‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 79 sur 166 · CIRQUE DE CARACALLA OU DE ROMULUS · texte numérisé non relu

CIRQUE DE CARACALLA OU DE ROMULUS

Bas-relief qu'on y a trouvé.

En sortant de Rome , par la porte Capene , et en prenant la voie Appienne, on trouve, non loin de cette route célèbre , une vaste ruine long-temps considérée comme les restes du cirque de Caracalla ; mais que , depuis 1825, on a reconnue avoir appartenu à un autre cirque consacré, l'an 311 de notre ère , à Romulus, fils de Maxence, qui avait été deux fois consul, et qui, après sa mort, reçut les honneurs de l'apothéose. Dès-lors, le nom de Caracalla a été remplacé par celui de Romulus. Les cirques différaient des amphithéâtres , ou doubles théâtres , en ce que ceuxci étaient seulement destinés aux combats de gladiateurs et aux représentations théâtrales, tandis que les premiers servaient aux jeux célébrés dans les fêtes et les cérémonies sacrées. Les plus beaux restes d'amphithéâtres qu'on possède , sont : le Colysée , à Rome , et les arènes à Nismes ; le cirque de Romulus est la seule ruine de cirque qui puisse faire concevoir de ces bâtiments une idée exacte. Il comprend un espace de quinze cent soixante pieds de longueur , sur deux cent quarante de largeur. La porte principale se trouvait au milieu du petit côté rectangle; à côté de cette porte, mais dans l'intérieur du bâtiment, étaient les remises, carceres, d'où partaient les chars qui disputaient le prix de la course. On remarque encore dans le mur des débris de grands pots de terre qui semblent y avoir été placés pour alléger la construction. L'arène , destinée aux jouteurs , était divisée en deux parties dans toute sa longueur , par un mur haut de six pieds et large de douze ; c'était ce qu'on appelait la Spina. Elle était ornée de sta-

tues, de petits temples, d'obélisques, et aux deux extrémités se trouvaient les metce ou bornes , petites tourelles en forme de quilles. C'était sans doute à cette Spina qu'appartenait le magnifique obélisque égyptien qui a été trouvé près de là , et qui orne aujourd'hui la place Navona, à Rome. Ce superbe monolithe, haut de cinquante et un pieds, a été habilement posé sur un rocher qui occupe le milieu de l'ancien Circus agonalis. Le cirque de Romulus a cela de remarquable qu'il ne présente aucune trace de ce fossé de dix pieds de largeur sur dix de profondeur, nommé Euripus, et qui était destiné à mettre les spectateurs à l'abri des atteintes des bêtes féroces qu'un plaisir barbare déchaînait dans ces enceintes contre d'autres animaux, ou même contre des hommes. Ce cirque , comme tous les établissements de ce genre , n'était pas couvert; il est probable qu'on tendait d'une des extrémités à l'autre une vaste toile , ainsi que cela se

pratiquait dans les théâtres. Ce genre de couverture auquel par la suite les Romains mirent un si grand luxe, rendait plus faciles les courants d'air, et ne permettait pas à l'atmosphère d'arriver à ce degré de chaleur étouffante de nos salles de spectacle.

Lors des fouilles qui furent exécutées à plusieurs reprises dans l'emplacement du cirque qui nous occupe , outre l'obélisque de la place Navona , on y trouva un grand nombre de statues , de bas-reliefs et d'inscriptions. Parmi ces curieux monuments de l'art antique, nous citerons particulièrement un bas-relief dont le sujet a autant excité la curiosité des archéologues que leur admiration. On y voit une femme assise donnant à manger à deux ânes ou à deux mulets. Elle est vêtue d'une grande robe, et porte sur la tète, autant que l'état de dégradation de cette partie du basrelief permet d'en juger, une couronne d'épis. Quelle est cette femme? Est-ce une déesse, est-ce une prê-

Bas-relief du cirque de Romulus.

tresse de quelque divinité ? Les deux opinions ont été également soutenues. Aux yeux de certains antiquaires, c'est Cérès, symbole de l'agriculture, donnant à manger aux animaux qui lui sont consacrés. 11 est vrai que l'âne n'était pas l'animal par excellence que le paganisme offrait à la déesse des moissons, c'était une truie pleine ou un bélier. Mais des recherches nous ont appris que l'âne et le cheval lui furent aussi consacrés; parce que, raconte la fable, elle se métamorphosa en jument pour échapper à la poursuite de son frère Neptune. Vains efforts, car le dieu libertin se transforma en coursier , et la rendit mère du cheval Arion. Cette liaison du culte du cheval avec celui de Cérès se retrouve chez les Phigaliens qui , sous le nom de Cérès la noire , adoraient une déesse à la tête d'une cavale et à la crinière de dragon . Avec plus de vraisemblance, des savants ont voulu voir, dans cette femme, la vestale Anémuria, ancienne prêtresse de Cérès ; elle dressa, dit-on , pour les courses du cirque, des ânes venus de l'Arabie, comme l'on

en vit quelquefois paraître, surtout à partir de l'époque des Antonins. Un auteur anonyme d'une description de la ville de Rome, d'où nous puisons ces renseignements , prétend même que ce bas-relief indiquait la place que les Vestales devaient occuper au théâtre ; car, à l'exemple des prêtresses de Cérès chamyne, elles pouvaient , depuis le règne de Néron , assister aux jeux publics.

Quelque fondées que 6oient ces deux hypothèses, ce ne sont jamais que des hypothèses , des hypothèses d'antiquaires, et l'on sait depuis long-temps le degré de confiance qu'on doit leur accorder.

Mais, ne dût-on considérer dans ce bas-relief que l'habileté du ciseau qui l'a produit , on ne saurait s'empêcher d'y reconnaître l'œuvre d'une main romaine qui s'était formée dans l'imitation difficile de l'art grec dans toute sa pureté.

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