‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 58 sur 166 · LA MESANGE A MOUSTACHE · texte numérisé non relu

LA MESANGE A MOUSTACHE

Parmi les légers habitants des forêts, il n'en est pas dont les mœurs soient plus singulières, plus intéressantes que celles des mésanges {parus). La nature a donné à ces charmants petits oiseaux, outre la beauté du plumage et la grâce des mouvements, une intelligence qui ne le cède pas à celle des grands animaux. La plupart vivent et voyagent en famille , et se prodiguent mutuellement les preuves d'une tendre affection ; j'en citerai une preuve. Un jour, j'achetai à des enfants deux mésanges bleues [parus cœruleus , L.), qu'ils venaient de prendre au piege, afin de voir jusqu'où l'intelligence de ces petits oiseaux pouvait aller. J'en attachai une par la patte, avec un morceau de gros fil, et je la fixai à la branche d'un arbre de la forêt. Ses camarades, qui s'étaient peu éloignées, ne tardèrent pas à entendre ses cris et à venir à son secours. Elles l'entourèrent avec inquiétude, et s'aperçurent bien vite du lien qui la tenait captive. Aussitôt, avec leur bec, petit mais très fort, elles se mirent à l'œuvre, non pour couper le fil comme je l'aurais cru, mais pour le dénouer. C'était un plaisir de les voir travailler tour-à-tour, faire assaut de bonne volonté et d'adresse , et les maladroites céder leur place à celles qui avaient plus d'intelligence. Enfin, à force de persévérance et d'efforts, le fil fut dénoué, et un cri général de triomphe et de joie m'annonça la délivrance de la prisonnière, qui prit aussitôt son vol et fut suivie de toutes les autres.

Déjà d'arbre en arbre , elle s'était éloignée du lieu de la scène, lorsque je jugeai à propos de les faire revenir. Je n'eus besoin pour cela que de faire crier celle que je tenais, et je les vis aussitôt accourir. Jo remarquai avec intérêt que colle même qui n'étaif

libre que depuis un instant, fut la première à venir au secours.

J'attachai la seconde mésange comme j'avais fait la première , mais j'eus la précaution de faire au fil cinq ou six nœuds les uns sur les autres. Néanmoins, ses petites camarades se mirent à l'œuvre avec la même ardeur , et bec et pattes y allaient. Plusieurs fois je m'approchai bruyamment de l'arbre pour interrompre leur travail et les effrayer ; mais je ne parvins pas à les chasser tout-à-fait. Elles allaient se cacher dans le feuillage ou derrière les branches des arbres voisins, et de là elles m'observaient en attendant mon départ, avec une impatience que trahissaient leurs cris. Enfin, après les avoir inquiétées pendant quelque temps, je me retirai, et rien n'est curieux comme l'adresse qu'elles mirent à défaire les nœuds

les uns après les autres. Quand elles eurent rendu à la liberté la petite captive, toutes prirent un vol assez élevé, et je ne les revis plus.

Les chasseurs connaissent très bien l'affection que les mésanges ont les unes pour les autres, et ils mettent ce sentiment à profit pour s'emparer de la bande entière quand ils sont parvenus à en prendre une. Pour cela, ils lui mettent à la patte une ficelle engluée, et ils sont sûrs que toutes viendront s'y prendre les unes après les autres.

Les mésanges se reconnaissent à leur bec menu , court, conique, nu ou garni de quelques petits poils à la base, et à leurs narines cachées par les plumes. Elles forment une petite famille assez tranchée dans l'ordre des passereaux. Leur plumage est généralement peint d'agréables couleurs où dominent le bleu, le noir et le

La Mésange à moustache.

jaune. Elles vivent d'insectes, de chenilles, de semences et de petits fruits, et pour chercher leur pâture, elles voltigent de branche en branche avec beaucoup de vivacité, grimpant, sautant et se suspendant par les pattes dans une position tout-à-fait renversée.

