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RIO-JANEIRO

Bâtie au fond de la baie de Ganabara, en 1567, par les ordres de la reine Catherine, Saint-Sébastien de Rio-Janeiro est devenue comme une autre Lisbonne, où sont allées s'exiler la puissance et la splendeur du Portugal. Le génie de Pombal semblait avoir pressenti qu'il fallait assurer à la nationalité portugaise , à la famille royale de Bragance, qui en était le type et le palladium , un asile contre l'envahissement de l'Angleterre, contre les armes victorieuses de la France. Long-temps réduit à la condition d'un gros bourg, dont les environs marécageux rendaient les communications difficiles avec l'intérieur , le fort de Calabouço et les maisons clair-semées qui l'entouraient , se changèrent en un vaste entrepôt des denrées du Nouveau-Monde, en une cité populeuse et commerçante, qui devait accueillir un monarque dans ses murs, et se trouver élevée au niveau d'une ville de premier ordre. Les boulets que lui envoyèrent le capitaine Du Clerc et ensuite l'illustre Duguay-Trouin , effleurèrent à peine les toitures de ses maisons, sans porter à la colonie un dommage durable ; l'administration de Carvalho vint réparer bien vite les sept millions de perte que la ville avait éprouvée. Luiz Vasconcellos, par un gouvernement sage et ami des arts , embellit la cité naissante. De nombreux édifices consacrés au culte ornèrent les rues à peine tracées. Un gigantesque aqueduc , qui rappelait par ses proportions ceux que les Bomains ont laissés comme monuments de leur génie constructeur, amena dans Rio-Janeiro une onde pure, dont elle avait été jusqu'alors privée. Rien n'est plus grandiose et élégant que cet aqueduc de la Carioca qui forme un des édifices les plus nationaux du Brésil, et qui a tant contribué à la renommée de sa capitale.

Saint-Sébastien est un archevêché, et sa cathédrale, appelée église des Carmes-déchaussés, se trouve sur la place du Palais-Boyal. Moins vaste que ce temple, la chapelle royale , outre qu'elle attire l'attention par son vaisseau gracieux à l'extérieur , et d'une grande richesse d'ornements à l'intérieur, rappelle encore des souvenirs historiques. C'est là que Jean. VI venait assister à l'office divin , c'est là que

l'on entendait une musique religieuse, supérieure à toutes celles de nos chapelles européennes.

A côté de ces monuments sacrés , nous placerons pour la magnificence des décorations, Saint-Françoisde-Paul avec ses nombreux ex-voto , Saint-Françoisd'Assise aux dorures un peu trop prodiguées, l'église de la Candelaria , aux tours élevées, et qui est sans contredit la plus grande église du Brésil.

Mais la merveille de Rio-Janeiro, c'est San-Bento, ce couvent, dont la situation si piltoresque en fait plutôt une maison de plaisance que la demeure d'une communauté religieuse. L'extérieur en est d'une noble simplicité ; on a réservé toute la richesse pour l'intérieur. Les salles et les corridors sont boisés en jaracanda, sculptés en relief, une teinte aux nuances violettes et aux reflets dorés, ajoute au poli naturel de la boiserie. Des peintures dues à de vieux pinceaux brésiliens , retracent les principales scènes de la vie de saint Benoit; ses reliques sont religieusement conservées dans une chapelle non moins riche de dorures et d'ornements analogues. Malheureusement les dernières révolutions qui ont bouleversé le Brésil , ont transformé en caserne ce couvent somptueux , et il est à craindre que l'éclat de l'ameublement ne s'efface sous le vandalisme des soldats américains.

Santo-Antonio et Santa-ïheresa sont les édifices du même genre les plus remarquables après San-Bento. La situation de Santa-Thcresa est peut-être plus admirable encore que celle de San-Benlo. L'édifice n'est pas entouré de murailles, et sa blanche façade qu'on aperçoit du bord de la mer, s'élève d'une pelouse verdoyante qu'entourent de leurs buissons odorants les haies vives qu'on a plantées.

Au-dessous du séjour des vingt-et-une recluses de Sainte-Thérèse, sur un cap, s'élève la jolie église de Notre-Dame-da-tîloria , dont la construction pitto-

resque donne à la contrée qui l'avoisine un aspect vraiment original (voy. la planche). Êtes- vous monté sur le perron de ce temple , devant vous se déploient <>• magnifique Océan , ces montagnes des Orgues qui encadrent les bords d'un lac aux ondes calmes et aux rives variées.

Si des édifices religieux nous passons aux monuments civils, nous voyons la douane, le théâtre, égal en étendue à celui de la Scala , à Milan, la Bourse, due à un architecte français, M. (îrandjean de Montigny. Destinée à des événements moins importants et surtout moins tristes cette œuvre d'un de nos compatriotes a vu de bonne heure ses salles abandonnées, à cause des tristes souvenirs qu'elles rappelaient aux Américains. C'est là que se livrèrent ces scènes sanglantes de désordre, quand Jean VI, prêt à quitter le Brésil , vit le pays réclamer le bénéfice d'institutions libérales pour lesquelles il était à peine préparé.

Nous ne ferons que citer le Passeio publico, ou jardin public, dont les terrasses rappellent celles de Constantinople par la vue magnifique dont on en jouit, et où deux fontaines élégantes rafraîchissent l'air épais d'un climat intertropical.

Les rues de Bio, et particulièrement celle de l'AIfandega, sont fort animées. La variété des races d'hommes jointe à celle des costumes, suffirait seule pour rompre la monotonie bruyante des villes commerçantes ; mais Bio échappe à ce défaut, elle a su demeurer à la fois la ville de l'homme occupé et celle de l'oisif. La pureté du ciel, la magnificence des points de vue, sont là pour consoler celui que le bourdonnement des marchands fatigue, que le calcul de bourse et de changes ennuie; l'idéal se confond dans la cité brésilienne, presque avec la réalité.

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