VIRGILE
Un littérateur a dit: «M. Mollevaut est le premier des poètes, dont la France se glorifie, qui ait traduit en prose et en vers les Églogucs, les Gëorgiques et Y Enéide de Virgile. Sa nouvelle édition ne renfermera pas un seul vers de plus que l'original, en sorte que 12,1)18 vers des œuvres entières de Virgile, seront représentés par 12,918 vers français, et cette difficulté vaincue ne nuit ni à la fidélité, ni à l'élégance du style : Un pareil phénomène n'existe pas dans le monde littéraire. »
Nous donnons à nos lecteurs un fragment de ce beau travail, pour leur faire connaître son utilité et son importance.
Simprfttcis.
JENEI6, libëh i, versus 3N.
Vix e conspectu siculse tclluris in altum Vêla dabant lœti, et spumas salis a;re ruebant, Quum Juno, aeternum servans sub pectore vulnus, Hjcc secum : Mené incœpto desistere victam ! Nec posse Italià Teucrorum avertere regem ! Quippe vetor fatis ! Pallasne exurere classem Argivrtm, atque ipsos potuit submergerc ponto, Unius ob noxam et furias Ajacis Oïlei'? Ipsa, Jovis rapidum jaculata è nubibus ignem, Disjecitque rates, evertitque acquora ventis; Ulum exspirantem transfixo pectore flammas Turbine corripuit, scopuloque infixit acuto : Astego, qure divùm incedoregina, Jovisque Et soror et conjux, unâ cum gente tôt annos Bella gero ! Et quisquam numen Junonis adoret Praterea, aut supplex aris imponat honorem?
Talia flammato secum dea corde volutans, Nimborum in patriam, loca fœta furentibus austris, JEoliam venit. Hîc vasto rex yEolus antro Luctantes ventos tempestatesque sonoras Imperio premit, ac vinclis et carcere frenat. Illi indignantes magno cum murmure montis Circum claustra fremunt. Celsâ sedet TEolus arce, Sceptra tenens ; mollitque animos, et tempérât iras". Ni faciat, maria ac terras cœlumque profundum Quippe ferant rapidi secum, verrantque per auras ; Sed pater omnipotens speluncis abdidit atris, Hoc metuens : molemque et montes insuper altos Imposuit; regemque dédit, qui fœdere certo Et premere et laxas sciret dare jussus habenas.
Ad quem tum Juno supplex his vocibus usa est : vEole (namque tibi divûm pater atque hominum rex Et mulcere dédit fluctus et tollere vento), Gens inimica mihi Tyrrhenum navigat aequor, llium in Italiam portans, victosque pénates : Incute vim ventis, submersasque obrue puppes ; Aut âge diversos, et disjice corpora ponto. Sunt mihi bis septem praestanti corpore nymphœ Quarum, quae forma pulcherrima, Deiopeam Gonnubiojungamstabili, propriamque dicabo ; Omnes ut tecum, meritis pro talibus, annos Exigat, et pulchrâ faciat te proie parentem.
YEolus haec contra : ïuus, o regina, quid optes Explorare labor ; mihi jussa capessere fas est. Tu mihi, quodcumque hocregni, tu sceptra Jovemque Concilias ; tu das epulis accumbere divùm , Nimborumque facis tempestatumque potentem.
Hœc ubi dicta , cavum conversa cuspide montem Impulit in latus : ac venti, velut agmine facto, Quà data porta, ruunt, et terras turbine perdant. Incubuêre mari, totumque à sedibus imis Unà Eurusque Notusque ruunt, creberque procellis Africus, etvastos volvunt ad littora fluctus : Insequitur clamorque virùm, stridorque rudentum. Eripiunt subito nubes cœlumque diemque Teucrorum ex oculis ; ponto nox incubât atra. Intonuêre poli, et crebris micat ignibus aether, Prœsentemque viris intentant omnia mortcm. 58 vers.
Cn Ênnprtc.
ENÉIDE, LIVHE 1, VEIIS 38.
