JOSÉPHINE BEAUHARNAIS
Première femme de Napoléon.
Joséphine avait une connaissance accomplie de toutes les nuances du caractère de l'empereur, et un
tact admirable pour la mettre en pratique, a Jamais il ne lui est arrivé, par exemple, disait Napoléon, de rien demander pour Eugène, d'avoir jamais môme remercié pour ce que je faisais pour lui ; d'avoir môme montré plus de soins ou de complaisance le jour des grandes faveurs, tant elle avait à cœur de se montrer persuadée et de me convaincre que tout cela n'était pas son affaire à elle, mais bien la mienne à moi , qui pouvais et devais y rechercher des avantages. Nul doute qu'elle n'ait eu plus d'une fois la pensée que j'en viendrais un jour à l'adopter pour successeur. »
L'empereur se disait convaincu qu'il avait été ce qu'elle aimait le mieux ; et ajoutait, en riant, qu'il ne doutait pas qu'elle n'eût quitté un rendez-vous d'amour pour venir auprès de lui. Elle n'eût pas manqué un voyage, quelque pénible qu'il fût, pour tout au monde. Ni fatigues , ni privations , ne pouvaient la rebuter ; elle employait l'importunité, la ruse même pour le suivre. Montais-je en voiture au milieu de la nuit pour la course la plus lointaine ; à ma grande surprise, j'y trouvais Joséphine tout établie, bien qu'elle n'eût pas dû être du voyage. — Mais il vous est impossible de venir ; je vais trop loin ; vous auriez trop à souffrir — Pas le moindrement , répondait Joséphine. — Et puis il faut que je parte à l'instant. — Aussi, me voilà toute prête. — Mais il faut un grand attirail. — Aucun, disait-elle, tout est prépaté. Et la plupart du temps il fallait bien que je cédasse.
a En somme, concluait l'empereur, Joséphine avait donné le bonheur à son mari, et s'était montrée son amie la plus tendre ; professant à tout-moment et en toute occasion la soumission, le dévouement, la complaisance la plus absolue. Aussi, lui ai-je toujours conservé les plus tendres souvenirs et la plus vive reconnaissance. »