Quoique d'une très petite taille, les mésanges ont beaucoup de courage et sont même un peu querelleuses. Aperçoivent-elles une chouette ou un autre oiseau de proie nocturne, aussitôt elles donnent aux autres petits oiseaux le signal de l'attaque ; elles entourent l'oiseau nocturne en faisant entendre des cris perçants et non interrompus; elles le harcèlent de toutes parts, se précipitent sur lui, et osent même l'attaquer à coups de bec ; toujours elles parviennent à le mettre en fuite, et elles le forcent à gagner au plus vite sa retraite ténébreuse.

Lorsqu'elles couvent, elles défendent leur nid avec

encore plus de courage , et savent en chasser les coucous, les pies-grièches, et même les petits oiseaux de proie , tels que la cresserelle. J'ai vu plusieurs fois une mésange charbonnière , grosse comme le pouce, donner la chasse à une buse et la poursuivre avec un acharnement extraordinaire, sans que celle-ci , sans doute effrayée par la pétulance et les cris de son faible adversaire , ait jamais essayé de se retourner pour se défendre.

Quoique les mésanges ne soient pas carnassières, elles le deviennent quelquefois par occasion. Si on les renferme dans une volière avec des linottes, des chardonnerets et autres petites espèces, rarement elles manquent de les attaquer, de les tuer et de leur manger la cervelle après leur avoir percé le crâne ; on dit même qu'elles en agissent ainsi en liberté, mais je ne le pense pas. Quoique très petit, leur bec est

très fort, et, par son moyen, elles viennent parfaitement à bout de percer la coquille de la noix la plus dure pour en manger l'amande qu'elles aiment beaucoup.

Pendant la belle saison, les mésanges babitent les bois et les bocages solitaires ; mais, dès les premiers froids, elles se rapprocbent des babitations, et parcourent les jardins pour chereber leur nourriture. Elles niebent dans les trous de muraille, dans les troncs d'arbres, et font un grand nombre d'œufs, de huit à quatorze ou quinze, dit-on. Quelques-unes font leur nid avec beaucoup d'art, et parmi ces dernières, on remarque surtout la mésange à moustache [parus biarmicus, Lin.).

Cet oiseau charmant est d'un roux vif, à tète d'un bleu cendré et à poitrine blanche. Le mâle a sur chaque joue une moustache longue, pointue, d'un beau noir et d'un effet agréable, mais singulier. Ses rémiges sont blanches au milieu, terminées de noir, et sa queue est étagée. La femelle manque de moustache et de bleu à la tète.

Cette espèce, commune dans le nord, est assez rare en France, si ce n'est dans quelques localités de nos départements septentrionaux. Elle habite les joncs, les roseaux, les buissons près des eaux, ou sur les ilôts, et construit très artistement son nid. Elle lui donne la forme d'une bouteille à large goulot, ou plutôt d'une bourse, et elle le suspend à des roseaux ou des joncs flexibles qu'elle rapproche et qu'elle lie ensemble au moyen de brins d'herbe sèche, longs et déliés. L'extérieur du nid est tissé avec de semblables brins entrecroisés très adroitement. L'intérieur est matelassé avec du coton de saule et de peuplier , et enfin, elle dépose sur un lit de plumes six à huit œufs rougeâtres tachés de brun. Elle prend beaucoup de soin de sa petite famille, et vit avec elle jusqu'au printemps suivant , moment où chaque couple se sépare pour aller établir un nouveau ménage. Plus sauvage ou du moins plus solitaire que les autres mésanges, rarement elle s'approche des habitations, si ce n'est pendant les froids rigoureux. Moins vive et moins courageuse, elle est aussi moins méchante, et je ne crois pas qu'elle ait jamais attaqué d'autres petits oiseaux.

Le naturaliste Cuvier a divisé les mésanges en trois petits groupes, qui sont : 1° Les mésanges proprement dites, à bec menu, court, conique ; 2° les moustaches, à bec dont la mandibule supérieure se recourbe un peu sur l'autre à l'extrémité, et 3° les rémiz, dont le bec est grêle, plus pointu qu'aux vraies mésanges.