A peine lesTroyens ont quitté la Sicile, Sous l'airain de leur flotte ouvert l'onde indocile, Que, gardant pour jamais sa douleur dans le sein, Junon dit : « Moi, vaincue ! abjurer mon dessein ! Ne pouvoir d'un Troyen affranchir lilespérie ! O sort! tu le défends !.. et Pallas, en furie, Brûle les nefs des Grecs , livrés tous au trépas , Pour les forfaits d'Ajax, qu'ils ne partageaient pas !... Elle-même des dieux prend le rapide foudre, Bouleverse les mers, met les vaisseaux en poudre, Enlève et lance Ajax, percé d'un trait brûlant, Et sur des rocs aigus l'attache tout sanglant : Et moi, des Immortels, moi qui marche la reine, Moi, sœur de Jupiter, épouse souveraine, Je lutte si long-temps contre ces vils mortels ! Oh ! qui voudrait encore encenser mes autels? »
Au fond du cœur, Junon, roulant ces flots de rage. Vers la sombre Eolie, où s'enfante l'orage, S'élance : Eole enchaîne,, en leurs antres tremblant*, La tempête sonore et les vents turbulents : Autour de leur barrière, indignés, ils frémissent, Et du mont caverneux les profondeurs gémissent. Leur roi, sur un rocher, de son sceptre vainqueur, Amollit leur orgueil, tempère leur fureur : Sans lui, le ciel, les eaux, la terre confondue, Rouleraient, emportés dans leur course éperdue : Mais du dieu tout-puissant, sur leurs vastes prisons, La crainte fit peser l'énorme poids des monts, Et leur impose un roi, dont les mains souveraines Savent et relâcher et retenir les rênes.
Junon le suppliant de ses discours adroits : « Vous, à qui Jupiter accorde tant de droits, Vous, qui soulevez l'onde et calmez sa furie, Un peuple que je hais transporte en Etrurie Ses pénates vaincus et sa Troie en lambeaux : Plongez leurs mâts rompus en d'humides tombeaux, Et dispersez leurs corps sur la vague écumante : Deux fois sept déités ornent ma cour charmante ; Déiope, la plus belle, est à vous pour toujours ; L'hymen va désormais l'enchaîner à vos jours, Et ce noble bienfait à votre amour prospère Assure des enfants aussi beaux que leur père. »
« Ordonnez, dit Éole, un mot doit m'asservir ; Votre esclave à vos pieds ne prétend que servir : C'est à vous que je dois ma faveur couronnée, Vous qui m'offrez des dieux la table fortunée, Et courbez l'aquilon sous mon sceptre puissant. »
Il a dit, et déjà son dard, en frémissant, Ouvre les flancs du mont : les vents se précipitent ; Leurs bataillons tonnants au ravage s'excitent; L'orageux Africus, l'ardent Auster qui fond Arrachent l'Océan à l'abîme profond, Et l'on entend rouler l'onde sur les rivages, Les clameurs des guerriers et les cris des cordages. La nuit dérobe aux yeux et le ciel et les eaux, S'allonge sur les mers, pèse sur les vaisseaux, Et les foudres grondants, et les éclairs rapides, Tout présente la mort aux nochers intrépides. 58 vers.
SOUVENIRS DE SAINTE-HELENE
« Si Moscou n'eût pas été livré aux llammes, disait l'empereur , j'aurais donné le spectacle singulier d'une armée hivernant paisiblement au milieu d'une nation ennemie qui la presse de toutes parts : c'eût été le vaisseau pris par les glaces. Vous vous seriez trouvés en France privés plusieurs mois de mes nouvelles ; mais vous fussiez demeurés tranquilles , vous eussiez été sages ; Cambacérès, comme de coutume, eût mené les affaires en mon nom, et tout eût été son train comme si j'eusse été présent. L'hiver, en Russie, eût pesé sur tout le monde. Mais au printemps, chacun se fût réveillé à la fois, et l'on sait que les Français sont aussi lestes qu'aucuns.
« Au premier retour de la belle saison, j'eusse donc marché aux ennemis ; je les eusse battus ; j'eusse été maître de leur empire. Mais Alexandre , croyez-le bien, ne m'eût pas amené jusque-là ; il eût passé auparavant par toutes les conditions que j'eusse dictées : et alors la France eût enfin commencé à pouvoir jouir. Et vraiment, cela a tenu à bien peu de chose ; car j'avais été pour combattre des hommes en armes, et non la nature en courroux. J'ai défait des armées, mais je n'ai pu vaincre les flammes, la gelée, l'engourdissement, la mort ! Le destin a dû être plus fort que moi. Et pourtant, quel malheur pour la France, pour l'Europe !
