PARALLÈLE ENTRE DESAIX ET KLÉRER
« De tous les généraux que j'ai eus sous moi, écrit Napoléon, Desaix et Kléber ont été ceux qui avaient le plus de talent. Kléber n'aimait la gloire qu'autant qu'elle lui procurait des richesses , et méprisait toute autre chose. Desaix ne rêvait que la guerre et la gloire. Les richesses et les plaisirs n'étaient rien pour lui ; il ne leur accordait pas même une seule pensée. C'était un petit homme, d'un air sombre, à peu près d'un pouce moins grand que moi, toujours vêtu avec négligence , quelquefois même déchiré, méprisant les jouissances et même les commodités de la vie. Plusieurs fois, lorsqu'il était en Egypte, je lui fis présent d'un équipage de campagne complet, mais il le perdait aussitôt. Enveloppé dans son manteau, Desaix se jetait sur un canon, et dormait aussi à son aise que s'il eût été couché sur l'édredon. La mollesse n'avait pour lui aucun charme. Droit et honnête dans tous ses procédés, les Arabes l'avaient surnommé le Sultan juste.
« Kléber était le talent de la nature : le talent de Desaix était celui de l'éducation et du travail.
« Le génie de Kléber ne jaillissait que par moments, quand il était réveillé par l'importance de l'occasion, et il se rendormait au sein de la mollesse et des plaisirs. Le talent de Desaix était de tous les instants ; il ne vivait, ne respirait que l'ambition noble et la véritable gloire : c'était un caractère tout-à-fait antique. » Napoléon disait que sa mort était la plus grande perte qu'il ait pu faire ; leur conformité d'éducation et de principes eût fait qu'ils se seraient toujours entendus. Desaix se serait contenté du second rang, et fût toujours demeuré dévoué et fidèle. S'il n'eût pas été tué à Marengo, le premier consul lui eût donné l'armée d'Allemague , au lieu de la continuer à Moreau. Du reste, une circonstance bien extraordinaire dans la destinée de ces deux lieutenants de Napoléon , c'est que le même jour et à la même heure où Kléber périssait assassiné au Caire, Desaix tombait, à Marengo, d'un coup de canon. »