‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 82 sur 166 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

Oui, Rome vit encor... De la reine du monde La barbarie, en vain, a, d'une fange immonde Sali vingt fois la pourpre et les flancs entr'ouverts : C'est toujours le grand tout, et la ville éternelle, La chose la plus grave et la plus solennelle, La chose de tout l'univers !

A Rome, tout est prêt pour recevoir la terre, Tout souvenir d'airain parle une langue austère, Tout est sans bornes : ciel, lignes et monuments ; Les horizons, ici, se perdent dans l'espace ; Us sont comme la voie où l'éternité passe, Sans compter l'heure et les moments.

Allez au Capitole, aux pompes de Saint-Pierre, Aux tombeaux des martyrs, vers ces géants de pierre, Qui du Forum antique ombragent le chemin ; Partout vous aurez place au milieu de la foule, Car cet auguste sol, qu'avec respect l'on foule, Peut contenir le genre humain.

Le présent... Il n'est point dans cette ville sainte; Interrogez les voix de son immense enceinte, Chaque écho vous répond : Avenir et trépas. En ce siècle orgueilleux où tout type s'efface, Où tout peuple, à grand bruit, se torture la face, Rome seule ne change pas.

Là, deux mondes toujours sont debout sur la scène ; La chaire et le rostrum, le prétoire et la cène, Le pape et les Césars, Jupiter et le Christ ; Mais le peuple en son culte, et l'église en ses fêtes, Semblent garder encor les amours toutes faites Du mythologisme proscrit.

Ah! qui pourrait compter, ou qui pourrait connaître Tous les faits accomplis, et tous les faits à naître En ce pays chargé de lustres , de malheurs ? Qui pourrait, dans ses yeux, enfermer cette histoire, Tous ces muets témoins de deuil ou de victoire, D'allégresse et de douleurs?

Qui pourrait voir sans fièvre une aurore embrasée, D'une couronne d'or ceindre le Colysée, Ou la lune dormir sur ces mornes débris, Ou le ciel embaumé de la douce Italie, Jouer comme un enfant sur la tête embellie De tant d'ineffables abris?

Et ces moines, gardiens des antiques coutumes, A travers la cité promenant les costumes, Qui de larges contours enveloppent leur corps ; Et le seuil rayonnant des temples catholiques, Et cette herbe qui croît autour des basiliques, Exhalant de tristes accords ?

Ce peuple original de Rome-Trastavère, Par ses plaisirs, ses mœurs, par sa pose sévère, Sans cesse rappelant les Latins d'autrefois ; Ces femmes à l'œil noir, à l'ardente paupière, Aux longs cheveux de bronze, à la gorge de pierre, Souples et fortes à la fois ?

Le souffle du Seigneur peut éteindre ma vie ; Maintenant, elle est vaste, elle est pleine et ravie ; A Rome elle a vécu vingt siècles dans vingt jours. Pèlerin, c'est assez... couche-toi sur ta lyre, Et que tes derniers chants d'amour ou de délire Montent aux célestes séjours !

Le Chev. Joseph Dard.

ÉTUDES ROTANIQUES.

( Huitième article. Voir page 190. )

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