DE LA FABRICATION DES BOUGIES STÉARIQUES
Les recherches des chimistes ont doté la France d'une nouvelle industrie qui prend tous les jours de l'extension , et qui commence même à se répandre dans toutes les parties de l'Europe; ce fait seul prouve combien elle est digne d'intérêt, et combien aussi sont grands les avantages qu'on en retire. Nous voulons parler de la fabrication des bougies stéariques que tout le monde connaît, sous le nom de bougies du Phénix, de l'Étoile, de la Comète, du Soleil, etc.. Elles offrent, avec une grande modicité de prix, la blancheur et le sonnant des plus belles cires , et c'est vraiment la routine seule , opposée à tout ce qui est nouveau , qui est encore l'unique obstacle à une grande consommation. Un grand intérêt que présente cette fabrication , c'est que la matière première des bougies est le suif, mais le suif débarrassé de toute sa partie liquide, qui le rend si sale au toucher, si désagréable à l'œil ; voilà donc un nouveau débouché avantageux ouvert à un produit extrêmement abondant dans beaucoup de contrées.
Nous allons voir par quelles suites d'opérations très intéressantes, on est parvenu à isoler du suif une matière , Y acide stéarique , qui lui ressemble si peu.
Les chimistes ont reconnu que les matières grasses pouvaient toutes donner naissance à de véritables acides, lorsqu'on les traitait par une base quelconque, de la potasse ou de la chaux, par exemple , et qu'on pouvait les enlever à cette dernière combinaison, au moyen d'un acide plus énergique ; voilà le principe sur lequel s'appuie toute la fabrication des bougies , principe dont l'application a donné lieu à de si heureux résultats.
Voici comment on opère en grand :
On place à peu près mille livres de suif dans une cuve en bois (n° 1), avec une quantité d'eau suffisante ; on chauffe au moyen d'un tuyau qui amène la vapeur dans le fond. Quand le suif est bien fondu, on ajoute, peu-à-peu , cent cinquante livres de chaux bien délayée , on recouvre alors la cuve , et l'on chauffe à peu près trois à quatre heures. La chaux forme un savon, une combinaison avec trois acides qu'elle met en liberté, etqui, unis à une base animale, la glycérine. formaient le suif. Ces trois acides sont les acides stéarique, marganique et oléique, qui forment, comme nous l'avons dit, un savon très dur avec la chaux. Quant à la glycérine, que la chaux a remplacée , et qui forme 12 % à peu près du suif employé, elle est soluble dans l'eau, on en est donc débarrassé.
Il ne nous reste donc plus que ce savon très dur formé avec la chaux, et les trois acides qu'il faut maintenant rendre libres. On concasse ce savon , et on le place dans une seconde cuve (n° 2), avec deux cents livres d'acide sulfurique étendu dans vingt fois son volume d'eau. On chauffe ; le savon est décomposé, l'acide sulfurique se combine avec la chaux pour former du sulfate de chaux, ou plâtre, qui, vu sa pesanteur, se précipite au fond de la cuve ; les trois acides gras viennent surnager comme une huile , on les décante dans la cuve (n° 3), toujours chauffée à la
vapeur ; on les lave avec de l'eau acidulée, puis avec de l'eau pure.
Les acides soutirés sont placés dans des moules où on les laisse refroidir ; on obtient des masses jaunâtres dont l'aspect huileux est dû à l'acide oléique, le seul qui soit liquide à la température ordinaire , et qui forme à peu près la moitié du produit. 11 s'agit donc maintenant d'extraire cet acide pour obtenir les acides stéarique et marganique dans toute leur pureté. On y parvient en réduisant en pulpe le pain d'acides, au moyen d'un couteau mécanique (n° k) très ingénieux et qu'il serait trop long de décrire ici; on enveloppe cette pulpe dans une serge, de manière à former des pains très peu épais qu'on place sur le plateau d'une presse hydraulique ordinaire (n° 8 ) qui les comprime fortement. La plus grande partie de l'acide oléique liquide part, mais il est nécessaire pour l'extraire entièrement de presser à chaud, pour que l'acide, rendu plus fluide , s'échappe plus facilement. La presse à chaud (n° 11), que l'on emploie , est fondée sur le même principe que l'autre , seulement elle est couchée horizontalement, et les parois qui soutiennent les pains , sont chauffées à la vapeur. Après ce pressage qui est extrêmement rapide, les pains que l'on retire sont d'une éclatante blancheur ; on les dissout de nouveau dans une cuve (n° 12), où les acides sont lavés avec de l'eau acidulée pour enlever les traces de chaux qu'ils renferment encore. Après un nouveau lavage dans la cuve (n° 10) , on moule de nouveau, et les pains refroidis sont propres à la fabrication de la bougie.
Ordinairement on mêle 10 °/0 de cire aux acides pour les empêcher de cristalliser lorsqu'on les coule dans les moules qui leur donnent leur forme définitive.
Avant de livrer les bougies au commerce, on les expose pendant quelque temps à l'air pour les blanchir ; on les polit ensuite, et enfin, elles sont propres à la consommation.