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lorsque la combustion est terminée, on recueille les cendres et on les transporte dans la maison du défunt. Les cendres sont mises dans un pot de cuivre couvert d'une étoffe de soie; on se rend en procession sur le bord de la rivière, et les cendres y sont jetées; puis le pot, avec son enveloppe de soie, sont offerts aux gélums. En même temps on offre une collation de thé et de riz à ces pieux personnages.
La totalité des garnisons entretenues dans les forts du Boutan peut s'élever à 10,000 hommes. Ces soldats sont d'habiles archers ; ils excellent aussi à manier le poignard. Dans leurs guerres civiles, qui sont très fréquentes, ils n'en viennent pas tout de suite aux mains , et se bornent à se lancer des flèches ; mais dès qu'un homme est tué , la possession de son corps est l'occasion d'une lutte opiniâtre. Ceux qui parviennent à s'en emparer, enlèvent le foie, l'assaisonnent de beurre et de sucre, et le mangent. Ils recueillent la graisse, la pétrissent avec du sang, et en font des cierges qu'ils brûlent devant leurs idoles. Les os d'un homme tué sur le champ de bataille servent à faire des instrumens de musique. Le crâne devient une coupe que l'on orne de cercles d'argent, ou bien l'on en fait des colliers et d'autres bijoux.
Les Boutéens font la guerre en brigands plutôt qu'en soldats; l'art militaire consiste en attaques nocturnes, en embuscades. Ils portent des casques de fer, des cottes de mailles ou des cuirasses d'étoffes piquées. Us sont munis de quatre ou cinq poignards, et ne manquent point de s'enivrer avant d'aller au combat. Le daeb-rajah prend le commandement général en cas de guerre, et se bat comme un soldat. En cas d'invasion, ce peuple opposerait une levée en masse très redoutable , parce que toute la population est armée , même les femmes.
Dans les guerres que le Boutan a soutenues contre ses voisins , les ennemis n'ont jamais pénétré dans l'intérieur; les habitans, sans aucune distinction, combattaient avec acharnement sur la frontière, et les femmes leur apportaient des vivres et des munitions.
On ne s'attend pas sans doute à trouver dans ce pays une bonne administration de la justice. Les outrages, les attaques, les blessures même ne donnent lieu à aucune poursuite, non plus que l'adultère; mais si l'époux offensé surprend les coupables en flagrant délit, il a le droit de les tuer.
Le meurtre n'expose pas les riches à des peines bien graves : le meurtrier est condamné à payer 426 roupies au daebrajah, une rétribution à chaque conseiller d'état, et une indemnité à la famille de sa victime. S'il est hors d'état de payer ces amendes , on l'attache au corps de l'homme tué et on les jette l'un et l'autre dans la rivière.
Le vol , qui le croirait ! est puni plus sévèrement que le meurtre. Après un emprisonnement de six mois ou d'un an, le voleur est vendu comme esclave ; ses propriétés sont confisquées, et les parens du coupable sont quelquefois enveloppés dans sa condamnation.
Les Boutéens sont laborieux et ne dédaignent aucune sorte de travail pénible; il en est pourtant qui leur paraissent ignobles , et qu'ils abandonnent à une caste dégradée, qu'ils nomment p'hapche'mi ; c'est dans cette race que se trouvent les bouchers. Les forgerons se servent des mêmes outils que ceux du Bengale; mais les charpentiers n'emploient que l'herminette et le ciseau. On ne se doute point, dans ce pays, qu'il y ait des barbiers chez les autres peuples de la terre ; tout Boutéen se charge de sa toilette , et ne consentirait jamais à recevoir d'un autre ces sortes de soins.
L'air de santé de toute la population , à la campagne comme dans les villes, atteste la salubrité du climat, malgré ses brusques variations.
Une chose fort remarquable , c'est qu'on assure que les éclairs et la foudre ne partent point des nuages, mais de la terre ; et les naturels ajoutent que le sol est toujours criblé de trous aux lieux d'où le météore enflammé s'est élancé vers les nuages. Mais ces observations doivent être extrê-
mement rares, car le bruit du tonnerre se fait rarement entendre dans ce pays. Le ciel ne s'y couvre point de nuages noirs ; les pluies sont extrêmement fines et les brouillards très fréquens et fort épais.
Le soleil se montre tous les jours, et son ardeur y est quelquefois insupportable; on m'a assuré que l'on voit quelquefois la neige , qui du reste ne couvre la terre que pendant quelques heures.
V architecture est très peu avancée dans le Boutan. Les maisons sont couvertes de planches assujetties par les grosses pierres dont on les charge. Les plus beaux édifices sont dans les résidences du dherma-rajah; ils sont très élevés, et quelques-uns n'ont pas moins de sept étages. Les constructions militaires ne sont pas sans apparence ; elles ont des embrasures, des casemates, où une artillerie manœuvrée assez habilement , est mise à couvert. Ces forts pourraient donner de l'occupation même à une armée européenne. Mais le plus bel édifice que l'on voie dans le Boutan, ist le temple de ïassisadon, dont la coupole dorée est d'un effet très remarquable.
EPHEMERIDES.
7 Janvier. — Heuri IV ordonne aux Pères de l'Ordre de Jésus de sortir du royaume sous quinze jours, et fait défense à tout Français d'envoyer sesenfans dans les collèges que cet ordre possédait à l'étranger.
8 janvier 1686. — A la suite de la révocation de l'édit de Nantes , par Louis XIV, le ministre Louvois achèle , moyennant deux mille livres de renie , la conversion du marquis de Kelsunce et de la dame de Rambouillet au catholicisme. — 1784. Les Turcs cèdent à Catherine , impératrice de Russie , la Crimée , et d'autres possessions conquises par les généraux Potemkin et Souwarow. — 1796. Mort deCollotd'Herbois, le parégyrisïe de Carrier, le bourreau et le dévastateur de Lyon , où il avait été jadis sifflé comme acteur etqu'il punit enguillolinant plus de six mille de ses habitans. Cet assassin politique entretenait sa rage de cannibale par l'abus des liqueurs fortes. Il avait lui-même accusé Robespierre, son ancien ami, et contribué à sa chute. Accusé à son tour, il fut déporté à la Guiane, où il tenla de soulever les noirs contre les blancs. Atteint d'une fièvre chaude, dans le fort de Synamari où on l'avait renfermé, il but, pendant qu'on le transportait à l'hôpital, une bouteille entière de rhum , et expira dans d'horribles convulsions.