‹ Magasin universel (volume 5)Chapitre 89 sur 166 · LE KAMTCHATKA · texte numérisé non relu

LE KAMTCHATKA

Rien ne s'accrédite plus vite que les erreurs en histoire et en géographie. Que de pays dont on s'est fait un tableau inexact, sur la foi d'un voyageur ignorant ou léger ! Que de notions imparfaites les livres nous fournissent sur nombre de peuples de notre globe. Le Kamtchatka en est une preuve bien frappante. Ce mot ne rappelle-t-il pas l'empire des neiges et des glaciers, le séjour habituel du froid le plus intense et le plus insupportable? Que dirait quelqu'un de ceux qui croient avec ferveur en les auteurs de géographies, en vingt-cinq leçons, ou de cosmographie élémentaire, que l'on nous passe l'expression, s'ils savaient qu'il n'en est rien ou à peu près rien. Que de magnifiques pâturages où l'herbe ondoie à longs flots , comme dans les savanes de la Louisiane, et dans lesquels il ne manque que du bétail, couvrent le sol volcanique de la presqu'île sibérienne ; non pas que nous voulions dire que la température soit aussi élevée à Botcherelsk, ou en quelques autres villes du Kamtchatka, qu'à Calcutta, ni même à Péking. Elle est froide, sans doute, mais le thermomètre ne descend guère plus bas que dans nos hivers les plus rigoureux. Seulement la durée de cette saison y est beaucoup plus longue que dans les climats plus méridionaux. Les vents de l'ouest qui soufflent aussi souvent dans ces contrées, contribuent encore à prolonger cette période d'arrêt dans la végétation.

Nous avons dit que le bétail manquait au Kamtchatka. C'est en effet une des causes qui ont dû retarder le plus le progrès de l'agriculture dans ce pays ; le commerce des fourrures fait en grande partie sa richesse. Là, l'ours , le renard, la zibeline ou soble , fournissent un poil chaud et épais. La pêche pourrait devenir une des sources de prospérité dans la contrée, si elle était faite par des hommes industrieux, et si des lois en réglaient l'échange des produits. Limandes, cabillauds, anguilles, soles, lamproies, abondent dans les rivières nombreuses qui traversent la presqu'île , et qui vont mêler leurs eaux bourbeuses dans l'Océan. Les principales sont le Kamtchatka, l'avatcha et le bolchaïa-Reka. La première a environ

cent trente-cinq lieues de long. Un grand nombre de ces rivières ne gèlent jamais à cause de la rapidité de leurs eaux. Souvent le saumon et le hareng remontent ces ondes qu'alimente la fonte des neiges , et il est alors facile de les pécher. Telle est la quantité des derniers qui, dans le but de frayer, se retirent à l'embouehure des fleuves qu'on peut presque les prendre à la main, et en emplir des boisseaux en quelques instants.

L'humidité du climat et l'inconstance de la température ne sont guère favorables à une végétation bien active. Le mélèze et le bouleau sont les deux seuls arbres qui y poussent aisément. L'écorce du dernier accommodée avec du caviar , fournit un mets assez agréable', en même temps que de la sève on compose une boisson assez tonique. Les plantes médicinales sont là plus abondantes que dans le reste de l'Asie septentrionale , et de nombreux plants d'orties fournissent un fil qui peut, sans trop de désavantages, remplacer celui du chanvre et du lin.

Le Kamtchatka est traversé dans toute sa longueur par une double chaîne de montagnes. L'occidentale est composée de roches anciennes; l'orientale, de roches volcaniques qui se prolongent dans l'Océan, pour aller former les Kouriles. Plusieurs de ces pics sont des cratères encore en pleine activité. On évalue à dix-sept le nombre de ceux qui ne sont pas éteints. Ce sont de véritables fourneaux élevés au-dessus de la crevasse qui traverse l'intérieur de toute la contrée. Le plus célèbre de tous est le Klioutchevskaïa- Chapka qui passe pour être aussi élevé que le pic de Ténérifle. Par un temps clair, on l'aperçoit de soixantedix lieues en mer. Une énorme masse de glaces couvre ses flancs, et un fait remarquable, c'est que c'est le

seul glacier qu'on connaisse en Sibérie. Une bande de rochers escarpés en entoure la cime. C'est à travers cette ceinture rocheuse que s'échappe la lave brûlante du cratère. Parfois la glace arrête le fleuve de feu, mais bientôt celui-ci la brise en faisant entendre un bruit épouvantable. La bouche du volcan a environ un quart de lieue d'étendue , constamment il s'en échappe des flammes, des vapeurs blanches et des fumées épaisses. Ces déjections volcaniques se présentent sous la forme de grosses boules de feu qui se transforment ensuite en anneaux et disparaissent dans l'atmosphère, En 1821, une éruption si terrible se déclara, que le cône de la Petite-d'Alalt, une des Kouriles, s'écroula des deux tiers de sa hauteur.

Après le Klioutchevskaïa, on remarque le Sveloutch, le Kasnaïa-Sopka et le Kamtchatskaïa. Toutes ces montagnes présentent des flancs abruptes et une nature tourmentée ; la végétation y est rare. Dans la chaîne occidentale , les hauteurs moins élevées sont unies par des pentes douces très boisées.

Tel est le tableau physique du Kamtchatka. Un petit nombre de villes ont été construites sur ce sol plus inculte que rebelle ; ce sont plutôt des villages et des hameaux que de véritables villes. Avatcha ou Petropavlofsk , compte à peine cinq cents habitants. Son port, d'où partent les barques des baleiniers, fait toute son importance. Botcherelsk n'est qu'un amas de eabanes qui n'a d'autre célébrité que sa poste aux chiens; enfin, Verkhné-Kamtchatka ne présente qu'un hôpital militaire autour duquel se groupent quelques mauvais réduits.

Dans un prochain article , nous examinerons le peuple qui habite cette contrée, si long-temps mal connue. A. Maury.

Vue du volcan de Kamtchatskaïa.

Paris, Imprimerie de Chassaignon, rue Gtt-le-Cœar. 7.— Tiré à la Piesse mécanique par Aristide.

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L EKMITE KNDOUMI , DE V1EN.

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