C. Knab, ingénieur
Le génie du célèbre Benjamin West, qui fut président de l'académie royale de Londres, se révéla dès l'enfance et d'une manière assez extraordinaire pour mériter d'être racontée.
Dans le mois de juin 1745, sa sœur vint passer quelque temps chez sa mère avec son enfant. Un jour que la petite venait de s'endormir dans son berceau, madame West invita sa fille à aller cueillir des fleurs dans le jardin , et confia jusqu'à son retour l'enfant aux soins du jeune Benjamin , lui recommandant de bien chasser les moustiques qui pourraient troubler le sommeil de son précieux dépôt. Immobile au pied du berceau, son éventail de plumes à la main, le petit garçon osait à peine respirer. Le plus doux sourire errait sur les lèvres de l'enfant endormi ; sa beauté en devint ravissante; le jeune West la contemplait avec un plaisir qu'il n'avait jamais éprouvé jusqu'alors. Sur une table, auprès de lui, se trouvaient par hasard du papier et de l'encre rouge et noire, il s'en saisit avec une agitation toujours croissante, et, d'une main tremblante d'émotion, essaie d'esquisser le portrait de la charmante petite fille. A celte époque il
n'avait aucune idée du dessin, et n'avait jamais aperçu ni portraits ni gravures quelconques, il était âgé alors de sept ans. Entendant approcher sa mère, il essaya de cacher ce qu'il avait fait; il était confus, tremblant. Sa mère exigea l'aveu do ce qui causait son trouble ; il obéit, et présenta le papier qu'il avait osé prendre sans permission, en priant qu'on lui pardonnât sa faute. Madame West reconnut sur-le-champ les traits de sa petite-fille , elle serra son fils dans ses bras, et loin de le gronder comme le pauvre enfant le craignait, elle le combla de caresses. Ainsi encouragé, il assura à sa mère que si elle voulait bien le lui permettre , il dessinerait les jolies fleurs qu'elle tenait à la main. Son génie venait de s'éveiller, et il sentit que dorénavant il serait capable d'imiter tout ce qui pourrait lui plaire. Ce petit incident arriva en Amérique , près de Springfield, dans la Pensilvanie, où West est né. Saturday Magazine.
Arbre d'une grandeur extraordinaire en Istrie.
Les voyageurs ont jusqu'à ce jour cité comme une merveille , un tilleul de Russie dont l'ombrage peut servir d'abri à trois mille deux cents personnes. L'Istrie, dont les forêts étendues fournissent de très beaux bois de construction à l'arsenal de Venise , offre un phénomène bien plus extraordinaire encore ; c'est un noyer que l'on trouve dans un petit village du district de Pingucnte. Les rameaux de cet arbre magnifique ont un développement circulaire de seize pas vénitiens de diamètre (80 pieds). La circonférence en est par conséquent d'environ cinquante pas , et la superficie de l'ombre, en supposant le soleil au méridien, est de deux cents pas carrés , c'est-à-dire cinq mille pieds carrés.
Un homme occupant moins d'un pied carré de superficie, plus de cinq mille personnes pourraient donc reposer à l'ombre de ce noyer colossal. La Vicinia, c'est-à-dire le conseil de cette commune , tient ordinairement ses séances sous son ombrage. On y rend la justice en plein air ; aussi ce noyer est-il l'objet d'une sorte de vénération pour les habitants du bourg, qui en tire vanité , et d'une admiration jalouse pour leurs voisins.