Le nomenclateur Temminck, qui, ainsi que tous les autres nomenclateurs, prend souvent la méthode arbitraire pour la marche de la nature , a aussi établi trois sections dans le genre parus, mais sur des caractères purement artificiels, quoique assez constants. La première comprend les stjlvains, dont la première rémige est de moyenne longueur. Ce sont les vraies mésanges, qui vivent dans les bois et dans les buissons , et nichent dans les trous naturels des grands arbres. La deuxième, les riverains, qui ont la première rémige nulle ou presque nulle ; et c'est à cette section qu'appartient la moustache. La troisième enfin, dont le bec est un peu droit et pointu, est le rémiz.

Nous terminerons cet article en regrettant que la science, surtout en ornithologie, soit étouffée de plus

en plus sous une synonymie effrayante, et cela est le malheureux résultat de l'amour propre des collectionneurs qui, pour se donner de l'importance, ne pouvant enrichir l'histoire naturelle par des faits , croient l'enrichir par des mots. M. Temminck est moins qu'un autre à l'abri de ce reproche , et cependant M. Temminck était placé pour devenir naturaliste, et le disputer, peut-être, à nos savants professeurs du muséum d'Histoire naturelle. Boitard.

Au moment même où j'écris, des banquiers, qui prêtent à 75 p. 0/0 à tous les gouvernements, parlent patriotisme et désintéressement, et, pour relever par une subite considération la quotidienne usure de leur caisse, ne se marient pas sans faire dans les Gazettes part entière aux pauvres. Les demoiselles de nos théâtres inventent des romans décents ; les vieilles amoureuses de nos coulisses dissertent in-8° sur les rigoureuses privations de la chasteté ; les agents de change commandent de l'éloquence première qualité contre tout dépositaire infidèle ; des athées qui persiflent le Christ, en soirée, font imprimer à gros frais des livres compacts sur la morale chrétienne ; des fabricants d'esprit public , émérites de l'empire , prescrivent tout haut le dévouement à la patrie, que naguère ils ont vendue tout bas ; d'anciennes supériorités républicaines ou impériales exploitant l'histoire, débitent, jusqu'à la troisième édition, l'éloge des vertus qu'ils connaissent à fond , mais que , faute de temps, il n'ont jamais pu pratiquer dans le tourbillon des affaires ; Amphibus , consumant en des jeux de hasard chaque nuit de sa vie, réclame en présence du monde entier la fermeture des repaires dont il est commensal obligé. Tel autre, élu méticuleux, verse le mépris sur qui vend sa conscience politique, et le lendemain est dénoncé officiellement nouveau directeur-général. Nous marchons tous déployant dans le monde une enseigne, sans cesse contradictoire avec notre âge, nos antécédents, notre manière d'être ; bref, nos actions et nos doctrines n'osent jamais se regarder en face. Il est vrai qu'il perce dans notre allure un manque d'habitude si complet, une maladresse si comique , que si jamais le ridicule devait reverdir par une nouvelle restauration , l'heure en sonnerait aujourd'hui. Mais nous sommes tellement identifiés avec le grotesque de notre existence factice, que le naturel et le vrai nous blessent seuls ; puis nous possédons au plus haut degré le flegme de l'intérêt; nous sentons que si l'un de nous riait, l'envie en prendrait peut-être aux autres ; et qui sait si cela ne compromettrait pas sans retour commerce et marchandises?

Il y a encore une autre raison pour que le ridicule ne fleurisse pas parmi nous , c'est qu'il est plus avantageux maintenant de calomnier les hommes que de faire rire à leurs dépens.

Je reconnais deux sortes de ridicule : l'un tient à l'ignorance totale des manières du monde, ou à un défaut complet de grâces; une longue habitude de la société peut quelquefois vous en délivrer. L'autre sorte de ridicule est inhérente à la conformation particulière de l'esprit; c'est un vice d'organisation qui dénature la pensée, comme des yeux louches la physionomie.

(L'Observateur au xixe siècle, par St-Piîosper.)

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