« La paix dans Moscou accomplissait et terminait mes expéditions de guerre. C'était pour la grande cause, la fin des hasards et le commencement de la sécurité. Un nouvel horizon , de nouveaux travaux allaient se dérouler, tous pleins du bien-être et de la prospérité de tous. Le système européen se trouvait fondé ; il n'était plus question que de l'organiser.
« Satisfait sur ces grands points et tranquille partout, j'aurais eu aussi mon congrès et ma saintealliance. Ce sont des idées qu'on m'a volées. Dans cette réunion de tous les souverains, nous eussions traité de nos intérêts en famille, et compté de clerc à maître avec les peuples.
« La cause du siècle était gagnée, la révolution accomplie; il ne s'agissait plus que de la raccommoder avec ce qu'elle n'avait pas détruit. Or, cet ouvrage m'appartenait ; je l'avais préparé de longue main aux dépens de ma popularité peut-être. N'importe, je devenais l'arche de l'ancienne et de la nouvelle alliance, le médiateur entre l'ancien et le nouvel ordre de choses. J'avais les principes et la confiance de l'un, je m'étais identifié avec l'autre ; j'appartenais à tous les deux ; j'aurais fait en conscience la part de chacun.
Ma gloire eût été dans mon équité ! »
civilisation , elle la prendra à l'entreprise ; ses fonds sont déjà faits. C'est ainsi , qu'après avoir rendu tout vénal, elle achètera tout*
Trois grandes révolutions ont déjà éclaté chez les peuples modernes. La première a tenu à des croyances religieuses ; la seconde à des opinions politiques ; <-nfin la troisième, c'est-à-dire celle qui a lieu dans ce moment, s'augmente des conquêtes que fait chaque jour l'industrie qui d'ailleurs lui a donné naissance. Et comme cette révolution, la dernière que doit subir l' Europe, a surtout besoin de paix et de tranquillité, die n'égnr^ern ni rois, ni peuples. Soumissionnant la
LE SCYLLARE ÉQUINOXIAL.
Il est une classe entière d'animaux fort singulière, dont peu de naturalistes se sont occupés spécialement, et dont l'histoire, quoique fort intéressante, est presque entièrement ignorée du public; c'est la classe des crustacés , si bien représentée chez nous par l'écrevisse de nos ruisseaux.
Les crustacés ont une grande analogie avec les insectes, parmi lesquels les anciens naturalistes les avaient placés. Comme eux ils ont le corps articulé et recouvert d'une croûte plus ou moins dure , servant d'attache aux muscles, et remplaçant le squelette intérieur des autres animaux ; mais cette croûte, au lieu d'être d'une substance cornée , a pour base une matière pierreuse, calcaire, et elle a la singulière propriété de rougir quand on la fait cuire. Du reste, les crustacés respirent par des branchies et non par des stigmates , leurs petits sortent tout formés de l'œuf, et non sous forme de larve, d'où il résulte qu'ils n'éprouvent aucune métamorphose.
Ces curieux animaux ont un très grand nombre de pattes , qui , toutes prennent des formes singulières en raison de la place qu'elles occupent et des fonctions qu'elles ont à remplir. Celles que l'on voit sous la queue sont destinées à tenir les œufs de la femelle pendant le temps de l'incubation, et même les petits, après leur naissance, jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour pourvoir eux-mêmes à leur sûreté et à leurs besoins. Aussi, ces pattes, ordinairement au nombre de cinq paires, sont-elles divisées en un certain nombre de petits filets minces et flexibles, qui sont autant de sortes de doigts avec lesquels l'animal retient ses enfants toujours très nombreux. Les pattes qui sont placées sous le corps, sont le plus souvent au nombre de dix, cinq de chaque côté , mais quatre paires seulement sont destinées à la locomotion, et elles sont articulées de manière que l'animal peut, à volonté, et avec la même facilité, marcher ou courir en avant, en arrière et de côté; la cinquième paire, celle qui est le plus rapprochée de la tête, lui forme ordinairement deux armes redoutables qui lui servent à l'attaque et à la défense. Elles se terminent toujours par une pince, quelquefois d'une grandeur énorme, et assez puissante pour écraser la main d'un imprudent observateur qui se la laisserait prendre. Les homards et les grands crabes de nos côtes en offrent de redoutables exemples. En avant de ces pattes, il en existe d'autres paires, mais beaucoup plus courtes, quoique non moins fortes, auxquelles les naturalistes donnent le nom de pattes-mâchoires, parce qu'elles servent aux crustacés , non-seulement à saisir et à retenir leur nourriture, mais encore à la déchirer, et à la broyer avant de la faire passer dans la bouche.
