont conservé dans leurs costumes et leurs habitations le goût et les manières orientales , tout en les assujétissant aux changements qu'une différence notable de climat et de température devait nécessiter. Leurs maisons , la plupart construites en bois, sont garnies d'élégants tapis et de moelleux sofas. Des poêles et des cheminées y distribuent uno chaleur égale et douce, et là, comme dans toutes les parties de la Russie, l'industrie de l'homme a triomphe de la rigueur du froid.

L'habillement de ces peuples est, comme nous le rappelions tout à l'heure, essentiellement oriental. Les hommes portent une tunique de laine qu'ils attachent au moyen d'une ceinture, par-dessus ils endossent une robe large et flottante, dont les replis gracieux et habilement amenés , donnent au Tatar un air de noble simplicité ; ils se rasent ordinairement la tète, et portent des bottines pour chaussure. Le costume des femmes diffère peu de celui des hommes; il est en général moins large et plus court; la ceinture, au lieu de ceindre la tunique, sert à retenir les plis de la robe. Leur coiffure est un bonnet souvent de forme conique, orné de coraux, de copecks et de verroteries ; de ce bonnet pend une large pièce d'é-

toffe ou de drap qui descend jusqu'au bas des reins et sert de voile. Ces Turques savent disposer ce singulier accoutrement avec un goût et une élégance toute particulière, mais la coquetterie est chez elles presqu'une qualité, puisqu'elle n'a jamais porté atteinte à la pureté de leurs mœurs.

Les Tatars de Kazan sont en général bien faits, quoique d'une taille peu au-dessus de la moyenne ; leurs yeux noirs et perçants , leur air mâle et guerrier, qui n'exclut cependant ni la douceur ni la bienveillance dans les traits, ajoutent encore à la noblesse et à la grâce de leur costume ; plusieurs même laissent croître leur barbe, ce qui achève de leur donner un aspect imposant.

Ces peuples , quoique soumis aux Russes , ont gardé presque tous leurs privilèges, sans doute à cause de leur esprit guerrier et indépendant, qui demandait à être ménagé par un vainqueur. Ils ont conservé l'usage de la langue de leurs pères, le turc, et ils le parlent encore avec une grande pureté. A la connaissance de leur idiome, ils joignent fréquemment celle de différents arts, principalement de la musique ; ils possèdent une sorte de harpe nommée gousli, d'où ils tirent des sons fort harmonieux ; il n'est pas rare non plus de rencontrer, parmi eux, des hommes assez familiarisés avec le russe et le boukhare-persan.

Kazan, ville complètement russe, est comme le point de jonction des civilisations européenne et asiatique. Siège d'un gouvernement et d'une université célèbre, rivale de Moscou par l'élégance de ses fêtes et le luxe de ses tables, rendez-vous de toute la haute société de la Russie, elle ne contribue pas faiblement à entretenir l'état de prospérité des Turcs- Moscovites.

A. Mauby.

Tiitai.s de Kazan.

TEMPLE SOUTERRAIN DELORA DANS LTNDE.

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