Les pattes des crustacés présentent un phénomène fort extraordinaire, quoique, cependant, il ne soit pas sans exemple parmi les autres animaux. Si un crayon tout autre crustacé, se trouve pris par la patte, ce qui peut arriver souvent dans les pierres et les racines ou'habitent ces animaux , il fait d'abord tous les
efforts imaginables pour la retirer ; s'il n'en vient pas à bout, il ne lui reste plus qu'à se faire l'amputation pour se dégager. Il se fait cette douloureuse opération d'une manière fort curieuse, mais inexplicable jusqu'à ce jour. On le voit d'abord s'agiter le cerps d'un léger tremblement qui augmente peu-à-peu, et devient comme une sorte de trémoussement doux, mais général. Tout d'un coup le membre se détache net à sa première articulation , sans néanmoins que l'animal ait tiré dessus par le moindre effort. Ceci est si vrai que si un crabe a été blessé à la patte, il se délivre de mémo du membre malade, quoique ce membre soit libre et que l'animal ne puisse par conséquent tirer dessus.
Autre singularité : Comme je l'ai dit, les crustacés ont la faculté de courir de côté et en arrière. Dans ce cas, si la nature n'y avait pourvu, ils seraient exposés, ainsi que les autres animaux, à se heurter contre tous les corps environnants, faute de les voir. Il n'en est rien , car leurs yeux, par un mécanisme particulier, peuvent se diriger à la volonté de l'animal, aussi bien derrière lui que devant et sur les côtés ; pour cela ils sont portés sur une tige plus ou moins longue, et mobile dans tous les sens, comme la corne d'un limaçon.
Avec leur forme bizarre, les crustacés ont encore des mœurs tout aussi curieuses. Tous sont carnassiers, et vivent de cadavres sur lesquels ils se jettent avec une grande voracité. Quelques espèces ayant la partie postérieure du corps fort molle , savent se faire un habit , ou plutôt une maison ambulante , avec la coquille d'un mollusque dont ils s'emparent après avoir mangé le légitime propriétaire. De tous petits
crabes font mieux, ils s'introduisent dans la coquille des moules, lorsque celle-ci entr'ouvre ses valves; ils se logent commodément entre les plis du manteau de la moule, vivent en bon voisin avec elle, et ne sortent de cet asile que pour aller de temps à autre pourvoir à leur nourriture. Il en est qui sont parasites d'une autre manière ; ils s'attachent, se cramponnent sur la peau des baleines et autres grands cétacés, la percent et sucent le sang et la graisse qui servent à les alimenter.
Les crustacés ayant le corps entièrement enveloppé dans une croûte pierreuse, ne peuvent grandir et se développer insensiblement à la manière des autres animaux ; aussi prennent-ils chaque année, en une heure de temps , tout l'accroissement qu'ils doivent prendre dans le cours de cette même année. Pour cela, ils quittent leur vieille enveloppe, et s'en reforment une nouvelle qui se solidifie en deux ou trois jours. Mais cette opération est toujours pour eux une crise douloureuse, et quelquefois mortelle.
Quelques-uns sont parés de couleurs assez brillantes ; tel est le scyllare équinoxial [scyllarus (cquinoxialis, Latr.), que nous représentons ici, et qui se pêche aux Antilles. Il a communément un pied de longueur, et son corps est agréablement varié de jaune, de rouge et d'orange. Du reste , il a beaucoup d'analogie avec le scyllare large que l'on prend dans la Méditerranée, et que les pêcheurs connaissent sous les noms à'orchetta et squille large.
Presque tous les crustacés sont mangeables et fournissent même à nos tables un mets assez recherché.
BOITARD
L« scyllare.